Pour sa 83e édition, qui se tient du 2 au 12 septembre sur le Lido, la Mostra de Venise marque un tournant : les grands studios américains ont massivement boudé l’événement. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, près de la moitié des 21 films en compétition sont désormais portés par des réalisateurs français ou italiens. Une absence remarquée après que les blockbusters hollywoodiens aient également snobé la Berlinale en février puis Cannes en mai.

Ce qu'il faut retenir

  • Neuf films européens en lice pour le Lion d’or : cinq italiens et quatre français sur les 21 sélectionnés.
  • George Clooney honoré d’un Lion d’or d’honneur en ouverture, mais l’absence de stars américaines comme Emma Stone ou Dwayne Johnson est criante.
  • Nanni Moretti fait son retour en compétition après 37 ans d’absence avec Succederà questa notte, aux côtés de Louis Garrel.
  • Quatre thrillers et drames français en compétition, dont Bunker de Florian Zeller avec Javier Bardem et Penélope Cruz.
  • Le documentaire NAZA de Yuval Abraham et Rachel Szor, oscarisé en 2024, promet un choc avec son enquête sur les mécanismes israéliens à Gaza.
  • Un seul film britannique ouvre la compétition : Ink de Danny Boyle, tandis que Wild Horse Nine de Martin McDonagh avec John Malkovich suscite aussi l’attente.

Une édition marquée par le recul de Hollywood et l’ascension de l’Europe

Depuis des décennies, la Mostra de Venise se positionne comme une antichambre des Oscars, accueillant régulièrement les plus grosses productions hollywoodiennes. Pourtant, en 2026, les grands studios américains et les plateformes comme Netflix ou Amazon ont choisi de rester à l’écart. Selon Franceinfo - Culture, cette édition ne comptera qu’une poignée de films américains en compétition ou hors compétition, parmi lesquels Bucking Fastard de Werner Herzog avec Kate Mara et Rooney Mara, ou encore Musk, un documentaire de quatre heures sur Elon Musk signé Alex Gibney.

Cette désertion s’inscrit dans une tendance plus large : après la Berlinale et Cannes, les majors hollywoodiennes semblent réduire leur présence sur les festivals européens, privilégiant les avant-premières organisées sur leur sol. Résultat, les réalisateurs européens occupent le devant de la scène. Côté italien, la délégation est particulièrement imposante. Nanni Moretti, figure incontournable du cinéma transalpin, revient en compétition avec Succederà questa notte, libre adaptation d’un recueil de nouvelles de l’écrivain israélien Eshkol Nevo. Le film met en scène Louis Garrel dans un drame romantique, marquant le grand retour du réalisateur après Palombella rossa, exclu de la compétition officielle en 1989 pour des raisons politiques.

L’Italie et la France, fers de lance d’une sélection 100 % européenne

Cinq films italiens sont en lice, dont Il fuoco che ti porti dentro d’Edoardo De Angelis, une comédie sur les relations mère-fils, et L’Estranea, thriller familial signé Paolo Strippoli. L’Italie mise aussi sur des réalisateurs confirmés comme Andrea Pallaoro, dont The Echo Chamber explore les dérives contemporaines, et Marco Bechis, de retour avec Ritorno a Buenos Aires, son premier long-métrage depuis 2008.

La France n’est pas en reste avec quatre films en compétition. Florian Zeller, oscarisé en 2021 pour Father, présente Bunker, un thriller psychologique avec Javier Bardem et Penélope Cruz. Le film plonge dans les peurs contemporaines, mêlant désastre écologique et inégalités sociales, à travers l’histoire d’un architecte chargé de construire un bunker pour un milliardaire de la tech. Cédric Kahn, lui, revient avec 15/18, une plongée dans une unité de pédopsychiatrie, tandis que Nicolas Pariser présente Un peu avant minuit avec Melvil Poupaud et Chiara Mastroianni. Stéphane Brizé clôt le tableau avec Un bon petit soldat, une critique du capitalisme contemporain avec Vincent Lindon et Alba Rohrwacher.

Un documentaire choc et des surprises en ouverture

Parmi les autres titres attendus, Ink de Danny Boyle, qui ouvre officiellement la compétition, retrace la transformation des médias britanniques sous l’influence de Rupert Murdoch. Autre surprise : Wild Horse Nine, comédie noire du réalisateur irlandais Martin McDonagh, avec John Malkovich dans le rôle d’un présentateur télé sans scrupules. Enfin, NAZA, seul documentaire en compétition, s’annonce comme l’un des moments forts. Réalisé par le journaliste Yuval Abraham et la cinéaste Rachel Szor, il lève le voile sur « les systèmes derrière le massacre calculé de civils palestiniens à Gaza par Israël », selon les termes mêmes de la Mostra.

Côté jury, la Mostra a choisi une présidence inattendue : Maggie Gyllenhaal, actrice et réalisatrice américaine, sera aux commandes pour décerner le Lion d’or. Une décision qui contraste avec l’absence des stars hollywoodiennes, dont la présence avait marqué les éditions précédentes.

Et maintenant ?

La 83e Mostra de Venise s’ouvre le 2 septembre avec une compétition où l’Europe semble avoir pris le relais de Hollywood. Les projections et les votes du jury, présidé par Maggie Gyllenhaal, s’annoncent sous haute tension, notamment autour des films de Nanni Moretti et Florian Zeller. Les résultats seront connus le 12 septembre, lors de la cérémonie de clôture. Une édition qui pourrait bien confirmer le rééquilibrage en cours dans le paysage cinématographique mondial.

Les absences notables et les quelques exceptions américaines

Si Hollywood brille par son absence, quelques exceptions américaines subsistent. Outre les documentaires Musk et Don’t Look Back in Anger (sur la tournée d’Oasis), les États-Unis seront représentés par Company, le troisième film de Casey Affleck, et Bucking Fastard de Werner Herzog. Mais ces titres ne suffiront pas à combler le vide laissé par les stars et les blockbusters. Robert Pattinson, seul acteur britannique de renom attendu, incarne un présentateur télé cynique dans Primetime du réalisateur Lance Oppenheim.

Cette édition 2026 pourrait ainsi marquer un tournant dans l’histoire de la Mostra. Pour la première fois depuis des années, les films européens ne se contentent plus de compléter le palmarès : ils en sont les principaux artisans. Une tendance qui, si elle se confirme, pourrait redéfinir le rôle des festivals internationaux dans l’industrie cinématographique.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, les studios privilégieraient désormais les avant-premières organisées sur leur territoire, notamment aux États-Unis, où les campagnes de promotion pour les Oscars sont plus faciles à orchestrer. La concurrence accrue entre festivals pourrait aussi jouer : Cannes, Berlin et Venise se disputent les mêmes films, et les majors semblent avoir fait un choix stratégique en faveur des deux premiers.