Alors que SpaceX a vu son cours s’effondrer de près de 50 % depuis son pic historique du 16 juin, plusieurs banques d’investissement américaines révisent leurs prévisions à la hausse, évoquant un potentiel de hausse compris entre 34 % et 424 %. Selon BFM Bourse, Goldman Sachs, Bank of America, Morgan Stanley et Raymond James misent sur une reconquête boursière étincelante pour le groupe dirigé par Elon Musk, malgré les craintes persistantes autour de son modèle économique.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX évolue actuellement autour de 152,7 dollars par action, soit une chute de 48 % par rapport à son plus haut historique en séance atteint le 16 juin 2026.
  • Quatre banques américaines – Goldman Sachs, Bank of America, Morgan Stanley et Raymond James – tablent sur des hausses comprises entre 34 % et 424 %, avec des objectifs de cours allant de 205 à 800 dollars.
  • La valorisation de SpaceX, estimée à 2 000 milliards de dollars, pourrait atteindre 10 500 milliards selon Raymond James, dépassant celle de Nvidia.
  • La fusée Starship, en développement, est au cœur des anticipations, avec un objectif de réduction des coûts de lancement à moins de 200 dollars le kilogramme d’ici 2035.
  • Les activités de SpaceX couvrent désormais l’espace, la connectivité par satellite (Starlink) et l’intelligence artificielle, via des entités comme xAI et les centres de données Colossus.
  • Morgan Stanley anticipe un chiffre d’affaires passant de 45 milliards de dollars en 2026 à 3 300 milliards en 2040, porté par Starship et Starlink.

SpaceX, cotée en Bourse depuis quelques semaines seulement, a connu un départ fulgurant avant de subir un recul marqué. Le groupe, spécialisé dans les lanceurs spatiaux, les satellites et désormais l’intelligence artificielle, affiche une valorisation boursière d’environ 2 000 milliards de dollars à la date du 8 juillet 2026. Pourtant, son action a perdu près d’un tiers de sa valeur depuis le 16 juin, passant de 220 dollars à 152,7 dollars, selon les données compilées par BFM Bourse. Cette chute s’inscrit dans un contexte de méfiance accrue envers les promesses de croissance de l’intelligence artificielle et les dépenses jugées excessives des « hyperscalers » comme Amazon, Microsoft ou Oracle.

Pourtant, malgré ce repli, les analystes financiers voient en SpaceX une pépite capable de rebondir. La semaine dernière, Wedbush a été la première banque à initier un suivi positif du titre, avec une recommandation « surperformance » et un objectif de 190 dollars, soit un potentiel de +24 %. Depuis, une véritable avalanche de notes optimistes a été publiée, avec des géants de la finance comme Goldman Sachs, Bank of America et Morgan Stanley qui ont levé leur restriction de publication – imposée pour éviter les conflits d’intérêts lors de l’introduction en Bourse – et ont dévoilé leurs prévisions.

Des banques d’investissement unanimes : SpaceX a un avenir radieux

Goldman Sachs, Bank of America et Morgan Stanley ont toutes trois publié des notes positives ces deux derniers jours, avec des objectifs de cours respectivement fixés à 205 dollars, 235 dollars et 300 dollars. Ces cibles représentent des potentiels de hausse de 34 %, 54 % et 96 % par rapport au cours actuel. « Goldman soutient en substance que SpaceX est devenue l’une des rares entreprises au monde à tenter de s’approprier l’infrastructure physique sous-jacente à trois marchés gigantesques à la fois : l’espace, la connectivité et l’intelligence artificielle », explique Stephen Innes, directeur de Spi AM, cité par BFM Bourse.

Bank of America, plus enthousiaste encore, qualifie SpaceX de groupe « traçant la voie vers les étoiles ». Dans une note publiée ce mardi, la banque souligne les « avantages concurrentiels considérables » de SpaceX, notamment dans le domaine des lanceurs réutilisables. « Starship et les applications futures pourraient provoquer un nouveau changement de paradigme en matière de capacités spatiales », estime la banque. Bank of America anticipe une croissance moyenne annuelle des revenus des activités spatiales de 7,6 % entre 2025 et 2031, avec une accélération à 49,8 % en 2027, année prévue pour le début de l’exploitation commerciale de Starship.

