Fondé en 1999 par Octave Klaba et introduit en Bourse à Paris en octobre 2021, OVHcloud s’est jusqu’à présent imposé comme le premier fournisseur européen de services cloud, avec une maîtrise intégrale de sa chaîne de valeur : des serveurs conçus en interne à la gestion de ses 46 centres de données répartis sur quatre continents. Selon Cryptoast, l’entreprise accélère désormais sa mutation en développant ses propres modèles d’intelligence artificielle (IA), visant à devenir un acteur souverain face au français Mistral, seul autre concurrent hexagonal en lice avec les géants américains et chinois. Une stratégie annoncée lors du salon VivaTech à Paris mi-juin 2026, alors que le cours de l’action OVH a progressé de 93 % depuis le début de l’année, reflétant l’engouement des investisseurs pour cette nouvelle orientation.

Ce qu'il faut retenir

  • OVHcloud, leader européen du cloud avec 500 000 serveurs et 1,6 million de clients, s’engage dans l’IA avec l’objectif de créer ses propres modèles open source.
  • Le groupe a réalisé trois acquisitions majeures en 2026 (Dragon LLM, Seald, négociations en cours pour Gladia) pour structurer son AI Lab et renforcer sa souveraineté technologique.
  • Son premier modèle d’IA a été entraîné sur le supercalculateur européen Jupiter (Allemagne), sans utiliser les données de ses clients.
  • Le chiffre d’affaires du segment Cloud public, le plus exposé à l’IA, a progressé de 20,2 % au T3 2026, confirmant une dynamique commerciale solide.
  • L’action OVH, cotée à 14,38 € le 1er juillet 2026, est éligible au PEA, offrant un cadre fiscal avantageux pour les investisseurs.

Un virage stratégique vers l’IA souveraine

Longtemps perçu comme un simple hébergeur, OVHcloud ambitionne désormais de rattraper son retard technologique en développant ses propres modèles d’IA générative. Lors de VivaTech 2026, Octave Klaba a justifié cette orientation : « Il nous est apparu très clairement que si nous ne maîtrisions pas cette technologie, nous ne pourrions pas garantir notre avenir », a-t-il déclaré à Reuters. Contrairement à Mistral, qui se concentre sur les grands modèles de langage (LLM), OVHcloud mise sur une approche intégrée, combinant infrastructure et développement logiciel. Une stratégie que le PDG qualifie de « deuxième vague » de l’IA, où les acteurs historiques du cloud s’appuient sur leurs infrastructures pour concevoir leurs propres modèles.

Cette transition s’appuie sur des acquisitions ciblées. En mars 2026, OVHcloud a finalisé le rachat de Dragon LLM, une startup française spécialisée dans les modèles souverains pour la finance, posant les bases de son AI Lab. Début 2026, l’acquisition de Seald, spécialiste du chiffrement de bout en bout, a renforcé son positionnement en matière de sécurité et de souveraineté. Par ailleurs, des négociations exclusives sont en cours pour le rachat de Gladia, une start-up axée sur l’IA vocale, afin d’élargir ses cas d’usage. Autant dire que le groupe prépare méthodiquement son entrée sur le marché des LLM.

Des atouts matériels et économiques indéniables

L’argument principal d’OVHcloud réside dans son infrastructure déjà opérationnelle. Là où des concurrents comme Mistral doivent louer des capacités de calcul externes, OVHcloud possède ses propres data centers et serveurs en Europe. Selon Octave Klaba, les progrès réalisés sur les puces et les méthodes d’entraînement permettent désormais d’entraîner un modèle d’IA pour un coût estimé entre 150 et 200 millions d’euros, contre un milliard d’euros auparavant. Un avantage économique et stratégique majeur dans un contexte où la souveraineté numérique devient un enjeu géopolitique.

Cette souveraineté a d’ailleurs été concrètement reconnue par l’Union européenne. En juin 2026, un consortium incluant OVHcloud, DEEP (POST Luxembourg) et Clever Cloud a été sélectionné par la Commission européenne pour fournir un cloud souverain aux institutions de l’UE, dans le cadre d’un contrat de 180 millions d’euros sur six ans. Un marché symbolique qui valide l’approche d’OVHcloud et renforce sa crédibilité face aux hyperscalers américains (AWS, Microsoft Azure, Google Cloud), souvent critiqués pour leur dépendance aux réglementations extra-européennes.

