Selon BFM Bourse, la flambée des marchés actions et les primes exceptionnelles versées par les géants coréens des semi-conducteurs, dopés par l’essor de l’intelligence artificielle (IA), ont généré un effet richesse bénéfique aux groupes du luxe comme LVMH, Richemont ou Hermès au deuxième trimestre 2026. Goldman Sachs estime à 5 300 milliards de dollars les dépenses d’investissement cumulées des hyperscalers entre 2025 et 2030, un boom qui se répercute en cascade sur toute la chaîne de valeur technologique.

Ce qu'il faut retenir

  • Bénéfices records pour Samsung Electronics (54,38 milliards d’euros au deuxième trimestre) et SK Hynix (36,8 milliards d’euros), soit une multiplication par 19 et un quasi-record pour TotalEnergies en 2022.
  • L’indice Kospi de la Bourse de Séoul s’envole de 95 % sur un an, tirée par les géants des puces mémoire indispensables à l’IA, malgré une volatilité marquée.
  • Les salariés de Samsung Electronics ont touché en moyenne 290 000 euros de bonus, ceux de SK Hynix jusqu’à 400 000 euros, boostant la consommation de produits haut de gamme.
  • Les ventes de luxe en Corée du Sud ont progressé de 30 % en moyenne de janvier à mai 2026, avec un bond de 50 à 60 % pour le « hard luxury » (montres et bijoux).
  • LVMH et Hermès citent la Corée du Sud comme l’un de leurs principaux relais de croissance en Asie, compensant en partie le ralentissement en Chine.
  • HSBC anticipe un ralentissement possible au quatrième trimestre 2026 en raison de la volatilité du Kospi et d’une base de comparaison élevée.

L’IA, moteur invisible des performances des géants coréens

L’essor de l’intelligence artificielle a créé une demande exponentielle en infrastructures de calcul, propulsant les dépenses d’investissement (« capex ») des hyperscalers. Selon les projections de Goldman Sachs, ces dépenses devraient atteindre 1 100 milliards de dollars en 2027, et 5 300 milliards sur la période 2025-2030. Cette manne financière alimente une frénésie d’achats de puces mémoire, essentielles pour les centres de données, mais aussi pour les smartphones, tablettes et PC.

Cette dynamique a directement profité à Samsung Electronics et SK Hynix, les deux piliers coréens de l’industrie des semi-conducteurs. Leurs résultats financiers au deuxième trimestre 2026 reflètent cette manne : 54,38 milliards d’euros de bénéfice opérationnel pour Samsung, soit une multiplication par 19, et 36,8 milliards pour SK Hynix. À titre de comparaison, ce dernier chiffre avoisine le bénéfice opérationnel annuel record de TotalEnergies en 2022, année marquée par la flambée des prix de l’énergie.

Les cours boursiers de ces deux groupes ont suivi la même trajectoire, avec une progression de 222 % pour Samsung et de 454 % pour SK Hynix sur un an. Leur poids dans la capitalisation de la Bourse de Séoul dépasse désormais 55 %, entraînant l’indice Kospi dans son sillage. Malgré une volatilité élevée — plus de 30 séances ont enregistré des variations supérieures à 5 % — le Kospi affiche un gain de 95 % sur un an, même si certains produits à effet de levier ont piégé des investisseurs particuliers.

Un effet richesse qui profite aux groupes du luxe

La Corée du Sud, souvent perçue comme un marché secondaire pour le luxe, représente en réalité entre 6 % et 7 % des ventes mondiales du secteur, un poids supérieur à celui du Moyen-Orient. « La Corée du Sud est un marché qui représente entre 6 % et 7 % du luxe, un peu plus que le Moyen-Orient », précise Charles-Louis Scotti, analyste du secteur chez Kepler Cheuvreux.

Les données des grands magasins (« department stores »), où 40 % des ventes de luxe sont réalisées, confirment cette tendance. Selon HSBC, les ventes de produits de luxe en Corée du Sud ont progressé en moyenne de 30 % sur les cinq premiers mois de 2026, avec une accélération notable pour le « hard luxury » — bijouterie et montres — dont la croissance annuelle est estimée entre 50 % et 60 %.

Deux facteurs expliquent cet engouement. D’abord, les ménages coréens, très exposés aux marchés actions, bénéficient directement de la hausse du Kospi. « Les Coréens sont très investis sur les marchés actions, et sur l’indice principal de la Bourse de Séoul, le Kospi, qui connaît d’importantes variations », souligne Charles-Louis Scotti. « Ce qui crée un effet richesse d’autant plus fort que la Corée du Sud est le premier consommateur de produits de luxe par habitant ».

Ensuite, les bonus versés par les géants technologiques ont dopé la consommation locale. Les quelque 78 000 salariés de Samsung Electronics ont reçu en moyenne 290 000 euros chacun, tandis que les employés de SK Hynix ont touché jusqu’à 400 000 euros. Ces primes se traduisent directement par des achats dans les boutiques de joaillerie situées à proximité des sites industriels.

