Alors que les États-Unis célèbrent le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, le philosophe britannique John Gray signe dans les colonnes du New Statesman une analyse cinglante sur l’état actuel de la première puissance mondiale. Selon le magazine londonien, Donald Trump incarne la fin d’un mythe fondateur, celui d’une Amérique porteuse d’espoir et de progrès, désormais réduite à un « vortex d’aventurisme militaire raté, de diplomatie clownesque et de kleptocratie à la Poutine ».
Ce qu'il faut retenir
- Le New Statesman publie le 3 juillet 2026 une une illustrée par un dessin de Donald Trump en Joker, avec un gâteau d’anniversaire américain dont les bougies déclenchent un incendie.
- Le philosophe John Gray estime que Trump a « réduit à néant » l’héritage des Pères fondateurs, jugé comme une « aberration » mais aussi comme « le corollaire d’un effondrement de la confiance envers les classes politiques ».
- Gray critique aussi bien la droite trumpiste que la gauche progressiste, accusée d’avoir sapé les valeurs traditionnelles américaines tout en aggravant les inégalités.
- Le New Statesman, fondé en 1913, est un hebdomadaire de gauche indépendant dont le tirage atteint 43 000 exemplaires en 2023, avec 4 millions de visiteurs uniques par mois en ligne.
- L’article souligne que près de la moitié des électeurs de 2024 se sont tournés vers Trump, perçu comme un « refuge » face à un progressisme perçu comme moralisateur et économiquement excluant.
Un dessin provocateur pour illustrer la fin d’un rêve américain
La couverture du New Statesman du 3 juillet 2026 résume à elle seule la thèse de John Gray. Sur une une intitulée « Happy Birthday America », Donald Trump, grimé en Joker, souffle des bougies sur un gâteau aux couleurs du drapeau américain. L’incendie déclenché par les bougies fondantes symbolise selon Gray la destruction progressive des idéaux fondateurs du pays. L’hebdomadaire britannique, classé traditionnellement au centre gauche, consacre un long essai au philosophe, qui y analyse la trajectoire des États-Unis depuis leur indépendance.
Pour Gray, les Pères fondateurs avaient « conjugué la foi des Lumières avec une providence d’origine divine » pour créer une nation nouvelle. Trump, en revanche, incarne selon lui la dissolution de ce mythe. « Un trublion nihiliste est en train de dissoudre le mythe fondateur du pays, laissant l’avenir de l’Amérique dans une profonde incertitude », écrit-il. La une du magazine, avec son Joker destructeur, illustre cette vision d’un pays en proie au chaos et à l’absurde.
Une présidence perçue comme le symptôme d’un effondrement politique
John Gray ne considère pas l’ascension de Trump comme un simple accident de l’histoire. Il y voit au contraire l’aboutissement logique d’un déclin plus large, marqué par la perte de confiance dans les élites politiques. Selon lui, cet effondrement remonte à l’ère de la mondialisation néolibérale, qui a creusé les inégalités tout en marginalisant des millions d’Américains. « L’accession au pouvoir du milliardaire n’est pas une aberration, mais le corollaire d’un effondrement brutal de la confiance envers les classes politiques », affirme-t-il.
L’analyse de Gray ne se limite pas à une critique de la droite. Il s’en prend aussi à la gauche américaine, qu’il accuse d’avoir « sapé systématiquement » les valeurs traditionnelles du pays. Pour lui, le progressisme a mené une « guerre culturelle » contre les classes populaires, jugées « économiquement superflues et moralement arriérées ». Résultat : près de la moitié des électeurs de l’élection présidentielle de 2024 se sont tournés vers Trump, perçu comme une figure de revanche et de résistance.
Un média historique face à l’actualité américaine
Fondé en 1913, le New Statesman est un pilier de la presse britannique, réputé pour ses analyses politiques acérées et son indépendance. Longtemps considéré comme un forum de la gauche indépendante, le magazine a su conserver une ouverture d’esprit, accueillant des opinions variées dans ses colonnes. Son tirage, qui avait atteint 43 000 exemplaires en 2023, soit son plus haut niveau en trente-cinq ans, témoigne d’un regain d’intérêt pour ses analyses. Sa version en ligne, quant à elle, enregistre 4 millions de visiteurs uniques par mois.
Le magazine s’est notamment illustré en prenant ses distances avec le Parti travailliste lors de la direction de Jeremy Corbyn, une décision rare dans le paysage médiatique britannique. Cette ligne éditoriale lui vaut une crédibilité auprès de l’intelligentsia de gauche, tout en lui permettant de critiquer sans concession les dérives des deux principaux partis américains.
« Les Pères fondateurs ont conjugué la foi des Lumières avec la capacité d’action humaine et la croyance en une providence d’origine divine pour créer ce qu’ils considéraient comme le vecteur politique d’un monde nouveau. Donald Trump a réduit cet espoir à néant. »
Un débat qui dépasse les frontières américaines
L’analyse de John Gray, aussi tranchante soit-elle, s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir des démocraties libérales. Le déclin perçu des États-Unis, puissance hégémonique depuis la Seconde Guerre mondiale, soulève des questions sur la résilience des systèmes politiques face aux crises économiques et sociales. Le *New Statesman* n’est pas le seul à s’interroger : de nombreux observateurs en Europe et ailleurs s’inquiètent de la polarisation extrême qui gangrène la société américaine, et de ses répercussions internationales.
La couverture du magazine, avec son Joker destructeur, n’est pas qu’une provocation graphique. Elle reflète une inquiétude partagée : celle de voir l’Amérique, symbole historique de la démocratie, basculer dans une ère de déclin et de divisions irréconciliables. Reste à savoir si cette période sera passagère ou si elle marquera un tournant durable dans l’histoire mondiale.
Selon le magazine, cette comparaison illustre la manière dont Trump incarne le chaos et la destruction des valeurs traditionnelles américaines. Le Joker, figure de désordre et de subversion, symbolise pour les auteurs du *New Statesman* le rôle de Trump dans la polarisation extrême et la remise en cause des institutions américaines.
Le *New Statesman* est un hebdomadaire britannique de gauche indépendant, qui critique aussi bien les excès du capitalisme que ceux du progressisme radical. Il considère l’Amérique de Trump comme le symptôme d’un déclin plus large, mais n’hésite pas à pointer du doigt les contradictions de la gauche américaine, jugée trop moralisatrice et déconnectée des classes populaires.