Selon Euronews FR, près de 96 % des zones de baignade surveillées dans l’Union européenne respectent les normes sanitaires minimales. Un chiffre qui témoigne des progrès réalisés grâce aux réglementations environnementales européennes mises en place depuis des décennies. Pourtant, environ 1,5 % des sites restent classés « insuffisants », exposant les baigneurs à des risques de maladies hydriques graves.

Ce qu’il faut retenir

  • 96 % des sites de baignade contrôlés en Europe sont conformes aux normes sanitaires en 2026, contre 85 % classés « excellents ».
  • Près de 1,5 % des eaux restent « insuffisantes », principalement en raison de rejets d’eaux usées et de ruissellements agricoles.
  • Les mers côtières affichent les meilleurs résultats (88 % de sites « excellents »), tandis que les rivières peinent à atteindre 47 %.
  • L’UE a alloué plus de 15 milliards d’euros pour moderniser les réseaux d’eau et réduire la pollution chimique et microbiologique.
  • Chypre affiche 100 % de ses sites « excellents », tandis que l’Estonie et la Finlande enregistrent des taux inférieurs à 60 %.
  • Les PFAS, microplastiques et résidus pharmaceutiques représentent une menace croissante, non couverte par les tests actuels.

Une amélioration significative depuis 2006

D’après le dernier rapport de l’Agence européenne pour l’environnement, la qualité des eaux de baignade en Europe n’a cessé de s’améliorer depuis l’entrée en vigueur de la directive sur les eaux de baignade en 2006. Cette réglementation impose aux États membres de tester quatre fois par saison les sites de baignade pour détecter la présence de bactéries fécales comme Escherichia coli et les entérocoques. Les résultats classent les eaux en quatre catégories : « excellentes », « bonnes », « suffisantes » ou « insuffisantes ».

En 2025, 84,8 % des sites étaient considérés comme « excellents », contre 80,7 % en 2006. Le nombre de sites « insuffisants » a également diminué, passant de 2,4 % à 1,5 % sur la même période. « Cette progression montre que les efforts de l’UE en matière de traitement des eaux usées et de réduction de la pollution portent leurs fruits », souligne un expert cité par Euronews FR.

Des disparités géographiques marquées

La qualité des eaux varie considérablement selon les pays et les types de milieux. Les mers côtières sont les mieux notées, avec 87,4 % de sites « excellents » en 2025, contre 88,8 % en 2024. Chypre, la Lituanie et la Slovénie affichent un taux de 100 % pour leurs zones côtières. À l’inverse, l’Estonie (40 %), la Finlande (55 %) et la Belgique (63,4 %) enregistrent des résultats moins satisfaisants.

Pour les lacs intérieurs, la part des sites « excellents » reste stable à 78,2 % en 2025. Les pays du nord de l’Europe, comme l’Autriche (96,5 %), le Danemark et le Luxembourg, obtiennent les meilleurs scores. En revanche, la Slovénie (58,6 %), le Portugal et l’Espagne (moins de 60 %) peinent à atteindre un niveau satisfaisant. Quant aux rivières, seulement 47 % des sites sont classés « excellents », en raison de leur exposition aux pollutions en amont.

Les principales sources de pollution

Trois facteurs majeurs menacent la qualité des eaux de baignade en Europe. Le premier est le ruissellement agricole, lié à l’usage excessif de fertilisants chimiques, de pesticides et de fumier. Ces substances, transportées par les pluies, provoquent l’eutrophisation des milieux aquatiques, favorisant la prolifération de cyanobactéries toxiques. Ces dernières peuvent causer des irritations cutanées, des troubles digestifs voire des lésions hépatiques en cas d’ingestion.

Le deuxième enjeu concerne les eaux usées. De nombreuses villes européennes disposent de réseaux unitaires, où eaux pluviales et eaux domestiques sont collectées dans les mêmes canalisations. En cas de fortes pluies, ces systèmes sont saturés et rejettent des eaux non traitées dans les cours d’eau et les zones côtières. Enfin, la contamination par des polluants chimiques – PFAS, microplastiques, métaux lourds et résidus pharmaceutiques – s’aggrave. Pourtant, ces substances ne sont pas encore systématiquement testées dans le cadre de la directive sur les eaux de baignade.

