Selon BFM Business, l’Inde, troisième importateur mondial de pétrole brut et deuxième de gaz naturel liquéfié, s’engage dans une relance ambitieuse de son secteur énergétique. Après avoir été fortement perturbée par la récente guerre au Moyen-Orient, qui a menacé ses approvisionnements en hydrocarbures, New Delhi a lancé des appels d’offres pour l’attribution de nouveaux permis d’exploration couvrant 250 000 km², une surface équivalente à celle du Royaume-Uni.

Cette initiative s’inscrit dans la prise de conscience par l’Inde de sa dépendance extrême aux importations d’énergie. Avec une population de 1,5 milliard d’habitants, le pays le plus peuplé du monde reste un producteur modeste de pétrole, n’extrayant en 2025-2026 que 26 millions de m³ d’or noir, soit à peine 10 % de ses besoins. En 2011, sa production avait atteint un pic de 900 000 barils par jour, contre 522 000 barils quotidiens aujourd’hui. Pendant la crise énergétique, New Delhi avait dû se tourner en urgence vers de nouveaux fournisseurs, notamment l’Iran, le Venezuela et plusieurs pays africains, après des interruptions de livraisons.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Inde a lancé des appels d’offres pour 250 000 km² de permis d’exploration pétrolière et gazière.
  • Le pays ne couvre que 10 % de ses besoins en pétrole, avec une production de 522 000 barils par jour en 2026.
  • Le ministre du Pétrole, Hardeep Singh Puri, mise sur les gisements des Andaman-et-Nicobar, dans l’océan Indien.
  • L’Inde consacre 10 milliards de dollars à l’exploration, avec pour objectif de couvrir 1 million de km² inexplorés.
  • Le pays ambitionne d’atteindre la neutralité carbone en 2070, tout en développant ses énergies fossiles.

Une crise énergétique qui pousse à l’action

La guerre au Moyen-Orient a révélé la vulnérabilité de l’Inde, dont les importations d’hydrocarbures ont été sérieusement menacées. Le rétablissement, le mois dernier, du cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis a permis de lever les restrictions sur la navigation dans le détroit d’Ormuz, stratégique pour le transport maritime. Cette situation a conduit le gouvernement indien à assouplir les mesures de restriction sur la consommation et à réduire les prix des carburants, rapporte BFM Business.

Le ministre indien du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri, a confirmé cette relance lors d’un entretien à l’AFP. « Nous avons lancé des appels d’offres pour l’attribution de nouveaux permis d’exploration sur 250 000 km² », a-t-il annoncé. Selon lui, l’Inde a tiré les leçons de la crise et entend réduire sa dépendance en accélérant ses projets d’exploitation domestique. « C’est une approche pragmatique », a-t-il souligné, rejetant les critiques américaines concernant ses achats de pétrole russe, accusé de financer la guerre en Ukraine. « Nous dissocions notre politique d’approvisionnement énergétique de toute considération idéologique », a-t-il précisé.

Des gisements offshore et des ambitions en eaux profondes

Pour l’heure, la production pétrolière indienne est concentrée dans des gisements offshore au large de Bombay, ainsi que dans les États du Rajasthan, du Gujarat (ouest) et de l’Assam (nord-est). Cependant, c’est dans l’archipel des Andaman-et-Nicobar, situé dans l’océan Indien près de l’Indonésie et de la Thaïlande, que New Delhi place ses plus grands espoirs. La géologie de la région, encore largement inexplorée, semble prometteuse pour la découverte de nouveaux gisements, notamment en eaux profondes.

En juin 2026, Hardeep Singh Puri a partagé sur les réseaux sociaux des images d’une torchère sur un forage dans cette zone, opéré par la compagnie publique Oil India. « De nombreux puits en eaux profondes ou très profondes sont prévus dans ces bassins pour exploiter nos réserves », s’était-il alors félicité. Plusieurs majors internationales, dont Petrobras, TotalEnergies, BP, Shell et ExxonMobil, participent à cet effort, selon les déclarations du ministre.

