Le Japon, confronté à un vieillissement accéléré de sa population, connaît une transformation remarquable de son marché boursier. Selon BFM Business, cette dynamique s’explique par des réformes structurelles et une attractivité retrouvée auprès des investisseurs étrangers.
Ce qu'il faut retenir
- Reprise spectaculaire de la Bourse japonaise malgré le déclin démographique du pays.
- Les réformes économiques et la révision des politiques monétaires jouent un rôle clé dans cette évolution.
- Les analystes soulignent l’impact des dirigeants charismatiques sur la valorisation des entreprises.
- La Fed américaine et ses décisions influencent également les marchés, notamment via les tensions géopolitiques.
- Edenred bondit de 15 % après des rumeurs de rachat, tandis que 2CRSI est suspendue.
L’émission BFM Bourse, diffusée ce jeudi 18 juin, a mis en lumière les changements profonds qui animent le marché japonais. Adrien Dumas, directeur de la gestion chez Mandarine Gestion, a détaillé les raisons de cette métamorphose, dans un contexte où le vieillissement de la population japonaise reste un défi structurel. « Le Japon réinvente sa stratégie économique en misant sur l’innovation et une gouvernance d’entreprise plus dynamique », a-t-il expliqué lors de l’émission présentée par Guillaume Sommerer.
Plusieurs experts ont participé à cette analyse, dont François Chaulet, président de Montségur Finance, et Claire Dissaux, responsable des études macroéconomiques du Groupe AXA. Leurs échanges ont permis de cerner les facteurs clés de cette reprise : réforme du code des sociétés, incitations fiscales pour les investisseurs étrangers et ouverture progressive du marché aux capitaux internationaux. « Ces mesures commencent à porter leurs fruits, même si le défi démographique reste entier », a précisé Claire Dissaux.
Une gouvernance d’entreprise qui fait la différence
Un autre élément mis en avant lors de l’émission est le rôle des dirigeants dans la valorisation des entreprises. Alexandre Hezez, stratégiste indépendant, a comparé les modèles américain et européen. Selon lui, les entreprises américaines bénéficient d’une « culture du héros », où les dirigeants incarnent une vision claire et mobilisatrice. À l’inverse, les entreprises européennes, et notamment japonaises, seraient davantage perçues comme des « organigrammes », moins propices à une valorisation boursière optimale. « Cette différence de profil explique en partie l’écart de performance entre les marchés », a-t-il déclaré.
Les invités de l’émission ont également évoqué l’impact des tensions géopolitiques, comme la guerre en Iran, sur les valorisations boursières. Franck Morel, président de ZoneBourse, a rappelé que des groupes comme BMW avaient déjà tiré la sonnette d’alarme face aux risques liés à ce conflit. « Ces alertes pourraient se multiplier si la situation ne se stabilise pas rapidement », a-t-il souligné.
Des mouvements contrastés sur les actions
Dans un marché en pleine recomposition, certaines valeurs connaissent des trajectoires radicalement opposées. Edenred, spécialiste des solutions de paiement, a vu son cours s’envoler de 15 % en une seule journée, alimenté par des rumeurs de rachat. À l’inverse, 2CRSI, entreprise spécialisée dans l’impression 3D, a vu sa cotation suspendue après des difficultés financières majeures. « Ces exemples illustrent la volatilité actuelle du marché, mais aussi sa capacité à récompenser les entreprises bien gérées », a commenté François Chaulet.
Autre fait marquant : le repli de Carrefour après la publication d’analyses pessimistes de la part de JP Morgan. La banque a revu à la baisse ses prévisions pour le géant de la grande distribution, évoquant un environnement concurrentiel toujours plus tendu. Sébastien Barthélémi, responsable de la recherche crédit chez Kepler Cheuvreux, a indiqué que « ces ajustements reflètent les défis persistants du secteur, notamment face à la montée en puissance du e-commerce ».
La Fed américaine au cœur des débats
Les décisions de la Réserve fédérale américaine restent un sujet de préoccupation pour les investisseurs. Dans sa chronique USA Today, John Plassard, associé chez Cité Gestion, a analysé la récente conférence de presse de Kevin Warsh, nouveau président de la Fed. Parmi les points clés : la forte appréciation du dollar sur un an, la signature d’un protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis, et la réouverture du détroit d’Ormuz. « Ces éléments pourraient redessiner les équilibres économiques mondiaux dans les mois à venir », a-t-il souligné.
Plassard a également noté que le prix du gallon d’essence aux États-Unis est repassé sous la barre des 4 dollars, un soulagement pour les ménages américains. En revanche, la hausse des prix chez Apple et la révision à la baisse des prévisions d’Accenture pour 2026 ont tempéré cet optimisme. « La Fed devra naviguer entre inflation, croissance et tensions géopolitiques », a-t-il résumé.
Des questions d’investissement au cœur des échanges
L’émission a également abordé des sujets de stratégie financière individuelle. Dans sa chronique Culture Bourse, Gwendal Daubresse-Chasle a répondu à une question sur l’opportunité de placer une plus-value issue d’un compte-titres ordinaire (CTO) sur un plan d’épargne retraite (PER). Un investisseur de 62 ans, avec une tranche marginale d’imposition de 30 %, s’interrogeait sur la pertinence de cette démarche. François Chaulet a rappelé que « le choix dépend avant tout de l’horizon de placement et des besoins futurs en liquidités ».
Pour les épargnants, cette réflexion est d’autant plus importante que les perspectives de rendement des PER restent attractives dans un contexte de taux bas. « Il est essentiel de comparer les options fiscales et de bien évaluer ses priorités », a-t-il conclu.
Les analystes s’attendent à une volatilité accrue, notamment en raison des incertitudes persistantes. « Le Japon montre des signes de résilience, mais le chemin reste semé d’embûches », a résumé Adrien Dumas. Une chose est sûre : la Bourse japonaise continue de surprendre, malgré les défis démographiques qui pèsent sur le pays.
Plusieurs facteurs expliquent ce regain d’attractivité : les réformes du code des sociétés, l’ouverture aux capitaux étrangers, et une gouvernance d’entreprise en cours de modernisation. Les dirigeants japonais adoptent des stratégies plus audacieuses, ce qui séduit les investisseurs. Selon les experts, cette dynamique pourrait se poursuivre si les résultats économiques suivent.
Les principaux risques identifiés par les analystes sont : la persistance des tensions géopolitiques (notamment au Moyen-Orient), un possible durcissement de la politique monétaire de la Banque du Japon, et une dégradation de la conjoncture économique mondiale. La volatilité des marchés pourrait s’accentuer en cas de dégradation de l’un de ces facteurs.