À l’heure où Aix-en-Provence célèbre le bicentenaire de la photographie, le musée Granet accueille un invité d’exception : Paul McCartney. L’exposition « Eyes of the Storm », visible jusqu’au 5 janvier 2027, présente 250 clichés pris par l’ancien Beatle entre novembre 1963 et février 1964. Ces images, jamais exposées auparavant, offrent un regard intime sur la première tournée internationale des Fab Four, un moment charnière pour le groupe et pour la pop culture. Selon Franceinfo - Culture, cette rétrospective marque la première étape européenne de ce projet, après un passage par les États-Unis et le Japon.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exposition inédite : 250 photographies personnelles de Paul McCartney, prises entre fin 1963 et début 1964, jamais exposées auparavant, dévoilées au musée Granet d’Aix-en-Provence jusqu’au 5 janvier 2027.
  • Une période historique : ces clichés capturent les Beatles au moment de leur ascension fulgurante, entre leur départ pour Paris et leur conquête de l’Amérique avec le « Ed Sullivan Show ».
  • Un regard personnel : McCartney, alors âgé de 21 ans, immortalise ses compagnons d’aventure, leur quotidien et l’engouement du public, révélant une dimension humaine et sociologique rare.
  • Une sélection de 250 images : parmi les 1 000 clichés découverts en 2020 dans les archives de McCartney, seuls 300 à 400 ont été retenus pour cette exposition, constituant « une sorte de journal intime » selon la conservatrice Rosie Broadley.
  • Des détails méconnus : un reflex Pentax 35 mm, similaire à celui utilisé par McCartney, est exposé aux côtés des planches contacts, bien que l’appareil original n’ait jamais été retrouvé.
  • Un parcours chronologique : l’exposition retrace les étapes clés de la tournée, de Paris à New York, en passant par Miami, avec des archives sonores et visuelles inédites.

Paul McCartney, photographe malgré lui

Paul McCartney n’a jamais revendiqué le titre de photographe professionnel. « Il ne se considère pas comme tel », précise Rosie Broadley, conservatrice en chef de la National Portrait Gallery de Londres, qui a orchestré cette exposition. Les clichés exposés n’étaient jusqu’alors que des planches contacts et des négatifs enfouis dans les archives personnelles de McCartney. C’est seulement en 2020, lors de leur redécouverte, que le chanteur a proposé à la conservatrice un accès exclusif à cette collection. « Plus d’un millier de photos au total », détaille-t-elle, avant qu’une sélection de 250 images ne soit arrêtée pour cette rétrospective.

Parmi ces clichés, certains portent des marques — croix ou coches — apposées par McCartney lui-même. Ces annotations indiquent ses préférés, bien qu’il n’ait jamais fait développer ces images sur le moment. « Cela ne me procure pas un sentiment de perte, mais de joie rétrospective », a-t-il confié, chaque photo faisant « remonter des souvenirs ». Ses annotations de 1963 sont reproduites sur les murs, accompagnant les cartels explicatifs.

Un témoignage sociologique et historique

La période couverte par l’exposition, entre novembre 1963 et février 1964, correspond à un tournant dans l’histoire des Beatles. Le groupe, déjà populaire en Angleterre, s’apprête à conquérir l’Amérique après leur passage triomphal à Paris et leur participation au « Ed Sullivan Show ». « Ils ont changé la nature même de la célébrité », analyse Rosie Broadley, redéfinissant ce que signifie être une star à l’ère de la pop culture. Ces photographies, prises dans l’œil du cyclone de la Beatlemania, offrent ainsi un regard unique sur cette transformation.

L’exposition s’ouvre sur un portrait de Jim McCartney, le père de Paul, fumant sa pipe devant la maison offerte par son fils près de Liverpool. Suivent des clichés de son frère Mike, devenu photographe professionnel, de sa première épouse Linda — décédée en 1998 — et de leur fille aînée Mary. « Cela explique sans doute pourquoi Paul McCartney reste modeste quant à son propre talent », souligne la conservatrice. Un reflex Pentax, similaire à celui utilisé par le musicien, est également présenté, bien que l’original n’ait jamais été retrouvé. McCartney a expliqué à Rosie Broadley qu’il avait probablement été volé à l’époque, « les Beatles ne fermant pas vraiment leurs portes » à cette période.

