Les banques centrales du monde entier renforcent leurs réserves d’or, parfois en les rapatriant sur leur territoire national. Selon BFM Business, 45 % des 74 institutions interrogées par le World Gold Council (WGC) prévoient d’augmenter leurs stocks d’ici douze mois. Une tendance qui s’inscrit dans un contexte marqué par l’inflation persistante et l’instabilité géopolitique.

Ce qu'il faut retenir

  • 45 % des banques centrales interrogées par le WGC prévoient d’augmenter leurs réserves d’or d’ici un an, un record depuis 2018.
  • La part de l’or dans les réserves des banques centrales a atteint 27 % fin 2025, dépassant pour la première fois celle des bons du Trésor américain.
  • Près d’un cinquième des banques centrales ont rapatrié une partie de leur or ou diversifié leurs lieux de stockage au cours des douze derniers mois.
  • La Banque de France a transféré 129 tonnes d’or de New York vers Paris entre juillet 2025 et janvier 2026.
  • L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et l’Inde ont également réduit leur dépendance aux dépôts à l’étranger.

Une stratégie de diversification accélérée

Les banques centrales ajustent leurs portefeuilles en réponse à l’environnement économique et géopolitique actuel. D’après les données du WGC, 54 % des institutions souhaitent maintenir leurs réserves d’or à leur niveau actuel, tandis qu’une seule prévoit de les réduire. 90 % des banques centrales citent la capacité de l’or à servir de valeur refuge en période de crise comme principale motivation. L’inflation persistante et les risques liés aux tensions internationales renforcent cette tendance.

Les achats nets d’or par les banques centrales ont atteint en moyenne 1 000 tonnes par an ces quatre dernières années, soit le double de la moyenne enregistrée lors de la décennie précédente. La Banque centrale européenne (BCE) a révélé que la part de l’or dans les réserves de change mondiales avait dépassé celle des bons du Trésor américain fin 2025 : 27 % contre 22 %. Les actifs en euros, eux, restent stables à 15 %.

Le rapatriement des réserves : une méfiance croissante envers les coffres étrangers

Depuis plusieurs mois, les banques centrales adoptent une nouvelle stratégie : le rapatriement de leurs réserves d’or. Selon le WGC, 19 % des institutions ont augmenté leurs stocks nationaux ou diversifié leurs lieux de stockage au cours de l’année écoulée, contre seulement 7 % en 2025. Cette tendance reflète des préoccupations géopolitiques et une volonté de sécuriser l’accès à leurs actifs. « Ces inquiétudes couvaient depuis longtemps, mais les banques centrales les prennent désormais davantage au sérieux », explique Shaokai Fan, directeur des banques centrales au sein du WGC.

La Banque de France a donné l’exemple en rapatriant 129 tonnes d’or de New York vers Paris entre juillet 2025 et janvier 2026. L’Allemagne, dont un tiers des réserves était stocké à New York, a également engagé un processus similaire. Les Pays-Bas, l’Autriche et la Banque de réserve de l’Inde ont adopté la même démarche, réduisant leur dépendance aux dépôts à l’étranger. La Banque d’Angleterre, qui abrite plus de 400 000 tonnes d’or, reste le principal dépositaire mondial, mais de moins en moins de banques centrales y stockent leurs réserves : 57 % contre 64 % il y a un an.

Un métal précieux en pleine mutation

Le cours de l’or a plus que doublé en trois ans, avant de connaître une baisse récente liée à la remontée des taux d’intérêt. Cette volatilité offre une nouvelle opportunité aux banques centrales pour renforcer leurs réserves à moindre coût. « La baisse actuelle du cours de l’or permet d’en acquérir davantage », souligne un analyste cité par BFM Business. La demande des institutions financières mondiales s’inscrit dans une logique de diversification, mais aussi de protection contre les risques systémiques.

L’or n’est plus seulement perçu comme un actif de réserve, mais aussi comme un outil de souveraineté monétaire. Les banques centrales cherchent à réduire leur dépendance au dollar, qui représentait encore 22 % de leurs réserves fin 2025. Les actifs en euros, en revanche, restent stables à 15 %, sans évolution significative.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une accélération des mouvements de rapatriement, notamment si les tensions géopolitiques persistent. Les banques centrales devraient continuer à privilégier l’or comme actif de réserve, tout en surveillant l’évolution des taux d’intérêt et des politiques monétaires des grandes puissances économiques. Une nouvelle enquête du WGC, prévue d’ici la fin de l’année, permettra d’évaluer l’ampleur de ces tendances.

Un retour de l’or comme pilier des réserves internationales

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’or représente désormais 27 % des réserves de change des banques centrales, une première depuis des décennies. Cette évolution marque un tournant dans la gestion des portefeuilles de réserve, où le métal jaune retrouve une place centrale. Les institutions financières mondiales semblent déterminées à sécuriser leurs actifs, tout en réduisant leur exposition aux risques géopolitiques et économiques.

La Banque de France, en rapatriant une partie de ses réserves, a donné le ton. D’autres pays pourraient suivre cette voie, surtout si les incertitudes sur la stabilité des systèmes financiers internationaux persistent. L’or, longtemps considéré comme un actif dépassé, redevient un enjeu stratégique pour les banques centrales.

Les banques centrales justifient ce choix par des préoccupations géopolitiques et une volonté de sécuriser l’accès à leurs réserves. Selon Shaokai Fan, directeur des banques centrales au WGC, « les craintes de ne pas pouvoir accéder pleinement à son or en permanence » ont conduit les institutions à diversifier leurs lieux de stockage. Cette tendance s’inscrit dans un contexte où les tensions internationales rendent les systèmes financiers plus vulnérables.

La demande accrue des banques centrales soutient le cours de l’or à long terme. Cependant, la volatilité récente liée à la remontée des taux d’intérêt pourrait offrir des opportunités d’achat. Les analystes estiment que cette stratégie de diversification pourrait maintenir une pression à la hausse sur les prix du métal jaune, surtout si les incertitudes économiques persistent.