Invité sur France Inter ce mardi 1er septembre 2026, Dominique Schelcher, PDG de la Coopérative U, a relancé le débat sur la TVA sociale, une mesure visant à transférer une partie de la protection sociale du travail vers la consommation. Selon nos confrères de BFM Business, cette proposition – déjà soutenue par son concurrent Michel-Edouard Leclerc – pourrait permettre aux entreprises d’augmenter les salaires sans alourdir davantage les charges sociales.

Pour Schelcher, l’idée n’a rien d’aberrant : « Il faut moins faire porter la protection sociale sur le travail et davantage sur la consommation, surtout pas sur les produits de première nécessité mais sur les produits à la TVA la plus élevée », a-t-il argumenté lors de son passage à l’antenne. Cette TVA sociale permettrait selon lui de réduire l’écart entre le superbrut et le net, actuellement de 483 euros pour une augmentation de 100 euros d’un salarié au SMIC – un coût que peu d’entreprises peuvent assumer. « Il y a 50 ans, un Français touchait 70 % de son superbrut, il en touche 52 % aujourd’hui », a-t-il rappelé.

Ce qu'il faut retenir

  • TVA sociale ciblée : hausse de deux points de TVA, mais uniquement sur les produits non essentiels, selon Dominique Schelcher et Michel-Edouard Leclerc.
  • Objectif : financer une partie de la protection sociale via la consommation plutôt que par le travail, pour faciliter les hausses de salaires.
  • Coût actuel du travail : une augmentation de 100 € pour un salarié au SMIC coûte 483 € à l’employeur, un ratio jugé insoutenable.
  • Comparaison européenne : la France affiche un taux de TVA standard à 20 %, l’un des plus bas d’Europe (l’UE interdit les taux inférieurs à 15 %).
  • Impact économique limité pour la grande distribution : les touristes et les services seraient davantage touchés, selon Schelcher.
  • Contexte difficile : secteur en attente d’une année morose, avec des rayons impactés par les canicules estivales et une baisse du pouvoir d’achat.

Une TVA sociale pour financer les salaires : l’argument économique des dirigeants

L’argument avancé par Dominique Schelcher repose sur un constat : le modèle français de financement de la protection sociale pèse trop lourdement sur le coût du travail. En transférant une partie de cette charge vers la consommation – via une TVA sociale –, les entreprises pourraient dégager des marges pour augmenter les salaires sans subir le poids des charges sociales. Selon lui, une hausse de deux points de TVA, qui placerait la France dans la moyenne basse européenne, suffirait à rééquilibrer le système. « Ce n’est pas possible de financer par le travail notre modèle social », a-t-il affirmé sur France 2, soulignant l’absence de « handicap idéologique » à travailler sur ce scénario.

Cette position est partagée par Michel-Edouard Leclerc, qui a abondé dans le sens de Schelcher. Pour le patron des magasins éponymes, la TVA sociale serait « supportée principalement par les touristes en France et sur les services », limitant ainsi son impact sur la grande distribution. Une analyse que Schelcher a reprise à son compte, précisant que son secteur serait « moyennement » affecté par cette mesure.

La France, un pays à la TVA anormalement basse en Europe

Le taux de TVA standard en France s’élève à 20 %, un niveau parmi les plus bas d’Europe. Seuls le Luxembourg (17 %), Malte (18 %) et l’Allemagne (19 %) affichent des taux inférieurs. À l’inverse, des pays comme la Hongrie (27 %) ou la Finlande (25,5 %) montrent que des hausses significatives sont possibles sans remettre en cause le modèle économique. Pourtant, l’Union européenne encadre strictement ces taux, interdisant les taux normaux inférieurs à 15 %. Dans ce contexte, une hausse de deux points placerait la France dans une position plus conforme à ses voisins, tout en restant en dessous de la moyenne.

