Les violentes intempéries qui ont frappé l’Afrique de l’Ouest fin juin 2026 ont provoqué des inondations dévastatrices et des glissements de terrain, faisant au moins 74 morts entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Selon Courrier International, ces catastrophes surviennent alors que la saison des pluies n’en est qu’à ses débuts, laissant craindre une aggravation du bilan dans les semaines à venir.

Les autorités locales dressent un premier état des lieux inquiétant. En Côte d’Ivoire, les pluies torrentielles survenues lundi 29 juin ont causé la mort de 59 personnes, un bilan qualifié d’« exceptionnellement élevé » par le porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly, lors d’une déclaration reprise par Bloomberg le 1er juillet. Les craintes des responsables portent désormais sur l’évolution du phénomène, la saison des pluies en Afrique de l’Ouest s’étendant traditionnellement de fin mai à fin juillet.

Ce qu'il faut retenir

  • 59 morts en Côte d’Ivoire après les inondations du 29 juin 2026, un bilan provisoire qui pourrait s’alourdir avec la poursuite des pluies.
  • 15 victimes au Ghana, où les précipitations ont atteint un niveau historique pour un mois de juin, avec 593,2 mm enregistrés, selon Graphic Online.
  • Des inondations signalées également au Bénin, au Togo et au Nigeria, sans faire de victimes selon les bilans officiels.
  • 38 000 personnes déplacées au Ghana, où le président John Mahama a débloqué 300 millions de cédis (23 millions d’euros) pour les secours.
  • Le dérèglement climatique aggrave la fréquence et l’intensité des phénomènes extrêmes, touchant l’Afrique malgré sa faible contribution aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Côte d’Ivoire : un bilan provisoire lourd, des travaux d’urgence annoncés

Les autorités ivoiriennes n’ont pas attendu pour réagir. Dès l’annonce des inondations meurtrières, le gouvernement a mis en avant la nécessité d’agir rapidement. « Alors même que nous ne sommes qu’au début de la saison des pluies », les pluies diluviennes ont causé des dégâts sans précédent dans plusieurs régions du pays, a expliqué Amadou Coulibaly. Les glissements de terrain et les crues soudaines ont particulièrement frappé les zones urbaines, où le manque d’infrastructures adaptées se fait cruellement sentir.

Pour tenter d’endiguer la crise, les autorités ont annoncé l’accélération des travaux de drainage des eaux à Abidjan, ainsi que le curage des caniveaux et collecteurs situés en amont et en aval des zones inondées. Ces mesures visent à éviter une répétition des scènes de chaos observées ces derniers jours, où des quartiers entiers ont été submergés par les eaux. Les responsables locaux ont également appelé la population à la vigilance, alors que les prévisions météo restent alarmantes pour les prochaines semaines.

Ghana : un record historique de précipitations et une crise humanitaire

Le voisin ghanéen n’a pas été épargné. Selon les données officielles, le pays a enregistré 15 morts dans des inondations touchant notamment la capitale, Accra. Mais c’est le volume des pluies qui retient particulièrement l’attention. Pour le mois de juin 2026, les précipitations ont atteint 593,2 millimètres, un record absolu depuis le début des relevés météorologiques au Ghana, comme le confirme Graphic Online. Cette intensité inédite illustre l’impact croissant du dérèglement climatique sur la région.

Face à l’ampleur de la catastrophe, les autorités ont dû gérer une crise humanitaire majeure. Plus de 38 000 personnes ont été déplacées, selon les estimations, et des milliers de foyers se retrouvent sans abri. Le président John Mahama a réagi en débloquant un fonds d’urgence de 300 millions de cédis, soit environ 23 millions d’euros, destiné aux opérations de secours et à la reconstruction. Pourtant, des critiques émergent déjà quant à la gestion de la crise, le principal parti d’opposition reprochant au gouvernement un manque de préparation face à ces événements devenus récurrents.

Un phénomène aggravé par le changement climatique et des vulnérabilités structurelles

Si les inondations frappent régulièrement l’Afrique de l’Ouest, leur violence actuelle est largement imputée au dérèglement climatique. Les experts soulignent que le continent, bien que responsable de seulement 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, est l’un des plus exposés aux événements météorologiques extrêmes. « Le phénomène est tellement récurrent que la nécessité de trouver des solutions durables est devenue un impératif », commente le quotidien burkinabè Le Pays, cité par Courrier International.

Plusieurs facteurs aggravent cette vulnérabilité. D’abord, la croissance démographique urbaine, qui a conduit à une urbanisation souvent anarchique, sans infrastructures adaptées pour évacuer les eaux de pluie. Ensuite, le manque de planification à long terme, avec des villes comme Abidjan ou Accra qui peinent à moderniser leurs systèmes de drainage. Enfin, l’inaction politique, malgré la multiplication des alertes scientifiques. « Les inondations sont devenues plus meurtrières à mesure que le dérèglement climatique exacerbe la fréquence et les effets des phénomènes météorologiques extrêmes », a souligné un responsable cité par Bloomberg.

« À la faveur du changement climatique, les pluies diluviennes se sont intensifiées sur le continent noir où, d’Est en Ouest et du Sahel à l’Afrique du Sud en passant, entre autres, par l’Afrique centrale et la région des Grands Lacs, aucune zone n’est épargnée. »
Le Pays (Burkina Faso), cité par Courrier International

D’autres pays touchés, mais des bilans encore limités

Si la Côte d’Ivoire et le Ghana concentrent l’essentiel des victimes, d’autres pays de la sous-région ont également subi les conséquences des intempéries. Au Bénin, au Togo et au Nigeria, des inondations localisées ont été signalées, mais les autorités locales n’ont pas rapporté de morts à ce stade, selon The Guardian. Ces pays, bien que moins touchés en nombre de victimes, font face à des défis similaires : saturation des systèmes de drainage, urbanisation rapide et exposition accrue aux aléas climatiques.

Les experts rappellent que l’Afrique de l’Ouest n’est pas la seule région confrontée à cette problématique. Dans d’autres parties du continent, comme l’Afrique centrale ou la région des Grands Lacs, les pluies diluviennes et les glissements de terrain deviennent également plus fréquents, renforçant le besoin de coopération régionale pour faire face à ces crises.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’ampleur réelle de cette crise. Avec la poursuite de la saison des pluies jusqu’à fin juillet, les autorités locales craignent une aggravation du bilan, notamment dans les zones déjà fragilisées. À Abidjan, les travaux de drainage annoncés devront être menés à un rythme soutenu pour éviter de nouvelles catastrophes. Au Ghana, l’utilisation des fonds débloqués par le président John Mahama sera scrutée de près, alors que les critiques sur la gestion de crise s’intensifient. Reste à voir si ces événements accéléreront enfin la mise en place de politiques durables d’adaptation au changement climatique dans la région.

Une chose est sûre : la récurrence de ces inondations pose une question de fond. Comment concilier développement urbain, adaptation climatique et responsabilité politique dans une région où les moyens financiers et techniques restent limités ? Les prochains mois pourraient apporter des éléments de réponse, ou au contraire, confirmer l’urgence d’une mobilisation internationale.

L’Afrique de l’Ouest cumule plusieurs facteurs de vulnérabilité : une urbanisation rapide et souvent anarchique, des infrastructures de drainage insuffisantes, une croissance démographique élevée et une exposition accrue aux phénomènes météorologiques extrêmes, aggravés par le dérèglement climatique. Malgré une contribution minime aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, le continent subit de plein fouet les conséquences de la crise climatique.