Les Beatles saisis sur le vif : entre complicité et Beattlemania

Les photographies exposées révèlent l’intimité d’un groupe soudé, comme « une petite communauté très unie, qui se soutenaient les uns les autres, presque comme des frères », selon les mots de Rosie Broadley. Les portraits de John Lennon, George Harrison et Ringo Starr, capturés par McCartney, illustrent cette dynamique. Lennon, coiffé d’une casquette, sourit complice dans les rues de Paris, tandis que George, sérieux, attend ses compagnons devant un mur de briques. L’une des images préférées de McCartney montre Harrison portant deux chapeaux haut-de-forme empilés. « Ne pas se prendre au sérieux était un moyen pour nous de décompresser », explique-t-il dans le cartel accompagnant ce cliché.

La Beattlemania, terme inventé par le Daily Mirror en octobre 1963, est palpable dans chaque image. À Paris, les Beatles résident à l’hôtel George V et jouent jusqu’à trois fois par jour à l’Olympia. McCartney photographie depuis la coulisse des artistes comme Sylvie Vartan ou Trini Lopez. C’est dans cet hôtel qu’ils apprennent qu’ils sont numéro un aux États-Unis avec I Want to Hold Your Hand. « Cela va tout changer », résume Rosie Broadley avant d’aborder l’étape américaine.

New York, Miami : l’Amérique en noir et blanc

L’exposition consacre une large part à la traversée de l’Atlantique, où les Beatles découvrent pour la première fois l’Amérique. À New York, une photo géante de la foule les attendant à l’aéroport révèle des détails oubliés : des fans portant des écharpes floquées Beatles, une femme tenant un singe dans ses bras, ou encore une jeune fille en larmes, retenue par un policier. À l’étage, un écran diffuse la conférence de presse des Beatles à leur arrivée à l’aéroport JFK, marquée par leur humour et leur décontraction. « Pourquoi les gens sont-ils aussi excités ? », demande un journaliste. « On n’en sait rien ! », répond l’un d’eux.

Le 9 février 1964, les Beatles participent au « Ed Sullivan Show », suivi par près de 73 millions de téléspectateurs. Un record qui propulse leur notoriété à des sommets inédits. Une vidéo permet de revivre leur prestation, tandis que des clichés montrent les fans hurlants et les autoroutes américaines, symboles d’une société de consommation en plein essor. McCartney saisit aussi des scènes du quotidien : une jeune fille anonyme à Washington, des femmes en uniforme blanc derrière un fast-food, ou encore une fillette en pleurs à Miami Beach, « col Claudine et chaussettes blanches », les bras grands ouverts devant l’hôtel Deauville.

Une conclusion en images et en musique

La dernière partie de l’exposition, baignée de soleil de Floride, met en lumière des clichés plus personnels. McCartney y dévoile son affection pour George Harrison, immortalisé avec des lunettes noires tenant un verre tendu par une « naïade sans tête ». Une composition soignée, typique des années 1960 et de l’influence de la Nouvelle Vague. Les quatre amis, enfin libérés de la pression médiatique, se prélassent au bord d’une piscine, profitant d’un luxe qu’ils n’avaient jamais connu. Le parcours se conclut par une vidéo réalisée par McCartney lui-même, mêlant ses clichés et une bande-son originale, offrant une conclusion en apothéose à cette rétrospective.

Et maintenant ?

Cette exposition marque la première étape européenne d’un projet qui devrait poursuivre sa tournée mondiale après Aix-en-Provence. Le catalogue, paru en 2023 sous le titre 1964 dans le tourbillon de la Beatlemania, propose une immersion plus large dans cette période charnière. Pour les amateurs d’histoire et de photographie, cette rétrospective offre une occasion unique de découvrir un pan méconnu de l’héritage de Paul McCartney, bien au-delà de sa carrière musicale.

L’exposition « Eyes of the Storm : Paul McCartney, photographe 1963-1964 » est visible au musée Granet d’Aix-en-Provence jusqu’au 5 janvier 2027. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h, le musée propose un tarif plein à 14 euros, réduit à 12 euros. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les étudiants de moins de 26 ans et les demandeurs d’emploi en longue durée.

Ces clichés, découverts dans les archives personnelles de Paul McCartney en 2020, n’avaient jamais été tirés ou exposés auparavant. Leur sélection et leur préparation pour une rétrospective ont pris plusieurs années, notamment pour constituer un parcours cohérent et respectueux de l’histoire du groupe. Selon Franceinfo - Culture, c’est la conservatrice Rosie Broadley qui a travaillé avec McCartney à la constitution de cette exposition, initialement lancée en Angleterre en 2023 avant de partir en tournée mondiale.