Un relais de croissance face à la faiblesse du Golfe et de la Chine

Pour les groupes du luxe, la Corée du Sud est devenue un filet de sécurité face aux difficultés rencontrées dans d’autres régions. Selon les dernières publications financières, LVMH et Hermès ont cité ce pays comme l’un de leurs principaux relais de croissance en Asie au deuxième trimestre. Deutsche Bank a qualifié la performance d’Hermès en Corée de « exceptionnelle », tandis que la direction de LVMH a évoqué une « demande robuste ».

L’exposition des marques au marché coréen varie selon les groupes : 5 % du chiffre d’affaires pour Hermès et LVMH, jusqu’à 9 % pour Prada et 11 % pour Moncler. « Partout où il y a création de richesse, comme nous l’avons constaté aux États-Unis et en Corée, on observe un fort engouement pour le luxe et pour nos produits, et ce auprès de toutes les catégories de clientèle », a déclaré Cécile Cabanis, directrice financière de LVMH, lors de la présentation des résultats semestriels. « Ce qui est rassurant, c’est que l’on observe que le luxe parvient à absorber le moindre effet richesse quand il se crée dans un pays ».

Bank of America souligne que la Corée du Sud s’est distinguée dans la région Asie, « avec une récente création de richesse qui a boosté la demande ». HSBC note également que d’autres facteurs ont soutenu les ventes, comme la hausse du tourisme en provenance de Chine et d’autres régions, favorisée par la faiblesse du won coréen face aux autres devises.

Des limites à ce rebond économique

Malgré ces performances encourageantes, les analystes invitent à la prudence. HSBC anticipe un ralentissement de la croissance des ventes au quatrième trimestre 2026, en raison d’une base de comparaison élevée et de la volatilité persistante du Kospi. « Nous pensons que le taux de croissance des ventes pourrait ralentir au quatrième trimestre 2026 en raison d’une base de comparaison élevée et de la volatilité du Kospi », indique la banque dans une note.

Par ailleurs, les résultats financiers de certains groupes peinent à convaincre pleinement les investisseurs. Malgré la bonne tenue du marché coréen, LVMH a livré des chiffres « mi-figue mi-raisin » au deuxième trimestre, notamment dans sa division mode et maroquinerie, jugée « un tantinet trop juste » par les analystes. La situation est encore plus contrastée pour Hermès : si le groupe a enregistré une forte croissance en Corée du Sud, son action a plongé de 11 % après la publication de ses résultats, devenant la deuxième pire performance du CAC 40 lors de la saison des publications.

« La principale source de déception de certains investisseurs reste l’absence d’accélération en Asie hors Japon », explique Charles-Louis Scotti. « Malgré une accélération forte en Corée du Sud, la tendance ne s’améliore pas ». Il ajoute : « Ce qui, malgré les commentaires de la direction qui assure que la marque est toujours en croissance en Chine, laisse penser qu’Hermès fait face à un ralentissement en Chine. Or on sait à quel point la Chine est importante pour Hermès ».

Et maintenant ?

La Corée du Sud pourrait rester un relais de croissance pour le luxe à court terme, mais son dynamisme dépendra de la stabilité du Kospi et de la capacité des groupes technologiques à maintenir leurs niveaux de bonus. Pour le quatrième trimestre 2026, les analystes s’attendent à un ralentissement des ventes, en raison de la volatilité boursière et d’un effet de base défavorable. En Chine, où la reprise reste fragile, le secteur du luxe pourrait continuer à souffrir, limitant la portée de la bonne tenue coréenne.

Enfin, l’évolution des dépenses d’investissement des hyperscalers dans les semi-conducteurs sera déterminante. Si la demande en IA continue de croître, les géants coréens pourraient maintenir leurs performances, mais un retournement de cycle dans le secteur technologique affecterait rapidement l’ensemble de cette mécanique. Les prochains trimestres seront donc cruciaux pour évaluer la pérennité de ce phénomène.

La Corée du Sud représente entre 6 % et 7 % des ventes mondiales de luxe, un poids supérieur à celui du Moyen-Orient. Ce pays est le premier consommateur de produits de luxe par habitant, et l’effet richesse généré par la hausse du Kospi — boosté par les géants des semi-conducteurs comme Samsung et SK Hynix — a dopé la consommation locale. Les bonus records versés par ces entreprises (jusqu’à 400 000 euros par salarié) ont également contribué à cette dynamique.

Les analystes craignent un ralentissement au quatrième trimestre 2026 en raison d’une base de comparaison élevée et de la volatilité persistante du Kospi. Par ailleurs, la croissance du luxe en Corée du Sud ne suffit pas à compenser les difficultés rencontrées en Chine, où certains groupes comme Hermès subissent un ralentissement. Enfin, une baisse de la demande en IA pourrait impacter les résultats des semi-conducteurs et, par ricochet, l’effet richesse local.