Le Figaro révèle ce mercredi 8 juillet 2026 les conclusions d’une vaste enquête internationale menée sous le nom de code « projet Médusa ». Coordonnée par les autorités allemandes et britanniques, avec le soutien d’Europol, cette opération a permis d’identifier 156 victimes et auteurs impliqués dans des affaires de violences sexuelles facilitées par des substances chimiques, qualifiées d’« agressions sexuelles facilitées par des substances » par les enquêteurs. Depuis avril 2025, les services de police judiciaire de sept pays, dont la France (via la direction nationale de la police judiciaire, DNPJ) et les États-Unis (FBI), ont collaboré pour démanteler ce réseau.
Ce qu'il faut retenir
- Une opération internationale menée sous le nom de code « projet Médusa », impliquant sept pays et coordonnée par l’Allemagne, la Grande-Bretagne et Europol.
- 156 victimes et auteurs ont été identifiés, tous liés à des agressions sexuelles facilitées par des substances chimiques.
- Les enquêteurs français de la DNPJ ont participé activement depuis avril 2025 aux côtés de leurs homologues allemands (BKA, LKA Hambourg), néerlandais (Politie), espagnols (Policía Nacional), et d’autres pays européens.
- Cette enquête s’inscrit dans la continuité de l’affaire Dominique Pélicot, condamné en 2025 à 20 ans de prison pour avoir drogué et livré son épouse à des dizaines d’inconnus.
- Les prédateurs ciblaient principalement leurs proches, utilisant la soumission chimique pour commettre leurs actes.
Une nébuleuse de violences sexuelles facilitée par des substances
Selon les premiers éléments transmis au Figaro, cette opération d’envergure inédite a permis de mettre au jour une nébuleuse de prédateurs sexuels, tous adeptes de la soumission chimique pour commettre leurs crimes. Ces méthodes, déjà mises en lumière par l’affaire Dominique Pélicot, condamné en 2025 à 20 ans de réclusion pour avoir violé et livré son épouse, droguée, à des dizaines d’inconnus, révèlent une dimension systémique et transnationale de ces violences. « Projet Médusa » visait précisément à démanteler ces réseaux où la drogue servait d’outil pour neutraliser les victimes, souvent des proches des agresseurs.
Les enquêteurs ont recensé 156 personnes — victimes et auteurs confondus — dans sept pays européens et aux États-Unis. Les investigations, menées en collaboration avec Europol, ont permis de croiser des données judiciaires, des témoignages et des preuves médico-légales pour identifier les réseaux et leurs membres. Les autorités ont souligné l’ampleur sans précédent de cette opération, tant par le nombre de personnes impliquées que par la diversité géographique des affaires traitées.
La France, acteur clé de l’enquête internationale
La direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) française a joué un rôle central dans cette enquête, aux côtés de ses partenaires allemands, néerlandais et espagnols. Depuis avril 2025, les enquêteurs français ont travaillé en étroite collaboration avec le BKA (Bundeskriminalamt) et le LKA Hambourg en Allemagne, la Politie aux Pays-Bas, ainsi que la Policía Nacional en Espagne. Ces échanges transfrontaliers ont permis de remonter des filières et d’identifier des schémas récurrents dans l’utilisation de substances chimiques pour commettre des agressions sexuelles.
Les services français ont notamment contribué à l’analyse des données numériques et à l’identification des réseaux criminels. « L’implication de la DNPJ a été déterminante pour établir des liens entre les affaires françaises et celles des autres pays », a précisé une source proche de l’enquête. Les résultats de ces investigations devraient donner lieu à des arrestations et à des poursuites judiciaires dans les prochains mois.
Des victimes souvent proches des agresseurs
L’enquête révèle que les prédateurs ciblaient majoritairement des victimes qu’ils connaissaient, souvent des conjoints, partenaires ou proches. L’utilisation de substances chimiques, comme des somnifères ou des drogues de synthèse, permettait de les neutraliser avant de commettre les agressions. Cette méthode, déjà documentée dans l’affaire Pélicot, s’est avérée systématique dans les cas identifiés lors de l’opération « Médusa ». Les enquêteurs ont souligné la vulnérabilité accrue des victimes, dont certaines n’avaient pas conscience d’avoir été droguées avant de porter plainte.
« Ces agresseurs exploitent la confiance de leurs proches pour commettre l’irréparable, a indiqué une source judiciaire. La soumission chimique est un outil de pouvoir et de domination, qui aggrave la violence de ces actes ». Les victimes, souvent isolées et dans l’incapacité de résister, peinent à témoigner, ce qui rend les enquêtes d’autant plus complexes. Les autorités ont rappelé l’importance du signalement et du soutien aux victimes pour briser ce cycle de violence.
« Ces réseaux transnationaux exploitaient une faille systémique : la vulnérabilité des victimes, souvent des proches, rendues incapables de se défendre par des substances chimiques. »
Un enquêteur de la DNPJ
Des suites judiciaires et des questions en suspens
Les résultats de l’opération « Médusa » devraient donner lieu à des arrestations et à des mises en examen dans les prochaines semaines, selon les autorités. Les procureurs des sept pays concernés devraient coordonner les poursuites pour garantir une réponse judiciaire cohérente. Europol, qui a joué un rôle de coordination, a indiqué qu’elle continuerait à analyser les données pour identifier d’éventuels autres réseaux ou victimes non encore recensées.
Plusieurs questions restent en suspens, notamment sur l’étendue réelle de ces réseaux et le nombre potentiel de victimes non identifiées. Les associations de défense des victimes ont appelé à renforcer les moyens de détection et de prise en charge des personnes ayant subi des agressions facilitées par des substances chimiques. « Il est crucial d’améliorer la formation des professionnels de santé et des forces de l’ordre pour repérer ces situations », a déclaré une représentante d’une association spécialisée.
Cette opération, bien que révélatrice d’un fléau transnational, ne marque pas la fin des investigations. Les enquêteurs restent mobilisés pour identifier d’autres réseaux et soutenir les victimes, dont le nombre pourrait encore augmenter avec l’avancée des recherches.
Selon les premières investigations, les enquêteurs ont identifié l’utilisation de somnifères (comme le GHB ou des benzodiazépines), mais aussi des drogues de synthèse. Ces substances, souvent administrées sans le consentement des victimes, provoquaient une perte de conscience ou une désinhibition, facilitant les agressions. Les analyses toxicologiques devraient préciser les molécules les plus répandues dans les prochains mois.