Des résultats financiers encourageants, mais un pari risqué

Les derniers chiffres trimestriels d’OVHcloud, publiés fin juin 2026, confirment une croissance soutenue. Le chiffre d’affaires total a progressé de 6,9 % au T3 2026, atteignant 289,6 millions d’euros, contre 271,9 millions un an plus tôt. Cette performance est tirée par le segment Cloud public, en hausse de 20,2 %, qui inclut les services d’IA et d’analytique. Le taux de rétention net du chiffre d’affaires s’élève à 102 %, signe que les clients existants augmentent leurs dépenses. Cependant, le Cloud privé, qui représente encore 60 % du CA, ralentit à 4 %, reflétant des optimisations internes.

Malgré ces chiffres positifs, les investisseurs restent prudents. La valorisation d’OVHcloud atteint désormais 2,18 milliards d’euros, avec un ratio cours/bénéfices proche de 43, intégrant déjà un scénario très optimiste. Comme le souligne Cryptoast, le marché anticipe une promesse avant même que les premiers modèles ne soient commercialisés. Par ailleurs, le groupe affiche une dette nette d’environ 1,1 milliard d’euros et consacre 33 à 35 % de son chiffre d’affaires à ses investissements, un modèle capitalistique qui devra prouver sa rentabilité à long terme.

Investir dans OVHcloud : pour qui, pourquoi, comment ?

Pour les investisseurs convaincus par la thèse de l’IA souveraine européenne, OVHcloud représente un pari spéculatif cohérent. L’action, éligible au PEA, permet de bénéficier d’un cadre fiscal avantageux après cinq ans de détention, un argument clé dans un secteur dominé par des géants américains. Trois plateformes françaises proposent d’acheter l’action : Trade Republic (PEA, 1 € de frais par opération), XTB (PEA, spread zéro sous conditions) et Interactive Brokers (PEA, frais de spread uniquement). Revolut offre également une solution via un Compte-Titres Ordinaire, mais sans PEA.

Cependant, les risques sont réels. Les LLM nécessitent des investissements permanents en fine-tuning, sécurité et mise à jour, sans garantie de compétitivité face à des acteurs comme Mistral ou OpenAI. De plus, la concurrence est féroce : les hyperscalers américains multiplient les partenariats locaux pour neutraliser l’argument de souveraineté, tandis que Mistral, mieux installé sur le créneau des modèles, pourrait accélérer son développement.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs. OVHcloud doit livrer ses premiers benchmarks de performance pour ses modèles d’IA, une étape attendue avec impatience par les marchés. La commercialisation des LLM, prévue après avoir atteint un niveau de performance jugé satisfaisant, pourrait donner une visibilité nouvelle au groupe. Par ailleurs, l’évolution de la dette et la capacité à générer un flux de trésorerie positif d’ici la fin de l’exercice 2026 (clôture le 31 août) seront scrutées de près. Enfin, l’annonce de nouveaux partenariats, notamment dans le secteur public européen, pourrait renforcer la crédibilité d’OVHcloud en tant qu’alternative souveraine.

En définitive, OVHcloud incarne une ambition européenne ambitieuse, mais son succès n’est pas encore acquis. Le pari de l’IA souveraine reste à la fois une opportunité et un défi colossal, où chaque étape – technologique, financière et commerciale – sera déterminante.

OVHcloud cherche à remonter la chaîne de valeur pour maîtriser l’ensemble de la technologie, de l’infrastructure aux modèles d’IA. Selon Octave Klaba, sans cette maîtrise, l’entreprise ne pourrait garantir son avenir face à la concurrence internationale, notamment américaine et chinoise. Ce virage répond aussi à une demande croissante en solutions souveraines de la part des gouvernements et entreprises européennes.

L’action OVH est considérée comme un pari spéculatif en raison de sa valorisation élevée (ratio cours/bénéfices à 43) et de l’absence de modèles commerciaux à ce jour. Les investisseurs doivent accepter une forte volatilité et un horizon long terme. Les prochains trimestres, notamment les benchmarks des modèles d’IA, seront cruciaux pour évaluer sa solidité.