Alors que la France traverse des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents, la question de l’installation de climatisations dans les bâtiments neufs resurgit. Selon BFM Immo, certaines contraintes liées à la réglementation environnementale RE2020 seraient à l’origine de pratiques contestées, comme l’installation clandestine de systèmes de refroidissement. Une situation qui oppose tenants d’une approche écologique et professionnels du secteur, alors que le gouvernement envisage des ajustements.

Ce qu'il faut retenir

  • La RE2020, entrée en vigueur en 2022, encadre la construction neuve pour réduire l’impact carbone, mais complexifie l’installation de climatisations.
  • Des propriétaires contourneraient les normes en installant des climatiseurs en cachette, faute de solution conforme.
  • La méthode de calcul de la RE2020 est critiquée pour avoir « sur-exagéré » la consommation des climatisations, selon un rapport commandé par le gouvernement.
  • Le gouvernement a annoncé en mars 2026 des assouplissements, avec une révision prévue pour améliorer le confort estival dans les logements.
  • Les ajustements viseraient notamment les zones méditerranéennes, où les besoins en refroidissement sont les plus marqués.

Une réglementation accusée de freiner l’accès au confort thermique

Adoptée pour limiter l’empreinte carbone des bâtiments, la RE2020 impose des exigences strictes en matière d’isolation et de consommation énergétique. Pourtant, selon BFM Immo, ces règles compliqueraient l’installation de climatisations, pourtant jugées indispensables par une partie de la population face aux vagues de chaleur à répétition. « Les textes de la RE2020 n’interdisent aucunement la climatisation », a précisé Pascal Housset, président de l’Union des métiers de la climatisation et de la couverture au sein de la Fédération française du bâtiment (FFB).

Cette réglementation s’applique aux logements, bureaux, écoles et établissements de santé dont les permis de construire ont été déposés depuis 2022. Depuis le 1er mai 2026, son champ d’application a été étendu aux hôpitaux, crèches et Ehpad. L’objectif affiché reste la réduction des consommations énergétiques, aussi bien en hiver qu’en été. « L’idée est d’avoir des logements les plus confortables possible en consommant le moins d’énergie possible », explique Christophe Millet, président du Conseil national de l’ordre des architectes. Pour y parvenir, une conception optimisée du bâti permettrait, selon lui, de se passer de climatisation.

Des normes qui complexifient l’équilibre entre isolation et refroidissement

Lorsqu’un système de refroidissement est intégré à un projet, la consommation théorique d’énergie augmente mécaniquement. Cela impose alors « plus d’efforts » sur l’enveloppe du bâtiment, comme l’explique Guillaume Meunier, consultant à l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb). « Utiliser une climatisation dans un bâtiment mal isolé ou mal protégé du soleil est très énergivore », résume-t-il. Pour respecter la RE2020, les constructeurs doivent donc compenser en renforçant l’isolation ou en utilisant des matériaux plus coûteux, voire en réduisant la surface des fenêtres.

Cette approche a été critiquée dans un rapport commandé par le gouvernement. Son auteur, Robin Rivaton, entrepreneur dans l’immobilier, estime que la méthode de calcul de la RE2020 « sur-exagère » la consommation des climatisations. Résultat : des surcoûts pour les promoteurs et une baisse de la qualité des logements, selon ses analyses. « Il est très difficile, voire impossible de rendre conforme un projet avec de la climatisation à la RE2020 », affirme Alexandre Aglave, cofondateur du bureau d’études Actemiss. D’où la pratique, dénoncée par certains, d’installations clandestines de climatiseurs.

« Bien sûr qu’il est possible de construire avec de la climatisation, on le fait déjà. »
Pascal Housset, président de l’Union des métiers de la climatisation (FFB)

Un débat relancé par les vagues de chaleur et les attentes des habitants

La RE2020 a été conçue pour réduire les consommations d’énergie, principalement liées au chauffage en hiver, et limiter la dépendance au pétrole. Pourtant, ses détracteurs lui reprochent de ne pas assez prendre en compte l’adaptation au réchauffement climatique. « La RE2020 n’a pas manqué le confort d’été », soutient Robin Rivaton, tout en soulignant que le plafond d’inconfort thermique autorisé — 25 jours par an à plus de 28°C — reste insuffisant selon lui. « Ce seuil n’est pas assez exigeant », juge-t-il.

