Le dollar américain a atteint cette semaine son plus haut niveau depuis douze mois, un mouvement analysé par les observateurs comme un signe potentiel de retour de « l’exceptionnalisme américain », selon les propos tenus ce vendredi 19 juin par Michel Ruimy, partner chez Levy Capital Partners, dans l’émission BFM Bourse sur BFM Business.

Cette appréciation du billet vert intervient alors que les marchés anticipent un durcissement monétaire plus marqué de la part de la Réserve fédérale (Fed), dans un contexte économique mondial où les incertitudes géopolitiques et les tensions commerciales continuent de peser sur les devises. « Le dollar reste la valeur refuge par excellence, mais cette remontée rapide interroge sur la capacité des États-Unis à maintenir une croissance robuste malgré un environnement international dégradé », a expliqué Ruimy lors de son intervention.

Ce qu'il faut retenir

  • Le dollar américain atteint son plus haut niveau depuis un an, selon les données disponibles ce 19 juin 2026.
  • Les analystes évoquent un possible retour de l’exceptionnalisme économique américain, porté par la confiance des investisseurs.
  • La Réserve fédérale (Fed) est désormais attendue sur un durcissement monétaire plus marqué, dans un contexte de tensions inflationnistes persistantes.
  • Les marchés financiers intègrent l’hypothèse d’un écart croissant entre la croissance américaine et celle des autres grandes économies.
  • L’émission BFM Bourse, présentée par Guillaume Sommerer, a détaillé ces enjeux dans sa chronique du jour.

Un billet vert en pleine ascension face aux autres devises

L’appréciation du dollar cette semaine s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis plusieurs mois. Selon les données compilées par les analystes de BFM Business, l’indice Dollar Index, qui mesure la performance du billet vert face à un panier de six grandes devises, a progressé de près de 4 % depuis le début de l’année, un rythme qui n’avait pas été enregistré depuis 2023.

Cette dynamique s’explique en partie par la divergence des politiques monétaires entre les États-Unis et leurs partenaires commerciaux. « Tandis que la Fed maintient un discours ferme sur la lutte contre l’inflation, d’autres banques centrales, comme la Banque centrale européenne ou la Banque du Japon, semblent plus hésitantes à resserrer leur politique », a souligné Michel Ruimy. « Cela crée un différentiel de rendement attractif pour les investisseurs, qui se tournent massivement vers le dollar. »

L’exceptionnalisme américain, un retour en grâce sur les marchés ?

L’un des thèmes majeurs abordés lors de l’émission BFM Bourse concerne la résurgence de ce que les économistes appellent « l’exceptionnalisme américain ». Ce concept désigne la capacité des États-Unis à outperformer les autres grandes économies, même en période de crise, grâce à des atouts structurels comme la résilience de leur marché du travail, l’innovation technologique ou encore la profondeur de leur marché financier.

« Les données récentes montrent que les États-Unis enregistrent une croissance supérieure à celle de la zone euro ou de la Chine, malgré un environnement géopolitique très dégradé », a rappelé Ruimy. « Les marchés actions américains, portés par le secteur technologique, restent également en tête des performances mondiales. » Selon lui, cette performance relative pourrait se poursuivre si la Fed parvient à maîtriser l’inflation sans étouffer la croissance.

La Fed sous la pression : vers un nouveau resserrement monétaire ?

La remontée du dollar coïncide avec une anticipation accrue d’un durcissement de la politique monétaire américaine. Plusieurs indicateurs, comme les contrats à terme sur les taux ou les déclarations des membres du Comité de politique monétaire (FOMC), suggèrent que la Fed pourrait procéder à une nouvelle hausse des taux directeurs dès le mois de juillet. « Les dernières projections des économistes placent la probabilité d’une hausse de 25 points de base à plus de 70 %, un chiffre qui a bondi depuis le début du mois », a indiqué Ruimy.

Cette orientation s’inscrit dans un contexte où l’inflation américaine, bien qu’en ralentissement, reste supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la Fed. « Le risque pour les marchés est double : soit la Fed agit trop lentement et l’inflation persiste, soit elle serre trop fort et provoque un ralentissement brutal de l’activité », a-t-il ajouté. « Dans les deux cas, le dollar reste un actif refuge, ce qui explique en partie sa récente appreciation. »

Des répercussions sur les économies émergentes et les matières premières

L’appréciation du dollar a des conséquences immédiates sur les économies émergentes, dont les dettes sont souvent libellées en dollars. « Les pays comme la Turquie, l’Argentine ou l’Inde voient leur coût de refinancement augmenter, ce qui peut peser sur leur croissance ou leur stabilité financière », a expliqué Ruimy. Par ailleurs, les matières premières, généralement cotées en dollars, deviennent plus chères pour les pays importateurs, ce qui peut alimenter des tensions inflationnistes supplémentaires dans ces économies.

« À l’inverse, les exportateurs de matières premières, comme les pays du Golfe ou certains États africains, bénéficient mécaniquement de cette situation, car leurs revenus en devises locales augmentent en valeur absolue », a-t-il précisé. « C’est un effet classique, mais qui peut créer des déséquilibres si la tendance se prolonge. »

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’évolution du dollar dans les prochaines semaines. La publication des derniers chiffres de l’inflation américaine, prévue pour le 26 juin, sera scrutée de près par les investisseurs pour anticiper la réaction de la Fed. Par ailleurs, les annonces de la Banque centrale européenne (BCE) lors de sa réunion du 27 juin pourraient également impacter la parité euro/dollar, en fonction du ton adopté sur la politique monétaire européenne.

Enfin, l’évolution de la situation géopolitique, notamment les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ou les négociations en cours sur l’accord nucléaire iranien, pourrait renforcer ou atténuer l’attractivité du dollar comme valeur refuge. « Tout dépendra de la capacité des États-Unis à maintenir leur leadership économique face aux incertitudes mondiales », a conclu Ruimy.

En attendant, les investisseurs restent divisés sur la durabilité de cette appréciation du dollar. Si certains y voient le signe d’une reprise durable de l’économie américaine, d’autres s’inquiètent d’un possible excès de confiance des marchés, qui pourrait conduire à des corrections brutales en cas de retournement de conjoncture.

Pour suivre ces développements en temps réel, l’émission BFM Bourse propose une couverture quotidienne des marchés, accessible sur BFM Business chaque jour de la semaine.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : d’abord, la divergence des politiques monétaires, avec une Réserve fédérale (Fed) plus agressive que d’autres banques centrales comme la BCE ou la Banque du Japon. Ensuite, la perception d’un « exceptionnalisme américain », c’est-à-dire une croissance et une résilience économique supérieures à celles des autres grandes économies. Enfin, le dollar reste la monnaie refuge par excellence en période d’incertitude géopolitique ou financière.

Un dollar fort pénalise les pays dont la dette est libellée dans cette devise, comme certains États émergents, en augmentant le coût de leur refinancement. Il renchérit également le prix des matières premières pour les importateurs, ce qui peut alimenter l’inflation. À l’inverse, les exportateurs de matières premières, comme les pays du Golfe, voient leurs revenus augmenter en valeur absolue. Enfin, il peut peser sur la croissance des entreprises américaines dont les ventes à l’export sont importantes.