Le IXe Congrès mondial contre la peine de mort s’est achevé ce jeudi à Paris, après deux jours de débats et d’échanges entre militants, juristes et responsables politiques. Comme le rapporte RFI, cet événement a notamment permis de mettre en lumière le combat d’une Japonaise, Hideko Hakamata, dont le frère, Iwao Hakamata, a été acquitté en 2024 après avoir passé plus de quarante ans dans le couloir de la mort. Son histoire illustre les dysfonctionnements persistants des systèmes judiciaires, mais aussi la persévérance des familles et des défenseurs des droits humains.

Ce qu'il faut retenir

  • Hideko Hakamata a mené un combat de plusieurs décennies pour innocenter son frère Iwao Hakamata, condamné à mort au Japon.
  • Celui-ci a passé plus de 40 ans dans le couloir de la mort avant d’être finalement acquitté en 2024.
  • Le IXe Congrès mondial contre la peine de mort s’est tenu à Paris du 6 au 8 juillet 2026, réunissant des experts du monde entier.
  • Le Japon reste l’un des rares pays développés à maintenir la peine capitale, malgré les critiques internationales.
  • Les cas comme celui des Hakamata soulignent les risques d’erreurs judiciaires dans les systèmes à forte mortalité.

Un combat judiciaire de plus de quarante ans

Iwao Hakamata, accusé du meurtre d’un agent de police en 1980, a été condamné à mort en 1983. Pendant toutes ces années, sa sœur Hideko n’a jamais cessé de clamer son innocence, collectant des preuves, contestant les méthodes d’enquête et mobilisant l’opinion publique. Selon RFI, son acharnement a fini par porter ses fruits lorsque, en 2024, un tribunal japonais a reconnu des irrégularités dans le procès initial et a ordonné sa libération. Bref, l’histoire de la famille Hakamata est devenue un symbole des dangers de la peine de mort, où l’irréversibilité de l’exécution rend toute erreur judiciaire catastrophique.

Le Japon, un cas isolé parmi les pays développés

Alors que la majorité des nations industrialisées ont aboli la peine capitale, le Japon fait figure d’exception. Les exécutions y restent relativement rares mais régulières, avec six condamnés mis à mort en 2025, selon les dernières données disponibles. Comme le précise RFI, les autorités japonaises justifient cette pratique par son rôle dans la dissuasion et le maintien de l’ordre public. Pourtant, des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch dénoncent des procédures opaques, un accès limité aux avocats et des risques élevés de condamnations basées sur des aveux extorqués. Hideko Hakamata a d’ailleurs pointé du doigt ces dysfonctionnements lors de son intervention au congrès parisien.

— C’est une machine judiciaire qui broie les innocents. Mon frère a perdu des décennies de sa vie pour un crime qu’il n’a pas commis, a-t-elle déclaré devant l’assistance. Combien d’autres attendent encore leur tour dans l’ombre ? —

Un congrès mondial pour alerter sur les dérives de la peine de mort

Organisé tous les trois ans, le Congrès mondial contre la peine de mort rassemble des militants, des diplomates et des survivants pour échanger sur les stratégies de lutte. Cette neuvième édition, qui s’est tenue à Paris du 6 au 8 juillet 2026, a mis l’accent sur les progrès réalisés ces dernières années, notamment en Afrique et en Amérique latine, où plusieurs pays ont aboli la peine capitale. D’après RFI, les intervenants ont aussi rappelé que les erreurs judiciaires ne sont pas l’apanage des systèmes autoritaires, mais peuvent survenir même dans des démocraties, comme en témoignent les cas américains de condamnés libérés après des années de détention grâce à l’ADN.

Et maintenant ?

La question d’un moratoire sur les exécutions au Japon pourrait revenir sur le devant de la scène dans les mois à venir, alors que les organisations de défense des droits humains maintiennent la pression. Une pétition internationale, lancée par Hideko Hakamata, a déjà recueilli plus de 200 000 signatures. Par ailleurs, le gouvernement japonais devrait prochainement examiner un projet de loi visant à renforcer les garanties procédurales pour les condamnés à mort, une réforme que les militants jugent insuffisante mais encourageante. Reste à voir si ces initiatives aboutiront avant la tenue du prochain congrès, prévu en 2029.

En attendant, l’histoire des Hakamata continue d’inspirer les défenseurs des droits humains, qui y voient une preuve que la persévérance peut briser même les systèmes les plus implacables. Le Japon, lui, devra bientôt choisir entre le maintien d’une pratique contestée et l’adoption de réformes qui pourraient, un jour, éviter à d’autres familles de revivre le même cauchemar.

Selon les autorités japonaises, la peine capitale joue un rôle dissuasif et renforce la cohésion sociale. Le système judiciaire nippon insiste sur le fait que les condamnations à mort ne sont prononcées que dans les cas les plus graves, après une procédure rigoureuse. Cependant, des critiques soulignent le manque de transparence des exécutions, réalisées par pendaison dans le secret, ainsi que les risques d’erreurs judiciaires, comme l’illustre le cas d’Iwao Hakamata.