Comme le rapporte RFI, le gouvernement britannique a annoncé l’inscription des noms de près de 10 000 soldats punjabis au registre officiel des morts pour la patrie de la Première Guerre mondiale. Ces combattants, originaires du Penjab – une région alors intégrée à l’Empire britannique mais aujourd’hui partagée entre l’Inde et le Pakistan –, avaient servi sous l’uniforme britannique entre 1914 et 1918.

Ce qu'il faut retenir

  • 10 000 soldats punjabis dont les noms vont être ajoutés au registre des morts pour la patrie britannique.
  • Ces combattants provenaient d’une région aujourd’hui partagée entre l’Inde et le Pakistan, mais qui faisait alors partie de l’Empire britannique.
  • Leur inscription intervient plus d’un siècle après la fin du conflit, en juillet 2026.
  • Cette reconnaissance s’inscrit dans le cadre d’un mouvement de réhabilitation mémorielle des contributions des soldats coloniaux dans les conflits mondiaux.

Une reconnaissance tardive mais symbolique

La décision du Royaume-Uni intervient plus de cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, période durant laquelle près de 1,5 million de soldats indiens – dont une majorité de punjabis – avaient combattu sous les couleurs britanniques. Selon les archives historiques, environ 74 000 Indiens ont péri pendant le conflit, mais seuls les noms des soldats britanniques ou européens figuraient jusqu’à présent dans le registre officiel des morts pour la patrie.

Cette inscription marque donc une étape importante dans la reconnaissance des sacrifices des soldats issus des colonies, souvent oubliés dans l’historiographie britannique traditionnelle. « Ces hommes ont défendu des valeurs communes au nom de l’Empire, et leur mémoire mérite d’être honorée à part entière », a souligné un porte-parole du ministère britannique de la Défense, cité par RFI.

Le Penjab, terre de recrutement pour l’armée impériale

Le Penjab, région agricole et militairement stratégique, était l’un des principaux viviers de recrutement pour l’armée britannique en Asie du Sud. Les soldats punjabis, souvent sikhs, hindous ou musulmans, étaient réputés pour leur discipline et leur bravoure, et formaient une part significative des troupes indiennes déployées en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient pendant la guerre.

Parmi les batailles les plus meurtrières auxquelles ils ont participé figurent la bataille de Neuve-Chapelle en 1915, la bataille d’Ypres ou encore les combats en Mésopotamie. Pourtant, leurs noms n’ont jamais été gravés aux côtés de ceux de leurs camarades britanniques, une omission qui a longtemps alimenté des débats sur la réécriture de l’histoire coloniale.

Un contexte politique et mémoriel en évolution

Cette reconnaissance s’inscrit dans un contexte où le Royaume-Uni, comme d’autres anciennes puissances coloniales, réexamine son passé impérial. En 2020, le pays avait déjà marqué les esprits en honorant publiquement les soldats indiens de la Seconde Guerre mondiale, avec l’inauguration d’un mémorial à Londres. Plus récemment, des initiatives similaires ont été menées en Inde et au Pakistan pour préserver la mémoire de ces combattants.

« Il est temps de rétablir une vérité historique trop souvent négligée », a commenté l’historien Sarfraz Khan, spécialiste des questions coloniales, auprès de RFI. Selon lui, cette inscription envoie un signal fort, même si elle arrive tardivement. « Ces soldats ont payé un lourd tribut, et leur sacrifice mérite une place dans la mémoire collective », a-t-il ajouté.

Et maintenant ?

Si cette inscription au registre des morts pour la patrie constitue une avancée symbolique, elle pourrait ouvrir la voie à d’autres gestes similaires. Des associations de descendants de vétérans punjabis appellent désormais à la création d’un mémorial dédié spécifiquement à ces combattants, une initiative qui pourrait être discutée lors des prochaines commémorations du centenaire de l’indépendance de l’Inde, prévue en 2027.

Par ailleurs, cette décision pourrait relancer le débat sur la restitution d’objets culturels ou d’archives liés à l’époque coloniale, un dossier sensible entre Londres et New Delhi. Reste à voir si d’autres pays, comme la France avec ses anciennes colonies, suivront cette voie mémorielle.

En attendant, cette reconnaissance tardive rappelle que l’histoire des soldats coloniaux, bien que longtemps marginalisée, occupe désormais une place croissante dans les politiques de mémoire européennes.