Le parquet fédéral allemand a annoncé, le 2 juillet 2026, la mise en examen pour « crime de guerre » de Serhiy Kuznietsov, un militaire et ancien agent de renseignement ukrainien d’une cinquantaine d’années, selon Courrier International. Détenu depuis novembre 2025, il est accusé d’avoir dirigé le commando responsable de l’explosion des gazoducs Nord Stream en mer Baltique, le 26 septembre 2022.
Ce qu'il faut retenir
- Serhiy Kuznietsov, 50 ans, ex-agent ukrainien, est le premier suspect des attaques contre Nord Stream à être poursuivi pour « crime de guerre » en Allemagne.
- Il aurait dirigé un commando de plongeurs ayant posé des charges explosives sur les gazoducs au fond de la mer Baltique, reliant l’Allemagne à la Russie.
- Le commando se serait rendu sur place à bord d’un voilier de location, l’*Andromeda*, avant d’être arrêté en Italie puis extradé vers l’Allemagne.
- Kuznietsov invoque l’« immunité fonctionnelle », affirmant avoir agi sur ordre, une défense que les enquêteurs allemands jugent peu probable.
- L’enquête vise désormais à déterminer qui a commandité ces actes, sans qu’aucune preuve directe n’ait encore été rendue publique.
Un sabotage historique qui relance les tensions géopolitiques
Les attaques contre les gazoducs Nord Stream 1 et 2, survenues le 26 septembre 2022 dans les eaux internationales de la mer Baltique, avaient provoqué l’arrêt définitif de ces infrastructures stratégiques. Ces événements, qualifiés par plusieurs médias comme « l’affaire de sabotage la plus spectaculaire depuis la fin de la Guerre froide », avaient immédiatement alimenté les spéculations sur les responsabilités. Moscou avait pointé du doigt l’Ukraine, tandis que Kiev avait rejeté ces accusations.
L’Allemagne, où se trouvent les deux gazoducs endommagés, a mené une enquête approfondie, mobilisant ses services de renseignement et ses autorités judiciaires. La mise en examen de Kuznietsov marque une étape clé dans ce dossier, alors que les relations entre Berlin et Kiev restent tendues depuis le début du conflit en février 2022.
Un commando infiltré via un voilier et des plongeurs spécialisés
Selon les éléments recueillis par les autorités allemandes, Kuznietsov et son équipe auraient loué le voilier *Andromeda* en Europe du Nord avant de se diriger vers les lieux des explosions. Des plongeurs, équipés de charges explosives, auraient ensuite plongé pour saboter les gazoducs situés à environ 80 mètres de profondeur. Les investigations menées depuis 2022 ont permis de reconstituer partiellement leur parcours, mais plusieurs zones d’ombre subsistent.
« La grande question est de savoir qui leur a confié cette mission », soulignait récemment l’hebdomadaire allemand Die Zeit, cité par Courrier International. Kuznietsov a tenté de justifier ses actes en invoquant l’« immunité fonctionnelle » d’un soldat suivant des ordres. Pourtant, les procureurs allemands estiment que cette défense est irrecevable dans le cadre des accusations retenues.
Une défense fragile et des zones d’ombre persistantes
Lors de son audition, Kuznietsov a déclaré avoir agi en tant que militaire, arguant que ses supérieurs lui avaient donné l’ordre de mener cette opération. Une stratégie qui rappelle les arguments invoqués par certains officiers lors de procès pour crimes de guerre, mais qui peine à convaincre dans ce contexte. « Il est peu probable qu’il ait agi de sa propre initiative », a indiqué une source judiciaire sous couvert d’anonymat.
Les enquêteurs cherchent désormais à établir une chaîne de commandement claire. Plusieurs pistes sont explorées, notamment celle d’une implication directe des services de renseignement ukrainiens. Cependant, aucune preuve tangible n’a encore été rendue publique, et l’enquête reste en cours. Les six autres membres présumés du commando n’ont pas encore été identifiés publiquement.
Reste à déterminer si cette affaire permettra de faire la lumière sur un des sabotages les plus controversés de ces dernières années. Les répercussions politiques et diplomatiques pourraient être significatives, notamment si des preuves d’une implication officielle ukrainienne étaient établies.
L’Allemagne s’appuie sur le droit international humanitaire, qui considère comme crime de guerre tout acte de sabotage mettant en danger des infrastructures civiles ou stratégiques dans un contexte de conflit armé. Les gazoducs Nord Stream, bien que n’étant plus en service depuis 2022, constituaient des biens sous protection internationale, selon la Cour pénale internationale.