En juin 2026, 80 % des Français parviennent à épargner chaque mois, un niveau inédit en quatorze ans de baromètre Odoxa-Groupama, commandé par Capital et BFM. Ce chiffre, en progression de huit points depuis avril, ne reflète pourtant aucune confiance retrouvée dans l’économie. Au contraire, il illustre une défiance généralisée, alimentée par les incertitudes géopolitiques et les craintes d’un avenir économique dégradé. Selon cette même enquête, 85 % des Français se déclarent plus inquiets que confiants face à la situation économique, à la fiscalité ou à leur capacité à emprunter.

Ce qu'il faut retenir

  • 80 % des Français épargnent chaque mois, un record depuis 2012, selon le baromètre Odoxa-Groupama pour Capital et BFM.
  • 85 % des épargnants doutent du rendement de leur épargne, et 34 % ont déjà modifié leurs placements en raison de la guerre au Moyen-Orient.
  • Seulement 29 % des Français maintiennent leur argent sur le Livret A, dont le taux à 1,5 % depuis février 2026 est jugé insuffisant.
  • L’assurance-vie, avec un rendement moyen de 2,6 % en 2025 pour les fonds en euros, reste le placement préféré des ménages prudents.
  • 60 % des Français souhaitent un accompagnement renforcé pour optimiser leur épargne, mais seuls 12 % utilisent déjà l’intelligence artificielle pour leurs placements.

Gaël Sliman, président d’Odoxa, résume sans détour cette dynamique : « C’est justement parce qu’ils ont peur que les Français épargnent, et qu’ils épargnent une épargne particulièrement stérile ». Les chiffres confirment cette analyse. 92 % des Français estiment que la situation économique du pays va se dégrader, tandis que 85 % anticipent une fiscalité plus lourde. Dans ce contexte, épargner devient un réflexe défensif, davantage qu’un projet d’investissement.

Une épargne de précaution, mais à quel coût ?

La prudence domine les choix d’épargne. 78 % des Français doutent du rendement de leur épargne, et 71 % de ceux qui ont modifié leurs placements depuis le début du conflit au Moyen-Orient l’ont fait pour sécuriser davantage leurs avoirs, contre seulement 26 % pour viser une meilleure performance. L’argent s’accumule, mais il « dort », comme le souligne Gaël Sliman. Les placements privilégiés restent ceux perçus comme les plus sûrs : comptes sur livret, fonds en euros de l’assurance-vie, ou encore plans d’épargne retraite. Pourtant, ces solutions ne permettent pas toujours de préserver le pouvoir d’achat face à l’inflation.

Le Livret A, symbole de l’épargne populaire, incarne ce paradoxe. Son taux, fixé à 1,5 % depuis février 2026, est jugé trop faible par près de 60 % des Français, qui ont déjà déserté ce support ou prévoient de le faire. La revalorisation attendue en août, estimée à 0,3 point, ne suffira pas à convaincre six épargnants sur dix de revenir vers ce placement historique. Utile pour une épargne de précaution, disponible et défiscalisée, il ne permet pas de bâtir un patrimoine à long terme.

L’assurance-vie et le PER, des alternatives sous-exploitées

Face à ces limites, l’assurance-vie émerge comme une solution intermédiaire. En 2025, les fonds en euros de ce placement ont rapporté en moyenne 2,6 %, selon France Assureurs, soit un rendement supérieur à celui du Livret A une fois l’inflation prise en compte. Pour les épargnants prêts à accepter un peu de risque, les unités de compte ou les fonds obligataires offrent des perspectives de rendement plus élevées, à condition de diversifier sur le long terme. « L’assurance-vie reste le placement préféré des Français », rappelle Gaël Sliman, citant la confiance des ménages dans ce produit hybride, à la fois sécurisé et flexible.

