Selon Courrier International, dans un contexte géopolitique et environnemental de plus en plus volatile, la question de la préparation aux crises majeures s’impose avec une acuité inédite. À travers un article traduit de Der Spiegel, Arno Frank explore les motivations et les paradoxes de ceux qui, face à l’instabilité mondiale, choisissent de se préparer activement aux scénarios les plus sombres.

Ce qu'il faut retenir

  • Les attaques récentes contre le réseau électrique allemand ont privé des quartiers de Berlin d’électricité pendant plusieurs jours, illustrant la vulnérabilité des infrastructures critiques.
  • La volatilité de la politique américaine, notamment sous l’administration Trump, alimente les craintes d’un conflit majeur, comme la menace de frappe contre l’Iran.
  • La préparation aux crises, autrefois marginalisée, est désormais perçue comme une démarche de prudence par une partie de la population.
  • Der Spiegel, hebdomadaire allemand indépendant créé en 1947, est reconnu pour son journalisme d’investigation et ses révélations sur des scandales politiques.
  • L’article s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’adaptation aux bouleversements climatiques et géopolitiques, thématique abordée dans les hors-séries de Courrier International.

Un monde sous tension : entre crises locales et menaces globales

La semaine dernière, alors que des millions de téléspectateurs s’endormaient après un épisode de la série Malcolm, d’autres scrutaient leurs écrans pour vérifier si le monde avait toujours existé — ou si une décision impulsive de Donald Trump avait transformé la géopolitique en champ de ruines. Selon Courrier International, cette angoisse n’est pas infondée. À l’échelle locale, des attaques ciblant les réseaux électriques ont plongé des quartiers entiers de Berlin dans le noir pendant plusieurs jours, rappelant brutalement la fragilité des systèmes sur lesquels repose notre quotidien.

À plus grande échelle, le climat international reste marqué par une instabilité persistante. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran, notamment, alimentent les craintes d’un embrasement régional. Dans ce contexte, l’idée que chacun pourrait se retrouver démuni face à une crise imprévue gagne du terrain. Autrefois réservée aux survivalistes, souvent perçus comme des marginaux, la préparation aux scénarios catastrophiques est désormais envisagée comme une démarche rationnelle par une frange croissante de la population.

De la marginalité à la normalité : l’évolution des mentalités

Pour Arno Frank, auteur de l’article publié dans Der Spiegel, cette évolution des mentalités s’explique en partie par les leçons tirées de la pandémie de Covid-19. « Avant, ceux qui stockaient des provisions ou envisageaient de quitter le pays étaient considérés comme des extrémistes », explique-t-il. « Aujourd’hui, l’idée d’anticiper les risques est devenue presque mainstream. » Cette normalisation s’accompagne d’un paradoxe : plus les menaces semblent réelles, plus certains choisissent de les ignorer, comme pour mieux les conjurer.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une enquête menée en Allemagne en 2025, près de 15 % des ménages déclarent avoir constitué des réserves de nourriture ou d’eau, contre seulement 5 % en 2019. Les ventes de groupes électrogènes, de kits de survie et de systèmes de filtration d’eau ont explosé, reflétant une demande croissante pour des solutions d’autonomie. Même les agences immobilières constatent un intérêt marqué pour les propriétés isolées ou situées dans des régions moins exposées aux risques climatiques.

Der Spiegel, un acteur clé du débat public en Allemagne

Fondé en 1947, Der Spiegel s’est imposé comme l’un des hebdomadaires les plus influents d’Allemagne, avec une ligne éditoriale marquée par le journalisme d’investigation. Le magazine a joué un rôle clé dans la révélation de plusieurs scandales politiques, comme l’affaire des écoutes de la NSA ou les Panama Papers. Son indépendance et sa rigueur lui ont valu une diffusion de plus de 1 million d’exemplaires par semaine, faisant de lui une référence en Europe.

Dans son édition récente, Der Spiegel a choisi de s’intéresser à cette tendance à la préparation aux crises, interrogeant à la fois ses motivations et ses limites. Arno Frank, chroniqueur pour le magazine, y décrit une société partagée entre deux attitudes : ceux qui, résignés, préfèrent « accepter joyeusement » l’effondrement du monde, et ceux qui, pragmatiques, tentent d’en limiter les conséquences. « L’incertitude est devenue notre lot quotidien », écrit-il. « La question n’est plus de savoir si le pire arrivera, mais comment chacun choisira d’y faire face. »

« Avant les survivalistes passaient pour des fous. Aujourd’hui, l’idée de se préparer aux crises est devenue presque mainstream. »
— Arno Frank, Der Spiegel

Les réponses collectives aux bouleversements climatiques

Cette réflexion s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience des défis environnementaux. Courrier International consacre régulièrement des hors-séries à ces enjeux, explorant des solutions locales pour s’adapter à un monde en mutation. À Kigali comme à Singapour, à Delhi comme en Italie, des citoyens s’organisent pour faire face aux canicules, à la montée des eaux ou aux pénuries. Ces initiatives, souvent méconnues, illustrent une forme de résilience collective face à l’inaction politique.

En Autriche, par exemple, des projets de « slow tourisme » misent sur la marche et les sentiers viticoles pour reconnecter les habitants à leur environnement. En Chine, des programmes d’agroforesterie visent à restaurer les sols dégradés par des décennies d’exploitation intensive. Ces exemples, loin d’être anecdotiques, montrent que l’adaptation est possible — à condition d’y consacrer des ressources et une volonté politique.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une intensification des débats sur la préparation aux crises, notamment avec la tenue d’élections clés en Europe et aux États-Unis. Les gouvernements sont attendus sur leurs politiques de résilience, qu’il s’agisse de sécuriser les infrastructures critiques ou de soutenir les initiatives citoyennes. Reste à savoir si ces mesures suffiront à rassurer une population de plus en plus sensibilisée aux risques — ou si, au contraire, elles alimenteront une méfiance croissante envers les institutions.

Pour Arno Frank, la question dépasse le cadre individuel. « Se préparer, c’est aussi une façon de reprendre le contrôle », souligne-t-il. Que ce soit en stockant des denrées ou en participant à des réseaux d’entraide, ces démarches reflètent un besoin croissant d’autonomie dans un monde perçu comme de plus en plus instable. Une tendance qui, à défaut d’enrayer les crises, pourrait bien redéfinir notre rapport au futur.

Le mouvement des "preppers" (de l’anglais *to prepare*, préparer) désigne des individus ou des groupes qui anticipent activement des crises majeures — qu’elles soient naturelles, sanitaires ou géopolitiques — en constituant des réserves de nourriture, d’eau, de médicaments et en se formant à des compétences de survie. Leur objectif est de pouvoir faire face à un effondrement partiel ou total de la société. Ce mouvement, historiquement marginal, a gagné en visibilité depuis la pandémie de Covid-19 et les tensions internationales récurrentes.

En 2026, les experts citent plusieurs risques majeurs : les cyberattaques contre les infrastructures critiques (comme les réseaux électriques ou les systèmes de santé), les conflits géopolitiques (notamment les tensions États-Unis-Iran ou Chine-Taïwan), les catastrophes climatiques (canicules, inondations, incendies) et les pandémies. Ces menaces sont souvent interconnectées, comme le montre l’exemple des vagues de chaleur qui aggravent les risques de black-out en perturbant la production d’électricité.