Le dossier de l’assassinat de l’animateur et directeur de la radio Amplitude FM, Martinez Zogo, prend une nouvelle tournure au Cameroun. RFI révèle que le principal enquêteur de l’affaire a pointé, ce lundi 31 août 2026, des indices accablants contre Maxime Eko Eko, ancien chef de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE). Selon le colonel Otoulou, alors commandant de la légion de gendarmerie de la région du Centre, celui-ci aurait eu connaissance de l’opération ayant conduit à la mort du journaliste en janvier 2023.

Ce qu'il faut retenir

  • Martinez Zogo, animateur et directeur de Amplitude FM, a été retrouvé mort en janvier 2023 sur un terrain vague de la banlieue de Yaoundé.
  • Le colonel Otoulou, principal enquêteur de l’affaire, a affirmé que Maxime Eko Eko, alors patron de la DGRE, était au courant de l’opération ayant mené à l’assassinat.
  • Les déclarations du colonel Otoulou ont été formulées lundi 31 août 2026, relançant les investigations autour de ce dossier.

Un témoignage clé dans une affaire toujours non élucidée

L’enquête sur la mort de Martinez Zogo, survenue il y a près de quatre ans, reste marquée par des zones d’ombre persistantes. Le journaliste, connu pour ses prises de position critiques, avait été enlevé avant d’être retrouvé sans vie. Les circonstances de sa disparition et de son assassinat alimentent depuis des théories variées. Le colonel Otoulou, qui a mené les investigations initiales, apporte aujourd’hui un éclairage inédit en désignant directement l’ancien responsable des renseignements camerounais.

Selon ses déclarations, Maxime Eko Eko aurait eu vent de l’opération ayant abouti à l’enlèvement et à l’exécution de Martinez Zogo. Une affirmation qui, si elle se confirme, pourrait redessiner la cartographie des responsabilités dans cette affaire. Jusqu’à présent, les soupçons s’étaient surtout portés sur des éléments des forces de sécurité ou des intermédiaires, mais jamais sur un haut responsable de la DGRE.

La DGRE, un service sous le feu des projecteurs

La Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) est un service de renseignement camerounais souvent pointé du doigt pour ses méthodes controversées. Sous la direction de Maxime Eko Eko, entre 2021 et 2024, ce service a été associé à plusieurs affaires sensibles impliquant des opposants politiques et des journalistes. Martinez Zogo, dont l’émission dénonçait régulièrement la corruption et les abus de pouvoir, était une cible potentielle. Les révélations du colonel Otoulou suggèrent donc une possible implication directe de la DGRE dans son élimination.

Les associations de défense des droits de l’homme, comme Human Rights Watch ou Amnesty International, avaient déjà alerté sur le rôle joué par les services de renseignement dans la répression des voix critiques au Cameroun. Cette affaire pourrait ainsi confirmer leurs craintes quant à l’utilisation des structures étatiques à des fins d’intimidation ou d’élimination.

Quelles suites pour l’enquête ?

Les déclarations du colonel Otoulou, formulées près de trois ans et demi après les faits, pourraient relancer les procédures judiciaires. Jusqu’à présent, plusieurs suspects avaient été arrêtés et jugés, mais sans que l’enquête ne parvienne à établir clairement les responsabilités politiques ou institutionnelles. La mise en cause d’un ancien patron des renseignements ouvre désormais la voie à de nouvelles investigations, notamment pour vérifier les liens entre les différents acteurs impliqués.

Les avocats de la famille de Martinez Zogo ont déjà salué ces révélations, espérant qu’elles permettront enfin d’identifier tous les responsables. Pour autant, la prudence reste de mise : les services de renseignement camerounais sont réputés pour leur opacité, et les aveux directs restent rares dans ce type d’affaires.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour l’enquête. Le parquet camerounais devrait examiner les déclarations du colonel Otoulou et décider des suites à donner, notamment en termes de nouvelles auditions ou de mises en examen. Une confrontation entre l’ancien patron de la DGRE et l’enquêteur pourrait également être envisagée, si les autorités judiciaires le jugent nécessaire. Reste à voir si cette piste permettra enfin de lever le voile sur un dossier resté trop longtemps dans l’impasse.

Cette affaire soulève par ailleurs des questions plus larges sur la protection des journalistes en Afrique centrale. Malgré les engagements internationaux du Cameroun en matière de liberté de la presse, les cas de violences contre les professionnels des médias restent fréquents. Une situation qui interroge sur l’efficacité des mécanismes de prévention et de répression au sein des institutions camerounaises.