Le 24 juin 2026, le Sénat nigérian a franchi une étape décisive vers une refonte structurelle des forces de sécurité du pays. D’après France 24, les sénateurs ont adopté un projet de loi ouvrant la voie à la création de polices autonomes au niveau de chacun des 36 États du Nigeria. Cette réforme, si elle est définitivement validée, permettrait à chaque État de disposer de sa propre force de police, en complément de la police fédérale.
Ce qu'il faut retenir
- Le Sénat nigérian a approuvé le 24 juin 2026 un texte autorisant la création de polices d’État dans les 36 États du pays.
- Chaque État pourrait ainsi disposer de sa propre force de police, en plus de la police fédérale existante.
- Cette réforme s’inscrit dans une logique de décentralisation des pouvoirs sécuritaires, un sujet récurrent au Nigeria.
Une réforme inspirée par les revendications des États
Depuis plusieurs années, les gouverneurs des États nigérians réclamaient une plus grande autonomie dans la gestion de leur sécurité intérieure. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 200 millions d’habitants, fait face à des défis sécuritaires majeurs : insécurité rurale, enlèvements contre rançon, conflits communautaires et attaques de groupes armés dans le nord-est. Les polices locales, actuellement sous le contrôle du gouvernement fédéral, peinent à répondre efficacement à ces crises, souvent perçues comme trop éloignées des réalités territoriales.
Pour les partisans de la réforme, comme le sénateur Bukar Ibrahim, membre du comité en charge du dossier, cette décentralisation permettrait une « réponse plus rapide et mieux adaptée aux besoins spécifiques de chaque région ». « Les forces fédérales sont surchargées, et les États ont besoin d’outils pour gérer leurs propres crises », a-t-il déclaré. Selon lui, cette mesure pourrait réduire les tensions intercommunautaires en confiant une partie de la gestion sécuritaire à des autorités locales.
Les limites d’un système fédéralisé
Pourtant, cette initiative suscite des interrogations, notamment quant à son financement. D’après des analystes cités par France 24, la création de 36 polices d’État distinctes pourrait alourdir le budget de l’État fédéral, déjà mis à rude épreuve. Certains craignent également que cette décentralisation ne renforce les disparités entre les régions, les États les plus riches pouvant se permettre des forces mieux équipées que les autres. D’autres y voient un risque de politisation des polices locales, avec des gouverneurs utilisant ces forces à des fins partisanes.
Le Nigeria a déjà connu des expériences similaires par le passé. Dans les années 1960, avant la guerre civile, chaque région disposait de sa propre force de police. Mais ce système a été abandonné après le conflit, au profit d’une centralisation jugée plus stable. Aujourd’hui, la question se pose à nouveau : faut-il privilégier l’efficacité locale ou la cohésion nationale ?
Prochaines étapes : validation et mise en œuvre
Le projet de loi adopté par le Sénat doit encore être voté par la Chambre des représentants, puis approuvé par le président nigérian, Bola Tinubu. Si ce dernier donne son aval, les États auront 12 mois pour mettre en place leurs structures policières. Un calendrier serré, d’autant que certains gouvernements locaux devront former des milliers d’agents et sécuriser des budgets importants.
Des experts comme Chidi Odinkalu, ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme du Nigeria, appellent à la prudence. « Une réforme sécuritaire de cette envergure doit s’accompagner de garanties pour éviter les abus et les discriminations. Les polices d’État ne doivent pas devenir des milices au service de gouverneurs », a-t-il souligné. Pour lui, la réussite du projet dépendra de la transparence dans le recrutement et de la supervision par des institutions indépendantes.
Quoi qu’il en soit, cette initiative marque un tournant dans l’histoire sécuritaire du Nigeria. Elle reflète une volonté croissante de décentralisation, mais aussi les défis d’un pays où les enjeux fédéraux et locaux s’entremêlent étroitement.
Non. Le texte doit encore être voté par la Chambre des représentants, puis approuvé par le président Bola Tinubu. Une fois ces étapes franchies, les États disposeront de 12 mois pour créer et équiper leurs forces de police locales.