Un rapport accablant, révélé le 1er juillet 2026 par Mediapart, met en lumière les risques psychosociaux « structurels » qui pèsent sur les salariés de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Cette nouvelle entité, née de la fusion contrainte entre l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), fait l’objet d’une réorganisation controversée. Selon Reporterre, les quatre organisations syndicales représentatives (CGT, CFDT, CFE-CGC et Synpas-FO) ont commandé une expertise indépendante au cabinet Technologia, dont les conclusions soulignent un malaise profond au sein des équipes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’ASNR, créée en fusionnant l’ASN et l’IRSN, est critiquée pour sa réorganisation « à marche forcée ».
  • Un rapport du cabinet Technologia, commandé par les syndicats, révèle des risques psychosociaux « structurels » au sein de l’agence.
  • Les quatre syndicats (CGT, CFDT, CFE-CGC, Synpas-FO) s’inquiètent des conséquences de cette fusion sur les conditions de travail.
  • Les syndicats ont sollicité une expertise externe pour évaluer l’impact de la réorganisation sur les salariés.
  • La date de révélation du rapport coïncide avec une période de tensions internes et de remous institutionnels.

Une fusion controversée et ses conséquences sociales

L’ASNR, née le 1er janvier 2023 de la fusion entre l’ASN – chargée de contrôler la sûreté des installations nucléaires – et l’IRSN – spécialisé dans la recherche et l’expertise en radioprotection –, cristallise les tensions. La création de cette nouvelle autorité a été imposée par le gouvernement sans consultation préalable des salariés, selon les syndicats. « La fusion a été menée tambour battant, sans véritable préparation ni concertation », a dénoncé un représentant syndical cité par Reporterre. Les organisations professionnelles s’interrogent désormais sur la capacité de l’ASNR à remplir ses missions dans un contexte marqué par un mal-être croissant parmi les agents.

Un rapport accablant sur les conditions de travail

Le cabinet Technologia, spécialisé dans l’évaluation des risques psychosociaux, a rendu public un diagnostic accablant. Selon les conclusions de l’audit, les salariés de l’ASNR sont exposés à une charge de travail accrue, des conflits internes persistants et une dégradation de la communication hiérarchique. « Les risques psychosociaux identifiés sont structurels et non conjoncturels, ce qui signifie qu’ils ne résulteront pas d’un simple ajustement organisationnel », a précisé un porte-parole du cabinet à Reporterre. Les syndicats, qui ont sollicité cette étude, dénoncent un « manque criant de moyens humains et financiers » pour absorber les nouvelles missions de l’ASNR.

Des syndicats mobilisés face à la dégradation du climat social

Les quatre organisations syndicales représentatives – CGT, CFDT, CFE-CGC et Synpas-FO – ont uni leurs forces pour alerter sur la situation. « Nous avons constaté une augmentation des arrêts maladie, une baisse de la motivation et une dégradation des relations professionnelles », a expliqué un représentant de la CGT. Les syndicats réclament une « pause dans la réorganisation » et la mise en place d’un plan d’action social urgent. « Il est urgent d’écouter les salariés et de leur donner les moyens de travailler dans des conditions décentes », a souligné un délégué CFDT. Les organisations professionnelles menacent désormais de recourir à des actions collectives si leurs revendications ne sont pas prises en compte.

Et maintenant ?

La publication du rapport de Technologia intervient alors que l’ASNR doit faire face à des défis majeurs, notamment la gestion du parc nucléaire français vieillissant et la préparation des nouveaux réacteurs EPR2. Pour les syndicats, l’enjeu est double : obtenir une reconnaissance officielle des risques identifiés et négocier un plan de sauvegarde de l’emploi adapté. Une réunion avec la direction est prévue le 15 juillet 2026, mais les attentes restent mesurées. « Nous espérons des engagements concrets, pas seulement des promesses », a conclu un représentant syndical. La suite dépendra de la capacité du gouvernement à concilier exigences économiques et protection des agents.

Cette affaire soulève une question plus large : comment concilier les impératifs de réforme institutionnelle et le respect des conditions de travail des fonctionnaires ? Alors que le nucléaire reste un pilier de la stratégie énergétique française, la capacité de l’État à préserver l’équilibre social au sein de ses agences spécialisées sera déterminante pour l’avenir du secteur.

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) est chargée de contrôler la sûreté des installations nucléaires en France, d’évaluer les risques radiologiques et de protéger les travailleurs et la population. Elle assure également un rôle d’expertise et de conseil auprès des pouvoirs publics.

La fusion a été officialisée le 1er janvier 2023, mais les premières tensions sociales sont apparues dès 2024. Le rapport du cabinet Technologia a été rendu public le 1er juillet 2026, révélant l’ampleur des dysfonctionnements internes.