Starship, la fusée qui pourrait tout changer

Au cœur des prévisions optimistes se trouve Starship, la fusée en développement par SpaceX, conçue pour être entièrement réutilisable. Aujourd’hui, les coûts de lancement des satellites s’élèvent à environ 2 000 dollars par kilogramme grâce aux Falcon 9 et Falcon Heavy. Elon Musk promet une réduction drastique de ces coûts, jusqu’à 300 à 1 000 dollars le kilogramme, grâce à Starship. Une telle baisse pourrait révolutionner l’industrie spatiale, en rendant les lancements accessibles à une échelle inédite.

Bank of America insiste sur l’importance de Starship pour l’avenir de SpaceX : « Une grande partie des perspectives à long terme de SpaceX dépendent de la capacité de Starship à commercialiser avec succès la réutilisabilité totale. Si cet objectif est atteint, nous estimons que les coûts de lancement pourraient diminuer significativement tandis que la capacité de Starlink augmenterait de manière spectaculaire. » Morgan Stanley, de son côté, estime que Starship pourrait réduire les coûts à 500 dollars le kilogramme d’ici 2035, puis à moins de 200 dollars par kilogramme à l’horizon 2040.

Un écosystème intégré pour dominer l’IA et la connectivité

SpaceX ne mise plus seulement sur l’espace et les satellites. Le groupe étend désormais ses activités à l’intelligence artificielle, via sa filiale xAI et ses futurs centres de données, notamment Colossus. Bank of America estime que le marché potentiel des applications d’IA pour entreprises atteint 22 700 milliards de dollars. Le groupe mise sur un écosystème intégré, combinant puissance de calcul, modèles propriétaires et plateformes de diffusion comme Grok, X (ex-Twitter) et Cursor, rachetée pour 60 milliards de dollars récemment.

Morgan Stanley anticipe une croissance explosive des revenus dans l’IA, avec une hausse annuelle moyenne de 139 % entre 2025 et 2031. Pour la connectivité, via Starlink, la banque prévoit une croissance de 60 % sur la même période. Les revenus de Starlink pourraient ainsi passer de 11,4 milliards de dollars en 2026 à 687,7 milliards en 2040. « Le spatial ne représente que 3 % de notre valorisation de référence, mais le coût et la cadence des lanceurs influencent l’évolution du chiffre d’affaires et des marges des trois segments », rappelle Morgan Stanley.

Raymond James va encore plus loin : une valorisation de 10 500 milliards de dollars

Parmi les quatre banques citées, Raymond James se distingue par son optimisme débridé. La banque fixe un objectif de cours de 800 dollars, soit un potentiel de 424 % par rapport au cours actuel. À ce niveau, la valorisation de SpaceX dépasserait 10 500 milliards de dollars, soit plus du double de celle de Nvidia. « Nous considérons cette entreprise comme l’une des sociétés phares du secteur des infrastructures industrielles du XXIe siècle », écrit Raymond James dans une note adressée à ses clients, selon Bloomberg. La banque anticipe des revenus colossaux, avec 5 200 milliards de dollars générés d’ici 2035, un montant équivalent à 1,5 fois le PIB de la France.

Cette prévision repose sur un scénario où SpaceX parviendrait à combiner ses activités spatiales, de connectivité et d’IA pour créer un écosystème unique. « Tout comme les chemins de fer, les réseaux électriques et Internet ont bouleversé les époques économiques précédentes, nous pensons que SpaceX est en train de mettre en place la plateforme fondamentale de la prochaine génération de capacités industrielles », souligne la banque.

Et maintenant ?

Plusieurs incertitudes planent encore sur la trajectoire de SpaceX. La réussite de Starship, attendue pour les prochaines années, sera déterminante. De même, la capacité du groupe à convertir ses investissements massifs en revenus récurrents dans l’IA et la connectivité reste à démontrer. Les prochaines annonces d’Elon Musk et les résultats trimestriels pourraient offrir des indices sur l’avancée réelle des projets. Une chose est sûre : les marchés financiers, après une phase de méfiance, semblent désormais prêts à parier sur le rebond de SpaceX.

L’optimisme des banques repose sur des hypothèses audacieuses, notamment en matière de réduction des coûts et de croissance des revenus. Reste à voir si SpaceX parviendra à concrétiser ces promesses. Pour l’heure, les investisseurs devront composer avec une volatilité élevée, typique des valeurs technologiques disruptives.

La chute de l’action SpaceX s’explique principalement par un recul général des valeurs technologiques, notamment liées à l’intelligence artificielle, et par des craintes sur la capacité de l’entreprise à tenir ses promesses de croissance. De plus, l’émission récente de 25 milliards de dollars d’obligations, quelques jours après une introduction en Bourse record, a alimenté les interrogations sur la soutenabilité de son modèle économique.