Lors d’une visite officielle à Erevan jeudi 6 juillet 2026, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé un large paquet de mesures économiques et politiques destinées à soutenir l’Arménie dans son rapprochement avec l’Occident, selon Euronews FR. Cette tournée stratégique dans le Caucase du Sud intervient au lendemain d’une étape similaire à Bakou et s’inscrit dans un contexte marqué par la pression économique accrue de la Russie sur Erevan, liée à son engagement en faveur d’une plus grande intégration européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Suppression des droits de douane sur près de 80 % des exportations arméniennes vers l’UE, touchant notamment les fruits, légumes, plantes et boissons.
  • 18 millions d’euros supplémentaires alloués à l’Arménie pour soutenir son commerce, dans le cadre d’un programme global de 52 millions d’euros lancé avant les élections de juin.
  • 200 millions d’euros investis dans l’initiative Global Gateway pour la connectivité régionale, avec un potentiel de 2 milliards d’euros pour des projets de transport, énergie et numérique.
  • Libéralisation des visas prévue d’ici 2029, sous réserve de réformes, faisant de l’Arménie le seul pays actuellement engagé dans ce processus avec l’UE.
  • Soutien à la diversification énergétique face aux menaces de Moscou, avec l’appui d’experts européens pour réduire la dépendance aux importations russes.
  • 20 millions d’euros dédiés à un programme de promotion de la paix entre les communautés frontalières arméniennes et azerbaïdjanaises.

Un partenariat renforcé face à la « coercition économique » russe

Lors de sa conférence de presse aux côtés du Premier ministre arménien Nikol Pachinian, Ursula von der Leyen a salué « le choix clair du peuple arménien pour la démocratie et l’État de droit », lors des élections de juin qui ont confirmé le mandat pro-occidental du gouvernement. « Le peuple arménien a choisi les réformes, la paix et une société ouverte et inclusive, ainsi qu’un rapprochement avec l’Union européenne », a-t-elle déclaré. Dans un message politique explicite, elle a ajouté : « Ensemble, nous devons désormais transformer ces aspirations en résultats concrets. »

Von der Leyen a également mis en avant les tensions économiques entre l’Arménie et la Russie, qualifiant les restrictions commerciales imposées par Moscou de « véritable coercition économique ». « Je sais que l’Arménie fait face à une pression économique importante de la part de la Russie, a-t-elle reconnu. Mais soyez assurés que lorsque la pression augmente sur nos partenaires, l’UE répond présente. Vous pouvez compter sur nous. »

Des mesures commerciales inédites pour contourner les restrictions

Pour soutenir l’économie arménienne, l’UE a proposé des « mesures commerciales autonomes », permettant à l’Arménie – ni pays candidat ni signataire d’un accord commercial classique – de rediriger ses exportations vers le marché unique européen sans droits de douane. « Cette mesure concernera 99 % des fruits frais, légumes et plantes d’Arménie, ainsi que plus de 90 % des boissons et spiritueux », a précisé la présidente de la Commission. Elle a salué l’arrivée récente de fleurs arméniennes sur les marchés européens comme « un symbole d’un nouveau chapitre » dans les relations bilatérales.

Par ailleurs, l’UE a alloué une enveloppe supplémentaire de 18 millions d’euros, portant à 52 millions d’euros l’aide financière totale prévue pour accompagner l’Arménie dans cette transition. Pachinian a, quant à lui, réaffirmé la position prudente de son gouvernement : « Nous n’avons jamais cherché, et ne chercherons jamais, à provoquer une crise avec la Russie. Nous agissons uniquement dans l’intérêt de l’Arménie, en respectant tous nos partenaires, mais sans placer leurs intérêts au-dessus des nôtres. »

Un engagement européen pour la paix et la connectivité régionale

Lors de son déplacement, Ursula von der Leyen a qualifié le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan de « moment historique pour la région », soulignant que « tandis que l’Arménie se rapproche de l’UE, le Caucase du Sud se rapproche lui aussi de l’Europe ». Elle a annoncé un investissement de 200 millions d’euros dans l’initiative Global Gateway pour la connectivité, ainsi qu’un potentiel de 2 milliards d’euros pour des projets stratégiques dans les domaines des transports, de l’énergie et du numérique. « Le corridor médian, reliant la Chine à l’Europe via le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, est une alternative stratégique face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement en Asie et au Moyen-Orient », a-t-elle expliqué.

Parallèlement, 20 millions d’euros seront consacrés à un « programme de promotion de la paix » visant à soutenir les communautés frontalières et à renforcer la cohésion sociale. « Ces fonds aideront les économies locales et amélioreront le quotidien, afin que la paix s’enracine durablement dans les cœurs et les esprits de cette génération et des suivantes », a-t-elle détaillé. Pachinian a, de son côté, confirmé la fin du « chapitre tragique » des guerres du Haut-Karabakh, ouvrant la voie à une coopération pacifique avec Bakou.

Libéralisation des visas et sécurité énergétique au cœur des discussions

Lors de cette visite, Pachinian a annoncé l’objectif d’une libéralisation des visas avec l’UE d’ici 2029, sous réserve de la mise en œuvre de réformes. Ursula von der Leyen a précisé qu’une mission d’évaluation serait menée à l’automne 2026, l’Arménie étant actuellement le seul pays engagé dans un processus actif avec l’Union. « L’ouverture des frontières transformera l’avenir économique de l’Arménie et l’ancrera au cœur des carrefours stratégiques mondiaux », a-t-elle estimé.

Autre enjeu majeur : la diversification énergétique. L’Arménie, dépendante des importations russes, pourrait bientôt bénéficier de l’expertise européenne pour réduire cette dépendance. « L’UE dispose d’une grande expérience en la matière, comme en témoignent les cas de l’Ukraine et de la Moldavie », a rappelé von der Leyen. Pachinian a annoncé la construction de lignes électriques avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, ainsi que le rétablissement des liaisons de transport régionales. « Ces décisions ont demandé du courage politique. Leurs bénéfices seront immenses », a-t-elle conclu.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront de la concrétisation des réformes annoncées par l’Arménie et de l’évaluation par l’UE de sa progression vers une libéralisation des visas d’ici 2029. La mission d’experts européens prévue à l’automne 2026 jouera un rôle clé dans ce processus. Par ailleurs, les investissements dans la connectivité régionale et la diversification énergétique devraient se matérialiser d’ici 2027, sous réserve des accords avec les partenaires locaux. Reste à voir si ces mesures suffiront à atténuer la pression russe et à consolider le rapprochement entre Erevan et Bruxelles.

Cette visite s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où l’Arménie cherche à équilibrer ses relations avec l’Occident et la Russie. Les annonces de l’UE pourraient, à terme, redéfinir les équilibres dans le Caucase du Sud, une région devenue un enjeu stratégique pour les grandes puissances.

Selon les annonces d’Ursula von der Leyen, près de 99 % des fruits frais, légumes et plantes d’Arménie bénéficieront de la suppression des droits de douane, ainsi que plus de 90 % des boissons et spiritueux.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a fixé l’objectif d’une libéralisation des visas avec l’UE d’ici 2029, sous réserve de la réalisation des réformes demandées par Bruxelles.