Selon Le Figaro, l’assassinat de Cécile Poisson, agrégée de lettres, perpétré dans le hall de son immeuble parisien en mars 2023, va être jugé aux assises en janvier 2027. L’enquête révèle une préparation minutieuse du crime, motivée par des intérêts financiers, et un auteur déguisé en livreur Deliveroo lors des faits.

Ce qu'il faut retenir

  • Cécile Poisson, 42 ans, agrégée de lettres, a été égorgée et poignardée à répétition dans le hall de son immeuble du 12e arrondissement de Paris le 20 mars 2023 vers 8h30.
  • Son mari, François-Xavier Hussherr, s’est présenté sous les traits d’un livreur Deliveroo, masqué et ganté, avant de commettre l’irréparable.
  • L’enquête met en lumière une préparation méthodique du crime, avec un mobile financier lié à un divorce en cours.
  • L’auteur, arrêté peu après, sera jugé aux assises en janvier 2027, soit près de quatre ans après les faits.
  • Les témoins, dont des écoliers, ont assisté impuissants au meurtre à travers la porte vitrée du hall.

Une scène d’horreur sous les yeux d’écoliers

Ce matin du 20 mars 2023, une dizaine d’écoliers se rendent à l’école lorsque, dans la rue de Prague (12e arrondissement de Paris), une clameur inhabituelle attire leur attention. À travers la porte vitrée du hall de l’immeuble situé au 15 de cette artère calme, à deux pas de la place de la Bastille, ils découvrent une scène d’une violence inouïe : une femme, Cécile Poisson, allongée au sol, hurle tandis qu’un homme, à califourchon sur elle, la poignarde à plusieurs reprises à la gorge et au thorax. L’agresseur, vêtu d’un casque de moto noir, d’un masque chirurgical bleu, de gants de moto noirs et portant un sac de livraison bleu siglé Deliveroo, ne lui laisse aucune chance.

Alertés par les cris des enfants, des adultes se précipitent vers la porte verrouillée du hall. Incapables d’intervenir, ils assistent, horrifiés, au déroulement du crime en temps réel. Quelques instants plus tard, l’auteur quitte les lieux d’un pas calme, après avoir retiré son déguisement. « On a tous cru à une mise en scène, à un mauvais rêve », témoignera plus tard un riverain, sous couvert d’anonymat.

Un mobile financier derrière un féminicide

Selon Le Figaro, l’enquête judiciaire, menée par le parquet de Paris, a révélé une préparation minutieuse du meurtre. François-Xavier Hussherr, 45 ans, aurait agi dans le cadre d’un divorce houleux avec son épouse, une union dont les tensions financières auraient joué un rôle central. Les enquêteurs ont mis en évidence des transferts d’argent suspects, ainsi que des recherches en ligne concernant des méthodes pour « éliminer » une personne, réalisées par l’accusé dans les semaines précédant le crime.

Les investigations ont également permis de retracer le parcours de l’auteur après les faits. Peu après avoir quitté les lieux, il aurait jeté son déguisement Deliveroo dans une benne à ordures située non loin de son domicile. Les enquêteurs ont retrouvé le sac de livraison, ainsi que le casque et le masque, abandonnés dans un sac poubelle noir. « Tout avait été prévu pour brouiller les pistes », a souligné une source judiciaire proche du dossier.

Un procès aux assises prévu pour janvier 2027

François-Xavier Hussherr a été placé en détention provisoire dès son arrestation, quelques heures après les faits. Il a toujours nié les accusations portées contre lui, affirmant être victime d’un complot. Pourtant, les éléments recueillis par les enquêteurs — témoignages, vidéosurveillance, traces ADN — ont conduit à son renvoi en correctionnelle, puis aux assises pour « assassinat » et « tentative d’assassinat » (dans la mesure où Cécile Poisson avait survécu à la première agression avant d’être achevée).

Le procès, initialement prévu en 2025, a été reporté à plusieurs reprises en raison de la complexité du dossier et de la pandémie de Covid-19, qui a perturbé le fonctionnement des tribunaux. Il s’ouvrira finalement en janvier 2027, soit près de quatre ans après les faits. « Ce délai s’explique par la nécessité de réunir tous les éléments de preuve et de permettre à la défense de préparer sa stratégie », a expliqué un magistrat du parquet de Paris.

Et maintenant ?

Si la culpabilité de François-Xavier Hussherr semble établie aux yeux des enquêteurs, le procès de janvier 2027 s’annonce comme un moment clé pour établir les circonstances exactes du crime et le rôle joué par le mobile financier. Les parties civiles, dont la famille de Cécile Poisson, attendent avec impatience que justice soit rendue. Par ailleurs, ce dossier pourrait alimenter le débat sur la prévention des féminicides en France, alors que les associations réclament un renforcement des dispositifs de protection pour les victimes de violences conjugales.

Contexte : les féminicides en France

L’assassinat de Cécile Poisson s’inscrit dans une triste réalité : celui des féminicides en France. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 122 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire en 2023, soit une tous les trois jours en moyenne. Dans près de 50 % des cas, les victimes avaient signalé des violences antérieures. Ce phénomène, loin de diminuer, reste un défi majeur pour les pouvoirs publics, malgré les plans gouvernementaux successifs visant à protéger les femmes en danger.

Pourtant, des avancées législatives ont été réalisées ces dernières années, comme la création de l’Ordre de protection européen (OPE) ou le renforcement des bracelets anti-rapprochement. Mais les associations, telles que le Collectif Féminicides par compagnons ou ex, soulignent l’insuffisance des moyens alloués à la prévention et à la prise en charge des victimes. « On ne peut pas se contenter de constater l’ampleur du phénomène sans agir concrètement », a rappelé la porte-parole du collectif dans une récente interview.

Selon l’enquête, François-Xavier Hussherr aurait opté pour ce déguisement afin de ne pas éveiller les soupçons lors de son passage dans le hall de l’immeuble. Le choix du logo Deliveroo, largement reconnu, lui aurait permis de se fondre dans le décor urbain parisien, où les livreurs sont omniprésents. Les enquêteurs estiment que cette stratégie visait à brouiller les pistes en cas de témoin ou de caméra de surveillance.