Dans un contexte géopolitique toujours marqué par les tensions au Proche-Orient, deux intellectuels français, Pierre Hazan et Jean-Christophe Attias, publient une réflexion commune sur la nécessité d’une coexistence apaisée entre Juifs et Arabes. Leur approche s’appuie sur leurs héritages familiaux respectifs, offrant une perspective originale sur un conflit souvent réduit à ses dimensions politiques et militaires, selon Libération.
Leur plaidoyer s’inscrit dans une démarche à la fois personnelle et universelle. À travers leurs travaux respectifs, les deux auteurs tentent de démontrer que la paix n’est pas seulement une question de diplomatie ou de négociations entre États, mais aussi le fruit d’une reconnaissance mutuelle ancrée dans l’histoire et la culture. Leur message prend une résonance particulière à l’heure où les cicatrices du conflit israélo-palestinien restent profondes et où les appels au dialogue peinent souvent à se concrétiser.
Ce qu'il faut retenir
- Pierre Hazan, chercheur spécialisé dans les transitions démocratiques et les conflits, s’appuie sur son expérience des processus de paix en Afrique et dans les Balkans pour souligner l’importance de la mémoire collective dans la construction d’une paix durable.
- Jean-Christophe Attias, historien et professeur à l’École pratique des hautes études, propose une lecture de l’histoire juive et arabe marquée par des siècles de cohabitation, malgré les conflits récents.
- Leur livre, intitulé « Que la justice advienne », plaide pour une approche « bottom-up » de la paix, c’est-à-dire une paix construite depuis les sociétés civiles plutôt que depuis les sommets politiques.
- Ils rappellent que les sociétés juives et arabes ont partagé des espaces culturels et historiques communs pendant des siècles, notamment dans la péninsule Ibérique et au Moyen-Orient.
- Les deux auteurs soulignent que la méconnaissance mutuelle des histoires respectives nourrit les préjugés et les tensions, rendant toute réconciliation difficile sans un travail préalable de pédagogie et de reconnaissance.
Deux parcours entrelacés par l’histoire
Pierre Hazan, dont la famille a fui l’Europe de l’Est au début du XXe siècle pour s’installer en France, a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude des transitions post-conflits. Il a notamment travaillé sur les mécanismes de réconciliation en Afrique du Sud et dans les Balkans, où il a pu observer comment les sociétés, après des décennies de violence, parviennent parfois à reconstruire un vivre-ensemble. « La paix ne se décrète pas, elle se construit, souvent à partir de récits partagés », a-t-il déclaré d’après Libération.
Jean-Christophe Attias, quant à lui, puise dans l’histoire de sa famille, installée en France depuis plusieurs générations, une réflexion sur la place des Juifs dans le monde arabe. Historien des religions, il a notamment publié des travaux sur l’âge d’or de la culture judéo-arabe en Espagne médiévale, une période où Juifs et musulmans coexistaient, échangeaient et produisaient ensemble des savoirs. « Ce passé commun est trop souvent oublié, alors qu’il pourrait servir de socle à une nouvelle narration collective », a-t-il expliqué.
Une méthode centrée sur la mémoire et l’éducation
Dans leur ouvrage, Hazan et Attias proposent une méthode en trois temps pour favoriser une coexistence apaisée. D’abord, ils insistent sur la nécessité de reconnaître les souffrances mutuelles, sans hiérarchisation des victimes. Ensuite, ils défendent l’idée d’un enseignement commun de l’histoire, notamment dans les écoles israéliennes et palestiniennes, pour briser les récits antagonistes. Enfin, ils appellent à la création de projets culturels et éducatifs communs, comme des programmes d’échange entre jeunes ou des initiatives artistiques.
Leur approche rejoint celle d’autres intellectuels, comme l’historien israélien Yehuda Elkana ou le philosophe palestinien Sari Nusseibeh, qui ont également milité pour une réconciliation par la culture. « On ne peut pas demander aux politiques de faire ce que la société civile n’est pas prête à accepter », a souligné Attias.
Un appel à dépasser les clivages politiques
Pour Hazan et Attias, la solution au conflit israélo-palestinien ne viendra pas uniquement des négociations entre dirigeants, mais d’une transformation des mentalités. Ils citent en exemple des initiatives comme « Combatants for Peace », un mouvement composé d’anciens combattants israéliens et palestiniens qui militent ensemble pour la fin de l’occupation. « Ces hommes et ces femmes montrent qu’il est possible de dialoguer, même après avoir porté les armes », a indiqué Hazan.
Leur livre s’adresse aussi bien aux Israéliens et aux Palestiniens qu’à la diaspora juive et arabe. Ils espèrent ainsi toucher un public plus large que les seuls acteurs locaux, en s’appuyant sur des réseaux intellectuels et associatifs déjà mobilisés sur ces questions. Selon Libération, leur travail a déjà suscité des débats dans les milieux académiques français et israéliens, où certains saluent leur approche « rafraîchissante » après des décennies de discours sur le conflit.
Dans un contexte où les violences reprennent régulièrement entre Israël et le Hamas, leur appel à une paix ancrée dans la société civile prend une urgence particulière. « La coexistence n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour éviter l’effondrement de toute perspective d’avenir », a conclu Attias.
Parmi les exemples cités, on trouve le programme « Peace Players », qui organise des matchs de basket-ball entre jeunes israéliens et palestiniens, ou encore les ateliers d’écriture communs menés par des enseignants israéliens et palestiniens dans des écoles de Jérusalem-Est. Ces initiatives visent à créer des liens personnels et à briser les stéréotypes.