Autre levier souvent négligé : le plan d’épargne retraite (PER). 20 % des Français y effectuent des versements, motivés par la perspective de préparer leur retraite tout en réduisant leur impôt sur le revenu. Pourtant, ce produit reste sous-utilisé, notamment chez les jeunes actifs, malgré ses avantages fiscaux immédiats. Les spécialistes s’accordent à dire que la vraie question n’est pas d’épargner moins, mais de faire enfin travailler cette épargne de précaution.

Le besoin d’accompagnement grandissant

Dans un contexte marqué par le manque de confiance, près de six épargnants sur dix souhaitent être mieux conseillés. L’intelligence artificielle fait son entrée dans ce paysage, avec 12 % des Français qui l’utilisent déjà pour leurs placements. Pourtant, la méfiance persiste. « C’est vers les professionnels de l’épargne que les trois quarts des Français nous disent avoir le plus confiance », souligne Gaël Sliman. Les banques, les conseillers en gestion de patrimoine et les assureurs restent les interlocuteurs privilégiés pour orienter les ménages vers des solutions adaptées à leur profil de risque.

Cette demande d’accompagnement reflète un enjeu de taille : comment concilier sécurité et rendement dans un environnement économique incertain ? Les épargnants français, souvent perçus comme prudents, peinent à trouver le juste équilibre. Les produits garantis rassurent, mais leur rémunération peine à suivre l’inflation. À l’inverse, les placements plus risqués, comme les actions ou les fonds diversifiés, suscitent des réticences face à la volatilité des marchés.

Et maintenant ?

La prochaine revalorisation du Livret A, attendue en août 2026, pourrait relancer temporairement l’intérêt pour ce placement. Cependant, avec une hausse estimée à 0,3 point, elle restera probablement insuffisante pour inverser la tendance. Les spécialistes s’attendent à une poursuite de la désaffection pour les livrets réglementés au profit de l’assurance-vie et des PER. À plus long terme, la question de la culture financière des Français se posera avec acuité, alors que 60 % d’entre eux réclament un meilleur accompagnement. Reste à savoir si les acteurs du secteur sauront répondre à cette attente dans un contexte de taux encore bas et d’incertitudes géopolitiques persistantes.

Une chose est sûre : l’épargne des Français, en juin 2026, reste avant tout un bouclier contre l’incertitude. Mais pour qu’elle devienne aussi un levier de croissance, il faudra peut-être revoir les habitudes et accepter de prendre un peu plus de risques. À l’heure où les économistes peinent à prévoir l’évolution de l’inflation ou des taux d’intérêt, une seule certitude s’impose : l’immobilisme n’est plus une option.

L’épargne record des Français en 2026 s’explique principalement par un sentiment d’insécurité économique. Selon le baromètre Odoxa-Groupama pour Capital et BFM, 92 % des ménages anticipent une dégradation de la situation économique, et 85 % craignent une hausse de la fiscalité. Dans ce contexte, épargner devient un réflexe défensif, davantage qu’un projet d’investissement. Les placements sécurisés, comme le Livret A ou les fonds en euros de l’assurance-vie, sont privilégiés, même si leur rendement peine à suivre l’inflation. « C’est justement parce qu’ils ont peur que les Français épargnent », résume Gaël Sliman, président d’Odoxa.

L’assurance-vie apparaît comme la solution la plus équilibrée pour les épargnants prudents. En 2025, les fonds en euros de ce placement ont rapporté en moyenne 2,6 %, un rendement supérieur à celui du Livret A une fois l’inflation prise en compte. Pour diversifier, les épargnants peuvent allouer une partie de leur épargne vers des unités de compte (actions, obligations) ou des fonds obligataires, qui offrent un meilleur potentiel de rendement sur le long terme. Le plan d’épargne retraite (PER) constitue également une alternative intéressante, grâce à ses avantages fiscaux immédiats. Cependant, il est conseillé de consulter un professionnel pour adapter ces solutions à son profil de risque et à ses objectifs.