Schelcher a également pointé du doigt le paradoxe français : « Peu d’entreprises ont les moyens d’augmenter les salaires dans le contexte actuel », alors que le pouvoir d’achat des ménages recule. Pour lui, la TVA sociale représenterait une solution pragmatique, permettant de « redonner de l’air aux entreprises » sans alourdir davantage le coût du travail.

Un secteur en difficulté, entre canicules et baisse du pouvoir d’achat

Le contexte économique pèse lourdement sur la grande distribution, un secteur déjà fragilisé par les canicules estivales. Dominique Schelcher a appelé les consommateurs à ne pas se détourner des « fruits moches », ces produits légèrement abîmés mais parfaitement consommables, dont les rayons regorgent en cette période. Face à la baisse du pouvoir d’achat, le PDG de Coopérative U a assuré qu’il « soutiendrait » les agriculteurs et éleveurs français, plutôt que de se tourner vers des importations pour garnir ses rayons.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique de solidarité nationale, alors que les rayons de certains magasins affichent des vides liés aux aléas climatiques. Schelcher a confirmé que son groupe maintiendrait son engagement en faveur des producteurs locaux, malgré les contraintes économiques. « On ne peut pas se permettre de négliger nos filières », a-t-il déclaré, sans pour autant détailler les mesures concrètes envisagées.

Et maintenant ?

Si la proposition de TVA sociale fait consensus entre les deux grands patrons de la distribution, son adoption dépendra avant tout de la volonté politique. Avec l’élection présidentielle prévue en 2027, les candidats devront se prononcer sur ce dossier, alors que les années électorales sont traditionnellement défavorables au commerce, selon Schelcher. « Les gens sont plus attentistes », a-t-il rappelé, évoquant un « manque à gagner » pour son groupe. Reste à voir si cette idée, encore marginale il y a quelques mois, gagnera en crédibilité auprès des décideurs.

Par ailleurs, l’impact réel d’une telle mesure sur les salaires et l’inflation devra être évalué avec précision. Les économistes, comme Gabriel Zucman cité par BFM Business, jugent pour l’instant la TVA sociale « nocive pour l’économie française » et sans pertinence dans le contexte actuel. Leur opposition pourrait freiner son adoption, sauf si une coalition large se dégage en faveur de cette réforme structurelle.

Un débat qui dépasse la grande distribution

Si Dominique Schelcher et Michel-Edouard Leclerc défendent cette mesure avant tout pour son impact sur les salaires, la TVA sociale interroge plus largement sur l’avenir du modèle social français. En période de tensions budgétaires et de ralentissement économique, le débat sur le financement de la protection sociale pourrait s’intensifier. Les syndicats, les partis politiques et les acteurs économiques devront se positionner sur cette question, qui touche à la fois au pouvoir d’achat, à la compétitivité des entreprises et à la justice fiscale.

Pour Schelcher, il n’y a pas de temps à perdre : « On ne peut plus continuer à financer notre modèle social uniquement par le travail. Il faut explorer toutes les pistes, y compris celles qui dérangent. » Une déclaration qui, à quelques mois de l’élection présidentielle, pourrait bien relancer le débat sur la fiscalité et le pouvoir d’achat.

La TVA sociale permettrait de transférer une partie du financement de la protection sociale du travail vers la consommation. Concrètement, une hausse de la TVA (hors produits de première nécessité) générerait des recettes supplémentaires pour l’État, qui pourraient être réinvesties pour réduire le coût du travail ou financer des baisses de charges sociales. Cela donnerait aux entreprises une marge de manœuvre pour augmenter les salaires sans subir le poids actuel des charges sociales, estimées à 483 € pour une hausse de 100 € d’un salarié au SMIC.

Selon Dominique Schelcher, la hausse de la TVA ne toucherait que les produits non essentiels, c’est-à-dire ceux actuellement soumis au taux réduit ou normal. Les produits de première nécessité (alimentation de base, médicaments, etc.) resteraient exonérés. L’objectif est d’épargner les ménages les plus modestes tout en ciblant une consommation jugée « superflue » ou à forte marge.