Le changement climatique, un facteur aggravant

Le réchauffement climatique exacerbe les problèmes de qualité de l’eau. Les températures plus élevées accélèrent la prolifération d’algues toxiques, tandis que les phénomènes météorologiques extrêmes – sécheresses suivies de crues soudaines – créent un cercle vicieux. « Les sécheresses réduisent le débit des rivières, concentrant la pollution, puis les crues charrient en une fois les toxines accumulées vers les zones de baignade », explique Eline Boelee, conseillère experte en eau et santé à Deltares. Elle ajoute : « Les modèles prédictifs que nous développons permettent d’anticiper ces risques et d’adapter les mesures de gestion. »

« Vous prélevez un échantillon, vous faites vos analyses, quelques jours plus tard, vous avez vos résultats. Mais les gens se sont déjà baignés dans cette eau pendant des semaines. C’est compliqué. Et multiplier les contrôles coûte extrêmement cher. »
Eline Boelee, conseillère experte en eau et santé à Deltares

Et maintenant ?

Pour améliorer la qualité des eaux de baignade, l’UE prévoit de renforcer ses réglementations sur les substances chimiques et de moderniser davantage les stations d’épuration. Une révision de la directive « Nitrates » est également en cours pour mieux lutter contre le ruissellement agricole. Les États membres devront publier des cartes interactives plus détaillées, afin d’informer les citoyens des risques encourus. Les prochaines échéances incluent l’adoption de ces nouvelles règles d’ici fin 2026 et le suivi des sites classés « insuffisants » pendant cinq années consécutives, avant d’envisager leur interdiction.

Les pays les plus performants et ceux en difficulté

Chypre (100 % de sites « excellents »), la Grèce (97,1 %), la Bulgarie (96,9 %) et l’Autriche (96,5 %) figurent parmi les meilleurs élèves de l’UE. Dans ces pays, les citoyens peuvent souvent consulter la qualité des eaux via des applications mobiles. À l’inverse, l’Estonie (40 % de sites « excellents »), la Pologne, la Hongrie et la Belgique (56,9 %) enregistrent des résultats préoccupants.

En Belgique, où 63,4 % des sites côtiers sont jugés « excellents », les autorités ont mis en place un plan d’action ambitieux pour réduire la contamination chimique. La Hongrie et la Pologne investissent quant à elles dans la modernisation de leurs infrastructures hydrauliques, notamment les stations de traitement des eaux usées. « Ces disparités montrent que les efforts doivent être poursuivis, surtout dans les régions où l’agriculture intensive et les rejets urbains sont importants », commente un responsable de l’Agence européenne pour l’environnement.

Prévenir les risques : les recommandations des experts

Pour limiter les expositions aux polluants, l’Agence européenne pour l’environnement conseille d’éviter de se baigner dans les 24 à 48 heures suivant de fortes pluies, lorsque le ruissellement agricole est à son pic. Il est également recommandé de consulter la carte interactive des eaux de baignade publiée par l’agence avant de se rendre sur un site. En cas de présence d’algues bleu-vert, d’une écume épaisse ou d’une odeur de moisi, il est préférable de s’abstenir de nager et de tenir les animaux domestiques à distance.

Les cyanobactéries, par exemple, peuvent provoquer des éruptions cutanées, des démangeaisons et des troubles digestifs. Leur ingestion, même en petites quantités, peut entraîner des lésions hépatiques ou rénales. « La surveillance régulière et la sensibilisation du public sont essentielles pour garantir la sécurité des baigneurs », insiste Eline Boelee.

Un bilan global positif, mais des défis persistants

Malgré les progrès réalisés, des défis majeurs subsistent. L’UE a identifié 332 sites classés « insuffisants » en 2024, dont seulement 88 ont été améliorés au niveau « suffisant » en 2025. Parmi les 57 sites classés « insuffisants » entre 2000 et 2024, seuls quatre ont réussi à passer à une catégorie supérieure. Ces résultats soulignent la nécessité de poursuivre les investissements dans les infrastructures et de renforcer la coopération entre États membres.

Par ailleurs, l’absence de tests systématiques pour les polluants éternels (PFAS) et les microplastiques reste un point faible de la réglementation actuelle. Ces substances, omniprésentes dans l’environnement, s’accumulent dans les organismes vivants et pourraient avoir des effets sanitaires à long terme. « La directive sur les eaux de baignade doit évoluer pour intégrer ces nouveaux contaminants », plaide un représentant de la Commission européenne.

Les symptômes les plus courants incluent des diarrhées, des nausées, des infections parasitaires, des conjonctivites, des infections de l’oreille ou de la peau, ainsi que des éruptions cutanées en cas de contact avec des cyanobactéries. En cas d’ingestion de toxines, des maux de tête, des douleurs musculaires ou des troubles neurologiques peuvent survenir.

Plusieurs signes doivent alerter : présence d’algues bleu-vert, écume épaisse en surface, odeur de moisi ou aspect trouble. Il est également conseillé de consulter les cartes interactives de l’Agence européenne pour l’environnement ou les avis locaux, surtout après des épisodes de fortes pluies.