Entre 2019 et 2024, la crise sanitaire et l’inflation ont creusé les écarts de pouvoir d’achat entre les professions en France. Selon Franceinfo - Santé, à peine 35 % des métiers exercés dans le secteur privé ont vu leur rémunération réelle augmenter sur cette période. Une enquête conjointe de l’Insee et de la Dares – le service statistique du ministère du Travail – révèle que seuls 121 métiers sur 343 ont enregistré une hausse de leur pouvoir d’achat parmi les salariés à temps plein.
Ce qu’il faut retenir
- 35 % des métiers ont vu leur pouvoir d’achat progresser entre 2019 et 2024, selon l’Insee et la Dares.
- Le salaire net moyen a augmenté de 16 % en cinq ans, mais l’inflation a réduit cette progression à 0,8 % en pouvoir d’achat réel.
- Les professions de santé comme les médecins, pharmaciens et dentistes ont bénéficié des mesures gouvernementales, avec des hausses allant jusqu’à 6 %.
- À l’inverse, les métiers de l’information, des arts et du spectacle ont subi une baisse de 7 % de leur pouvoir d’achat.
- Les ouvriers, souvent rémunérés au SMIC, ont vu leur pouvoir d’achat stagner, l’indexation du salaire minimum sur l’inflation ayant limité l’impact de la hausse des prix.
Une progression globale des salaires, mais largement absorbée par l’inflation
Sur la période étudiée, le salaire net moyen dans le secteur privé, hors agriculture, est passé de 2 400 euros par mois en 2019 à 2 800 euros en 2024. Une progression apparente de 16 % en cinq ans. Pourtant, une fois l’inflation prise en compte, cette hausse se réduit à 0,8 % en pouvoir d’achat réel. Autant dire que les augmentations salariales ont été en grande partie neutralisées par la flambée des prix qui a suivi la crise du Covid-19.
Cette situation n’est pas uniforme : certains secteurs ont mieux résisté que d’autres. Les métiers les plus exposés aux variations économiques ont été les plus touchés, tandis que d’autres ont profité de mesures spécifiques. Emmanuel Cugny, auteur de l’article pour Franceinfo, souligne que « la crise sanitaire a agi comme un révélateur des inégalités entre les professions ».
Les gagnants et les perdants de cette période
Côté gagnants, les professions de santé figurent en tête de classement. Les dentistes, psychologues et vétérinaires ont vu leur pouvoir d’achat progresser de près de 6 % entre 2019 et 2024. Les médecins et pharmaciens ont également bénéficié des dispositifs mis en place dans le cadre du Grenelle de la santé, lancé en 2020 pour renforcer le système hospitalier et la médecine de ville. Ces mesures ont permis de compenser en partie les pressions inflationnistes.
À l’opposé, les métiers des arts, de l’information et du spectacle ont subi la plus forte dégradation, avec une baisse de 7 % de leur pouvoir d’achat. Les ingénieurs et cadres techniques (-4 %) ainsi que les professions commerciales et les cadres administratifs (-3 %) ont également enregistré des reculs significatifs. Ces secteurs, souvent moins protégés contre les aléas économiques, ont été particulièrement vulnérables aux chocs successifs.
Les ouvriers, entre stagnation et protection relative
Les ouvriers, qui représentent une part importante des salariés rémunérés au SMIC, n’ont globalement ni gagné ni perdu en pouvoir d’achat sur la période. Le salaire minimum, indexé sur l’inflation, a permis de limiter l’impact de la hausse des prix. Entre 2019 et 2024, le pouvoir d’achat des salariés au SMIC a donc, au mieux, stagné. Une stabilité qui contraste avec la situation d’autres catégories, mais qui ne reflète pas une amélioration réelle de leur situation économique.
Cette enquête met en lumière les disparités croissantes entre les métiers. « Tous les salariés n’ont pas été touchés de la même manière par la crise », explique un porte-parole de l’Insee. Les secteurs protégés par des conventions collectives ou des mécanismes de revalorisation automatique ont mieux résisté, tandis que les professions indépendantes ou précaires ont subi de plein fouet les effets de l’inflation.
Un système de santé mieux rémunéré, mais des inégalités persistantes
Les professions médicales ont été les grandes bénéficiaires des politiques publiques mises en œuvre pendant la crise. Le Grenelle de la santé, annoncé en juillet 2020, a permis des revalorisations salariales ciblées pour les soignants. Les médecins généralistes et spécialistes ont ainsi vu leurs revenus progresser, tandis que les infirmiers et aides-soignants, bien que moins concernés par cette étude, ont également bénéficié de mesures d’urgence. Ces augmentations ont été saluées par les syndicats, mais elles n’ont pas suffi à combler le retard accumulé depuis des années.
Pourtant, malgré ces avancées, des inégalités persistent. Les professions paramédicales et les personnels soignants non médicaux restent moins bien lotis que les médecins libéraux ou hospitaliers. « La crise a montré que le système de santé avait besoin de réformes structurelles, pas seulement de mesures d’urgence », analyse un expert du secteur.
La publication de ces données intervient alors que le gouvernement prépare le budget 2027. Les syndicats appellent déjà à des mesures ciblées pour soutenir les professions les plus touchées, notamment dans les secteurs culturels et artistiques. Reste à savoir si ces revendications seront prises en compte dans les arbitrages à venir.
Une photographie qui interroge l’avenir du marché du travail
Cette étude soulève une question centrale : dans un contexte économique marqué par l’incertitude, comment garantir une progression équitable du pouvoir d’achat pour l’ensemble des métiers ? Les mécanismes d’indexation, comme celui du SMIC, montrent leurs limites face à une inflation persistante. Quant aux professions les plus exposées, elles pourraient continuer à subir des pressions si la croissance économique ne s’accompagne pas de réformes structurelles.
Pour l’instant, les prévisions de l’Insee pour la fin 2026 restent prudentes. Avec une inflation toujours élevée et une croissance atone, le pouvoir d’achat pourrait continuer à stagner pour une grande partie des salariés. Une situation qui risque d’alimenter les débats sur la nécessité d’une refonte plus ambitieuse des politiques salariales et sociales.
Selon l’enquête de l’Insee et de la Dares, les dentistes (+6 %), les psychologues (+6 %) et les vétérinaires (+6 %) figurent parmi les métiers ayant enregistré la plus forte progression de leur pouvoir d’achat. Ils sont suivis par les médecins et les pharmaciens, qui ont bénéficié des mesures du Grenelle de la santé.
Le pouvoir d’achat des ouvriers n’a pas progressé, mais il n’a pas non plus reculé, car le salaire minimum (SMIC) est indexé sur l’inflation. Cette indexation a permis de limiter l’impact de la hausse des prix, mais elle n’a pas entraîné d’amélioration réelle du pouvoir d’achat.