Pourtant, ce projet suscite des critiques, notamment de la part des organisations non gouvernementales de défense de l’environnement. Les Andaman-et-Nicobar, où vivent des tribus isolées, font l’objet d’un vaste chantier de 9 milliards de dollars destiné à étendre les infrastructures militaires et à construire un port de commerce ainsi qu’un complexe touristique. Une initiative qui, selon les ONG, menace l’écosystème fragile de l’archipel.

Une stratégie énergétique entre hydrocarbures et transition verte

Dès 2025, le Premier ministre indien, Narendra Modi, avait annoncé l’ambition de lancer une « mission destinée à trouver des réserves de pétrole et de gaz sous la mer ». Une stratégie qui s’inscrit dans un contexte de croissance rapide de la demande énergétique du pays. « Notre consommation d’énergie progresse trois fois plus vite que dans le reste du monde », a rappelé Hardeep Singh Puri. Elle est passée de 5 millions de barils par jour en 2021 à 5,6 millions aujourd’hui, et continue d’augmenter.

Malgré cet élan en faveur des énergies fossiles, l’Inde s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2070. Pour y parvenir, le pays investit massivement dans les énergies vertes et le nucléaire. « Il est essentiel de concilier notre développement économique avec nos objectifs climatiques », a souligné le ministre. Cependant, la transition vers des sources d’énergie plus propres reste un défi majeur, alors que la demande en hydrocarbures continue de croître.

Hardeep Singh Puri s’est dit « exceptionnellement optimiste » quant à l’avenir de la production indienne, estimant que l’effort d’exploration et de production « augmente à un rythme très rapide ». « Même si cela requiert un fort capital et beaucoup de temps », a-t-il reconnu. L’Inde consacre désormais 10 milliards de dollars à l’exploration pétrolière et gazière, avec l’objectif de couvrir 1 million de km² encore inexplorés.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des appels d’offres lancés par l’Inde. Si les découvertes dans les Andaman-et-Nicobar s’avèrent concluantes, le pays pourrait réduire sa dépendance aux importations. Cependant, la réussite de ce projet dépendra des conditions géologiques, des investissements consentis et de la capacité à concilier développement économique et transition énergétique. D’ici la fin de l’année 2026, les premières évaluations des forages pourraient donner une indication plus précise des réserves potentielles.

Un équilibre délicat entre croissance et durabilité

L’Inde se trouve ainsi à la croisée des chemins : d’un côté, la nécessité de sécuriser son approvisionnement énergétique pour soutenir sa croissance démographique et économique ; de l’autre, l’impératif de respecter ses engagements climatiques. Le défi est de taille, alors que le pays mise à la fois sur l’extension de ses capacités en hydrocarbures et sur le développement des énergies renouvelables.

« Notre consommation d’énergie va continuer d’augmenter, et nous devons trouver un équilibre entre nos besoins immédiats et nos objectifs à long terme », a admis Hardeep Singh Puri. Avec une population jeune et en expansion, l’Inde devra innover pour répondre à une demande énergétique qui devrait encore s’accélérer dans les décennies à venir. La réussite de sa stratégie dépendra en grande partie de sa capacité à exploiter ses ressources tout en limitant son empreinte carbone.

L’Inde, malgré ses efforts d’exploration, reste un producteur modeste d’hydrocarbures. Sa production locale ne couvre que 10 % de ses besoins, et ses réserves connues sont limitées. La croissance démographique et économique du pays, couplée à une industrialisation rapide, a entraîné une augmentation spectaculaire de la demande en énergie, que la production nationale ne peut satisfaire.

L’archipel abrite des écosystèmes fragiles et des tribus isolées. Le projet d’exploration et de développement d’infrastructures menace la biodiversité locale et pourrait perturber les modes de vie des populations autochtones. Les ONG environnementales alertent sur les risques de pollution marine et terrestre liés aux forages en eaux profondes.