Depuis plus de trois ans, les « Magnificent Seven » – Nvidia, Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Tesla – ont été les moteurs incontestés de la croissance de Wall Street. Mais le mois de juin 2026 marque un tournant brutal : ces géants technologiques, symbole de l’engouement pour l’intelligence artificielle, ont enregistré leurs pires performances mensuelles depuis des années, entraînant une chute historique de leur valorisation. Selon Euronews FR, cette vague de ventes reflète un changement de perception des investisseurs, désormais plus sceptiques sur le retour sur investissement des dépenses colossales engagées dans l’IA.

Ce qu'il faut retenir

  • Une chute historique : les « Magnificent Seven » ont perdu près de 2 000 milliards d’euros de capitalisation boursière en juin, avec des reculs allant jusqu’à 17 % pour Microsoft.
  • Des dépenses d’IA en cause : les cinq plus grands hyperscalers (Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta, Nvidia) devraient investir plus de 615 milliards d’euros en 2026 dans les infrastructures d’IA, soit près de 100 % de leurs flux de trésorerie opérationnels.
  • Un recentrage du marché : les 493 autres entreprises du S&P 500 affichent une croissance bénéficiaire plus rapide (+20,5 % au T2 2026) que les « Magnificent Seven » (+29 % au T1).

Un mois de juin à effacer des records

Le mois de juin 2026 restera dans les annales de Wall Street comme celui où les « Magnificent Seven » ont perdu leur statut de valeurs incontournables. Alors que ces sept géants technologiques avaient porté l’indice S&P 500 à des sommets inédits depuis 2023, ils ont tous, ou presque, connu des reculs significatifs. Microsoft a enregistré son pire mois depuis décembre 2000, avec un repli de 17 %. Nvidia, malgré son statut de leader des puces pour l’IA, a cédé plus de 5 %. Alphabet et Amazon ont perdu respectivement 6 % et 12 %, tandis que Meta reculait de 11 %.

Seule Tesla a affiché une volatilité extrême : après une chute de 6 % en début de mois, le groupe a rattrapé l’essentiel de ses pertes, terminant juin quasi stable. Apple, après avoir frôlé un sommet historique à 315,2 dollars le 4 juin, a finalement reculé de plus de 10 % par rapport à ce pic. Au total, ces sept valeurs ont effacé 2 300 milliards de dollars de capitalisation en un mois, un choc d’une ampleur rare selon les analystes.

L’IA, un pari de plus en plus coûteux

Le mouvement de défiance s’explique en grande partie par l’explosion des dépenses liées à l’intelligence artificielle. Selon les estimations de Bank of America, rapportées par Euronews FR, les cinq plus grands hyperscalers – Microsoft en tête avec 167 milliards d’euros prévus en 2026 – consacreront cette année plus de 615 milliards d’euros aux infrastructures d’IA. « Les investissements sont passés de 70 % à près de 100 % des flux de trésorerie opérationnels entre 2025 et 2026 », précise la banque. Autant dire que les marges pour les rachats d’actions ou les dividendes se réduisent comme peau de chagrin.

Ce basculement a des conséquences immédiates sur les acteurs de la chaîne d’approvisionnement. Micron Technology, fabricant de puces mémoire, a vu son bénéfice par action passer de 1,68 dollar à 24,67 dollars en un an, illustrant la flambée des prix des composants. Les coûts de la DRAM, mémoire présente dans tous les appareils, ont bondi de 98 % au premier trimestre 2026, un phénomène que certains acteurs du secteur ont surnommé « RAMageddon ».

Oracle, le symbole d’un marché qui sanctionne

Alors que les « Magnificent Seven » subissaient des pressions, un acteur extérieur au groupe a payé un prix bien plus lourd : Oracle. Le géant des logiciels, qui ne fait pas partie des sept géants, a chuté de 35 % en juin, son pire mois depuis septembre 1990. La raison ? Un bond de ses dépenses en IA et de son endettement, perçu comme un signal d’alerte par les investisseurs. Conséquence : la fortune de Larry Ellison, cofondateur et PDG d’Oracle, a fondu de 87,9 milliards d’euros. Pour les marchés, le message est clair : les entreprises qui misent trop massivement sur l’IA sans garantir des retours rapides voient leurs actions lourdement sanctionnées.

Le reste du marché, seul gagnant de la tendance

Alors que les « Magnificent Seven » reculaient, le reste du marché affichait une santé insolente. Selon Jeff Buchbinder, stratégiste en chef chez LPL Financial, les 493 autres entreprises du S&P 500 ont vu leurs bénéfices progresser de 17,5 % au premier trimestre 2026, un rythme que Buchbinder estime devoir atteindre plus de 20,5 % au deuxième trimestre. « Les bénéfices des « Magnificent Seven » ne sont plus les seuls moteurs de la croissance du S&P 500 », souligne-t-il. Cette dynamique s’est traduite par une performance remarquable : l’indice S&P 493 (qui exclut les sept géants) a gagné 13,7 % depuis le début de l’année, contre un repli de 6,6 % pour le panier des « Magnificent Seven » et une hausse modeste de 7,4 % pour le S&P 500 élargi.

Ce décalage interroge. Les investisseurs semblent désormais douter de la capacité des dépenses colossales en IA à générer des rendements suffisants. Ed Yardeni, vétéran des marchés, évoque une « lassitude » croissante : « Les modèles open source, moins coûteux, se multiplient, et les prix des jetons d’IA continuent de baisser », rappelle-t-il. Autrement dit, le pari sur l’IA n’est plus un jeu à sens unique.

Et maintenant ?

Les « Magnificent Seven » conservent une croissance bénéficiaire estimée à 29 % au premier trimestre 2026, et leur statut de leaders du secteur reste intact. Pourtant, le débat a changé de nature : les investisseurs ne se demandent plus si l’IA transformera l’économie, mais quand les centaines de milliards investis commenceront à rapporter. La prochaine publication des résultats trimestriels des géants technologiques, attendue d’ici fin juillet, pourrait apporter des éléments de réponse. En attendant, les marchés pourraient continuer à se diversifier, réduisant la dépendance aux sept géants. Une chose est sûre : le pari sur l’IA n’est plus réservé à une poignée d’acteurs.

Pour les investisseurs, la question n’est plus de savoir placer son argent, mais comment le répartir. Alors que les dépenses en infrastructures d’IA restent massives, leur rentabilité à court terme est désormais scrutée avec une attention redoublée. Le mois de juin 2026 pourrait bien marquer le début d’une ère plus sélective, où la croissance ne suffira plus : il faudra aussi prouver sa pérennité.

La chute des « Magnificent Seven » s’explique principalement par la défiance des investisseurs face aux dépenses colossales en infrastructures d’IA, jugées trop élevées par rapport aux retours attendus. Les marchés ont aussi sanctionné la concentration des risques sur ces sept valeurs, alors que le reste du S&P 500 affiche une croissance bénéficiaire plus dynamique.

Oracle, bien que non membre des « Magnificent Seven », a subi une chute de 35 % en juin après avoir annoncé une forte hausse de ses dépenses en IA et de son endettement. Les investisseurs ont perçu ce signal comme un risque de surendettement pour financer des projets d’IA peu rentables à court terme, d’où la sanction boursière brutale.