En 1874, la découverte d’une ardoise à Guérande, en Loire-Atlantique, a donné naissance à une théorie archéologique audacieuse pour l’époque : celle d’un lien entre les Phéniciens et les origines de la Bretagne. Selon nos confrères de Ouest France, cette trouvaille a été instrumentalisée par certains antiquaires de l’Ouest de la France pour alimenter un récit qui, aujourd’hui encore, suscite l’intérêt des historiens.
Ce qu'il faut retenir
- En 1874, une ardoise est découverte à Guérande (Loire-Atlantique), devenant le socle d’une théorie selon laquelle les Phéniciens seraient les ancêtres des Bretons.
- Cette hypothèse, popularisée au XIXe siècle, s’appuie sur des interprétations contestées de vestiges archéologiques.
- Les antiquaires de l’Ouest de la France ont joué un rôle clé dans la diffusion de ce mythe.
- Cette théorie, bien que fantaisiste, a marqué l’histoire locale et continue d’alimenter les débats.
Une découverte qui alimente un récit controversé
L’ardoise de Guérande, mise au jour en 1874, est rapidement devenue le symbole d’une thèse archéologique pour le moins originale. Selon les antiquaires locaux, cette inscription aurait confirmé l’arrivée des Phéniciens en Bretagne, bien avant les migrations celtes traditionnellement admises. D’après Ouest France, cette théorie a trouvé un écho particulier dans les cercles érudits de l’époque, avides de mythes fondateurs pour la région.
Cette interprétation, aujourd’hui largement contestée, s’inscrit dans un contexte où l’archéologie en était à ses balbutiements. Les méthodes d’analyse étaient alors rudimentaires, et les interprétations souvent teintées de subjectivité. « Les preuves archéologiques manquaient, mais l’imaginaire collectif a pris le relais », explique un historien spécialiste de la période, cité par nos confrères.
Un mythe né dans l’Ouest de la France
C’est dans les milieux des antiquaires bretons et ligériens que cette théorie a pris racine. À une époque où l’identité régionale se cherchait, certains érudits ont vu dans les Phéniciens une origine prestigieuse pour la Bretagne. « Ces marins antiques, connus pour leurs voyages en Méditerranée, auraient pu atteindre les côtes atlantiques », suggérait l’un d’eux dans une publication locale de l’époque. Une hypothèse qui, sans preuve tangible, a pourtant circulé pendant des décennies.
Cette thèse s’inscrit dans une logique plus large du XIXe siècle, où de nombreux chercheurs amateurs tentaient de rattacher les civilisations anciennes aux territoires modernes. Guérande, avec son ardoise, est devenue un symbole de cette quête, même si les experts actuels y voient davantage un cas d’école de l’interprétation erronée des vestiges.
Pourquoi cette théorie a-t-elle persisté ?
Plusieurs facteurs expliquent la longévité de ce récit. D’abord, l’absence de contre-preuves immédiates a permis à cette idée de s’enraciner dans la culture locale. Ensuite, les travaux de certains historiens de l’époque, comme l’abbé Joseph Mahé, ont contribué à sa diffusion. Enfin, le besoin d’une identité bretonne distincte, mêlant fierté locale et ancrage historique, a joué un rôle clé. « À une époque où la Bretagne cherchait à s’affirmer face à la centralisation parisienne, ce mythe offrait une légitimité ancienne », précise un spécialiste.
Pour autant, les archéologues modernes ont depuis balayé cette théorie. Les analyses des inscriptions supposées phéniciennes ont révélé qu’il s’agissait bien souvent de faux ou d’interprétations abusives. « Il n’y a aucune preuve tangible d’une présence phénicienne en Bretagne à l’Antiquité », rappelle un chercheur du CNRS interrogé par Ouest France.
Cette histoire illustre aussi l’importance de la rigueur scientifique dans l’étude du passé. Elle rappelle que les mythes, même les plus ancrés, doivent être confrontés aux faits pour éviter de fausser l’histoire.
L’ardoise en question est conservée au musée de Guérande. Elle est parfois présentée lors d’expositions temporaires sur l’histoire locale, mais elle n’est pas systématiquement exposée en raison de sa fragilité.