La ministre espagnole de la Santé, Mónica García — également candidate de Más Madrid à la présidence de la Communauté de Madrid — a présenté mardi un volet majeur de la réforme du statut-cadre des médecins, centré sur l’amélioration des conditions de travail des médecins internes résidents (MIR), selon Euronews FR. Ce projet, déjà critiqué par une large partie du secteur médical et susceptible de déclencher de nouvelles tensions, vise à encadrer plus strictement les gardes et les horaires des internes tout en introduisant des mesures salariales progressives.
Ce qu'il faut retenir
- Réduction des gardes de 24 à 17 heures pour les MIR et autres spécialistes, avec un plafond de quatre gardes par mois (soit 68 heures mensuelles maximum).
- Instauration de journées de 35 heures hebdomadaires et obligation pour les hôpitaux de communiquer les rotations des internes deux mois à l’avance.
- Amélioration des compléments de salaire, progressifs selon l’ancienneté, mais jugés insuffisants par les professionnels.
- Un minimum de 12 heures de repos consécutives entre deux journées de travail, sous réserve des « besoins du service », avec compensation sous 14 jours.
- L’Association MIR Espagne (AME) salue un « progrès » mais souligne l’insuffisance des mesures face à la précarité persistante.
- Le projet conserve des dérogations, notamment dans l’article 97, permettant de dépasser les durées maximales en cas de « raisons organisationnelles ».
La réforme s’inscrit dans un contexte de grogne persistante au sein du corps médical espagnol, marqué par des grèves répétées et des critiques transversales, qu’elles émanent des syndicats de droite ou de gauche. Mónica García, médecin anesthésiste issue de la composante minoritaire du gouvernement Sumar, tente ainsi de concilier amélioration des conditions de travail et contraintes structurelles des hôpitaux publics, souvent dépendants de la main-d’œuvre des internes.
Des mesures salariales et horaires présentées comme une avancée, mais incomplètes
Parmi les principales innovations annoncées, la réduction des gardes constitue l’un des points les plus médiatisés. Désormais, les MIR ne pourront plus effectuer de gardes de 24 heures, mais celles-ci seront limitées à 17 heures, avec un plafond de quatre gardes par mois. Cette mesure, censée limiter l’épuisement des internes, s’accompagne d’une limitation des heures mensuelles à 68 heures maximum. Par ailleurs, les internes bénéficieront de journées de 35 heures hebdomadaires, contre des amplitudes horaires bien supérieures auparavant.
Côté rémunération, le ministère promet une amélioration des compléments de salaire, indexés sur l’ancienneté. Cependant, ces hausses restent progressives et ne résolvent pas, selon les syndicats, le problème de fond de la précarité financière des internes. « Les nouvelles durées de garde et de repos ainsi que les améliorations salariales constituent un progrès, reconnaît l’Association MIR Espagne (AME), mais elles restent insuffisantes pour mettre fin à notre précarité ».
Des contraintes pratiques difficiles à appliquer dans certains hôpitaux
Si les annonces de Mónica García sont saluées par une partie du secteur, leur mise en œuvre s’annonce complexe. Plusieurs sources médicales interrogées par Euronews FR mettent en garde contre les difficultés à respecter l’obligation de communiquer les rotations des internes deux mois à l’avance. « Dans certains services, les plannings sont établis avec seulement quelques semaines d’avance, explique un chef de service sous couvert d’anonymat. Respecter ce délai bouleverserait complètement l’organisation quotidienne des grands hôpitaux ».
Autre point de friction : l’instauration d’un minimum de 12 heures de repos consécutives entre deux journées de travail. Cette règle, bien que présentée comme un progrès social, pourrait être contournée au nom des « besoins du service ». L’article 97 de l’avant-projet de loi prévoit en effet des dérogations en cas de « raisons organisationnelles ou liées à la prise en charge », permettant de dépasser la durée maximale de travail. Les professionnels s’interrogent sur l’effectivité de ces garde-fous, alors que le texte autorise déjà les dépassements au motif de la continuité des soins.
« Ce sont précisément ces "besoins" du service, déjà mentionnés dans le statut-cadre actuel, qui inquiètent les professionnels. De nombreuses conditions de travail garanties par la loi ne sont pas respectées, simplement parce que la direction estime avoir besoin de la présence des internes. »
Les revendications des syndicats, encore loin d’être satisfaites
Malgré ces avancées, les syndicats de médecins résidents et les organisations professionnelles estiment que la réforme ne répond pas à l’ensemble de leurs revendications. Parmi les mesures réclamées et non intégrées dans le texte, on retrouve notamment : la prise en compte des heures de garde dans le calcul des cotisations à la Sécurité sociale, l’attribution d’un supplément de travail de nuit ou de jours de repos après plusieurs gardes consécutives, ou encore l’instauration d’une catégorie professionnelle spécifique pour les médecins.
Les professionnels demandent aussi que tout dépassement d’horaires soit considéré comme volontaire et rémunéré, et réclament la mise en place d’un système de retraite anticipée volontaire, totale ou partielle, ainsi que l’interdiction de la mobilité forcée. « Nous voulons une durée maximale de travail de 35 heures hebdomadaires pour tous les médecins, comme celle désormais promise aux MIR », martèle un représentant syndical.
Cette réforme intervient dans un contexte où les tensions au sein du système de santé espagnol restent vives, avec des grèves récurrentes et une pénurie de personnel médical. Les prochaines semaines seront donc décisives pour évaluer la capacité du gouvernement à concilier impératifs budgétaires et amélioration des conditions de travail des soignants.