Face à cette situation, le gouvernement a commencé à assouplir certaines contraintes. Dès mars 2026, un décret a permis de lever « des rigidités » pesant sur la qualité des logements, selon Vincent Jeanbrun, ministre du Logement. Le ministère a annoncé vouloir consulter le secteur pour faire évoluer la RE2020, notamment sur la question du confort estival. « La climatisation sera évidemment étudiée », a-t-il précisé. Ces ajustements pourraient concerner en priorité les départements du pourtour méditerranéen, où les épisodes de canicule sont les plus intenses.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes devraient se concentrer sur la révision des seuils de confort thermique dans la RE2020, avec une attention particulière portée aux zones les plus exposées à la chaleur. Une consultation des acteurs du bâtiment est prévue dans les mois à venir, avec une possible publication de nouveaux décrets d’ici la fin de l’année. Reste à savoir si ces ajustements suffiront à concilier exigences environnementales et réalité des besoins des ménages.

Des solutions alternatives pour limiter le recours à la climatisation

Face aux contraintes de la RE2020, plusieurs pistes sont évoquées pour réduire la dépendance aux climatiseurs. « Cela revient à demander de mettre des protections solaires et à mieux isoler le bâtiment », résume Guillaume Meunier. L’utilisation de matériaux innovants ou de systèmes de ventilation naturelle est également encouragée. Certains promoteurs misent sur des designs architecturaux favorisant la circulation de l’air ou l’ombre portée, afin de limiter la surchauffe des logements.

« Une bonne conception du bâtiment peut permettre de se passer de climatisation », rappelle Christophe Millet. Cependant, ces solutions nécessitent des investissements initiaux plus élevés et une planification rigoureuse dès la phase de conception. Pour les promoteurs, le défi reste donc de trouver un équilibre entre conformité réglementaire, coûts de construction et attentes des futurs occupants.

Le Rassemblement national dénonce un « blabla technocratique »

Plusieurs députés du Rassemblement national (RN), dont Jean-Philippe Tanguy, ont vivement critiqué la RE2020. Pour eux, cette réglementation serait un « blabla technocratique et bureaucratique épouvantable » rendant « impossible » l’installation de climatisations. Une position relayée massivement sur les réseaux sociaux, alors que les vagues de chaleur se multiplient. Pourtant, comme le rappelle Pascal Housset, la RE2020 n’interdit en rien ces équipements, mais en encadre l’intégration pour éviter une consommation énergétique excessive.

Le RN n’est pas le seul à pointer du doigt les limites de la réglementation. Des professionnels du secteur, comme Robin Rivaton, estiment que la méthode de calcul actuelle pénalise injustement les projets incluant une climatisation. « La RE2020 doit évoluer pour refléter la réalité des besoins, sans sacrifier le confort des habitants », plaide-t-il.

La RE2020 impose des seuils stricts de consommation énergétique. Lorsqu’une climatisation est intégrée, cela augmente mécaniquement la consommation théorique du bâtiment. Pour rester conforme, les constructeurs doivent compenser en renforçant l’isolation ou en utilisant des matériaux plus coûteux, ce qui peut rendre le projet économiquement peu viable. Selon des experts, la méthode de calcul de la RE2020 « sur-exagère » même la consommation des climatisations, rendant leur installation plus difficile.

Si certains propriétaires optent pour des installations clandestines, les professionnels du secteur rappellent qu’il existe des solutions techniques pour intégrer une climatisation dans le respect de la réglementation. Reste à savoir si les futurs ajustements du gouvernement suffiront à apaiser ce débat, entre impératifs écologiques et attentes concrètes des Français face à la chaleur.