À Montréal, comme dans le reste de la province, une frange de la jeunesse québécoise s’enthousiasme aujourd’hui pour l’idée d’un Québec indépendant, près de trente-quatre ans après le dernier référendum de 1995. Selon nos confrères du Monde, cette dynamique s’alimente d’une visibilité accrue sur les réseaux sociaux, où les débats sur la souveraineté circulent avec une intensité inédite depuis des décennies.
Cette mobilisation intervient à un moment charnière : la campagne pour les élections provinciales, prévues le 1er octobre 2026, bat son plein. Les partis politiques, notamment le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ), intègrent désormais cette thématique à leurs discours, tantôt pour la porter, tantôt pour la relativiser. « On sent une curiosité nouvelle chez les 18-35 ans », observe Maude Gagnon, politologue à l’Université de Montréal. « Les réseaux sociaux ont transformé la donne : l’indépendance n’est plus un sujet de vieux débats, mais une option sérieusement envisagée par une partie de la génération montante. »
Ce qu’il faut retenir
- 34 ans après le référendum de 1995, l’idée d’un Québec indépendant regagne de l’influence auprès des jeunes, portée par les réseaux sociaux.
- Les élections provinciales, fixées au 1er octobre 2026, serviront de catalyseur à ce débat politique.
- Les partis comme le Parti québécois et la Coalition avenir Québec intègrent désormais la question souverainiste dans leurs programmes.
- Les 18-35 ans, traditionnellement moins mobilisés sur le sujet, représentent aujourd’hui une cible privilégiée pour les partisans de l’indépendance.
Un mouvement rajeuni par les réseaux sociaux
L’écho donné à la cause indépendantiste doit beaucoup à la viralité des réseaux sociaux. Des comptes comme @QuebecLibre ou #OuiQuebec, suivis par des dizaines de milliers de personnes, alimentent quotidiennement la discussion. Selon une étude menée par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), 42 % des 18-24 ans déclarent avoir déjà partagé ou commenté des contenus en faveur de la souveraineté.
Cette génération, souvent qualifiée de « millennials » ou de « zoomers », n’a pas vécu les référendums de 1980 et 1995. Pour elle, l’indépendance du Québec n’est pas un héritage conflictuel, mais une possibilité parmi d’autres. « On n’a pas les mêmes craintes que nos parents », explique Thomas Roy, étudiant en droit à Québec. « On voit le Canada comme un partenaire, mais aussi comme une contrainte. La question n’est plus « pourquoi quitter ? », mais « pourquoi ne pas essayer ? » »
Les partis politiques face à la montée des revendications
Le Parti québécois, historiquement porteur du projet souverainiste, mise sur cette jeunesse pour relancer son discours. Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, a récemment multiplié les interventions sur TikTok et Instagram, où il répond aux questions des internautes en direct. « Les jeunes veulent des réponses concrètes », a-t-il indiqué lors d’un meeting à Sherbrooke. « Ils veulent savoir comment un Québec indépendant gérera son économie, son éducation, sa santé. Nous avons des projets, et nous allons les leur présenter. »
De son côté, la Coalition avenir Québec (CAQ), actuellement au pouvoir, évite soigneusement de prendre position sur la question. François Legault, premier ministre sortant, a rappelé à plusieurs reprises que « le référendum n’est pas à l’ordre du jour ». Pourtant, les sondages montrent une montée des intentions de vote pour les partis souverainistes, qui totaliseraient aujourd’hui 38 % des intentions parmi les 18-34 ans, selon Léger Marketing.
Quant aux prochaines étapes, tout dépendra des résultats du scrutin. Si une majorité de sièges est remportée par les partis souverainistes, un nouveau référendum pourrait être envisagé à moyen terme. Pour l’instant, les indépendantistes misent sur une stratégie progressive : « On ne parle pas encore de date, mais d’un projet crédible », résume une militante de Génération Québec, interviewed par le Monde. Bref, autant dire que la donne a changé.
Le dernier référendum a eu lieu le 30 octobre 1995, avec un résultat très serré : 50,58 % de « non » contre 49,42 % de « oui ». Ce scrutin avait été marqué par une forte mobilisation et une campagne intense des deux camps.