Le Franco-Algérien Mehdi Laribi, alias « Tic », figure majeure de la DZ Mafia, et son complice Mohamed Djeha, restent libres en Algérie malgré les crimes qui leur sont reprochés. Interpellés en grande pompe, ils ont été placés sous contrôle judiciaire et ne seront vraisemblablement jamais jugés en France, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Mehdi Laribi et Mohamed Djeha, interpellés en Algérie, restent libres sous contrôle judiciaire depuis leur arrestation.
  • La justice algérienne aura seule la main sur leur éventuel procès, conformément à la politique d’Alger de non-extradition de ses ressortissants.
  • Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’est félicité publiquement de cette interpellation sur le réseau social X.
  • Cette affaire soulève des questions sur l’efficacité de la coopération judiciaire franco-algérienne dans la lutte contre le narcotrafic.
  • Les deux hommes, accusés de crimes graves, pourraient échapper à toute sanction judiciaire française.

Une interpellation médiatisée, mais sans garantie de jugement en France

L’arrestation de Mehdi Laribi, surnommé « Tic » et considéré comme une figure tutélaire de la DZ Mafia, a été présentée comme un succès majeur dans la lutte contre le narcotrafic transnational. Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a salué cette opération sur X (ex-Twitter), évoquant une « cible à haute valeur ajoutée ». Pourtant, malgré l’ampleur de l’interpellation et la publicité qui l’a entourée, les deux hommes ne risquent pas de comparaître devant un tribunal français.

Placés sous contrôle judiciaire dès leur arrestation, Laribi et Djeha bénéficient d’une liberté surveillée en Algérie. La justice algérienne, et elle seule, décidera de leur sort. Ce scénario s’inscrit dans la politique constante d’Alger de ne pas extrader ses ressortissants, même accusés de crimes graves commis à l’étranger. Autant dire que, pour les autorités françaises, cette affaire risque de se solder par un échec judiciaire, malgré l’engagement affiché dans la lutte contre les réseaux criminels.

Un dossier qui pourrait tourner au fiasco judiciaire

D’après des sources proches du dossier, relayées par Le Figaro, cette interpellation pourrait n’être qu’une « arrestation en trompe-l’œil ». Une source informée craint en effet que l’opération ne serve davantage la communication politique que la justice. « Certes, cela ressemble à un acte positif de coopération judiciaire bilatérale, notamment après le déplacement du garde des Sceaux français en Algérie », confie cette même source. Pourtant, le risque est réel : les deux hommes pourraient ne jamais être jugés, faute de volonté algérienne de les renvoyer vers la France.

Cette situation illustre les limites de la coopération judiciaire entre Paris et Alger, malgré les discours sur la nécessité de lutter ensemble contre le narcotrafic. En 2026, les juridictions françaises ont déjà libéré des criminels faute de pouvoir les juger dans les temps impartis. Dans ce contexte, l’affaire Laribi et Djeha pourrait bien s’ajouter à la liste des dossiers bloqués, faute de cadre juridique permettant leur transfert vers la France.

Les implications politiques et judiciaires d’un dossier bloqué

L’interpellation de Laribi et Djeha s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la coopération entre la France et l’Algérie dans la lutte contre le crime organisé. Plusieurs rencontres de haut niveau ont eu lieu en 2025 et 2026 pour améliorer les échanges d’informations et harmoniser les procédures judiciaires. Pourtant, les résultats concrets restent limités, comme en témoigne cette affaire.

Pour les autorités françaises, l’enjeu est double : d’une part, démontrer leur capacité à démanteler des réseaux criminels transnationaux, et d’autre part, obtenir des garanties que les criminels arrêtés à l’étranger seront effectivement jugés. Or, dans le cas présent, aucune de ces deux conditions ne semble remplie. La justice algérienne pourrait choisir de ne pas donner suite aux poursuites, ou de classer l’affaire sans suite, comme cela s’est produit dans d’autres dossiers similaires.

Une affaire symptomatique des tensions persistantes entre Paris et Alger

Cette situation met en lumière les divergences persistantes entre la France et l’Algérie sur la question de l’extradition et de la coopération judiciaire. Depuis des années, Alger refuse systématiquement de renvoyer ses ressortissants vers la France, invoquant des raisons juridiques et politiques. Cette position a déjà suscité des tensions entre les deux pays, notamment dans des affaires impliquant des membres présumés du GIA ou d’autres groupes armés.

Dans le cas de Laribi et Djeha, l’Algérie pourrait invoquer le fait que les crimes reprochés auraient été commis en partie sur son territoire, ou que les preuves recueillies ne répondent pas aux standards algériens. Bref, les arguments ne manquent pas pour justifier un blocage du dossier. Pour la France, qui mise sur la coopération judiciaire pour lutter contre le narcotrafic, cette affaire est un nouveau revers, qui interroge sur l’efficacité réelle des accords bilatéraux.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir s’engager des discussions en coulisses entre les autorités judiciaires françaises et algériennes pour tenter de débloquer la situation. Une solution pourrait consister à obtenir des garanties que les deux hommes seront bien jugés en Algérie, même si cela implique une coopération renforcée avec les services français. Une autre piste serait d’évoquer un transfert vers un troisième pays, où ils pourraient être jugés selon les normes européennes. Reste à voir si Alger sera disposée à faire des concessions, ou si cette affaire restera un symbole des limites de la coopération judiciaire franco-algérienne.

Un échec de plus dans la lutte contre le narcotrafic transnational ?

Cette affaire Laribi et Djeha s’ajoute à une longue liste de dossiers où la France a échoué à faire condamner des criminels impliqués dans le trafic de drogue ou d’armes. En 2026, plusieurs juridictions françaises ont dû libérer des suspects faute de pouvoir les juger dans les délais impartis, en raison de la lenteur des procédures ou de l’absence de coopération des pays tiers.

Pour les associations de lutte contre le crime organisé, cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle montre que les réseaux criminels peuvent continuer à opérer en toute impunité, malgré les arrestations spectaculaires. « Chaque affaire non aboutie est une victoire pour les narcotrafiquants », estime un observateur du milieu judiciaire. Sans une coopération judiciaire efficace et sans la volonté politique d’y mettre les moyens, les résultats risquent de rester en demi-teinte.

La justice algérienne a seule compétence pour les juger, conformément à la politique d’Alger de ne pas extrader ses ressortissants. Même si les crimes leur sont reprochés en France, leur transfert vers un tribunal français est exclu, selon Le Figaro.

Les autorités judiciaires françaises et algériennes pourraient engager des discussions pour tenter de trouver une solution, comme un jugement en Algérie avec une coopération renforcée ou un transfert vers un troisième pays. Aucune date n’a encore été fixée, et l’issue reste incertaine.