La sortie en salles, ce mercredi 12 août 2026, du premier long-métrage de la cinéaste mexicaine Fernanda Tovar, « Chicas tristes », intervient moins de six mois après son Ours de Cristal à la Berlinale 2026. Ce prix, décerné par un jury composé d’adolescents dans la section Génération, consacre une œuvre qui explore avec pudeur et précision les conséquences d’un viol commis par un proche, mettant en lumière les mécanismes du consentement et les difficultés à en parler.

Selon Franceinfo - Culture, le film s’inscrit dans une démarche artistique engagée, portée par le collectif Colmena, un réseau de réalisateurs et réalisatrices mexicains qui accompagne les projets de ses membres à chaque étape de leur création. Fernanda Tovar y dépeint une amitié indéfectible entre deux adolescentes, La Maestra et Paula, bouleversée par l’agression subie par cette dernière lors d’une soirée organisée par Daniel, un camarade de leur club de natation. Autant dire que le récit, ancré dans le quotidien, s’éloigne des clichés habituellement associés aux récits de viol pour se concentrer sur les dynamiques de la honte, de la culpabilité et du soutien mutuel.

Ce qu'il faut retenir

  • Le film « Chicas tristes », premier long-métrage de Fernanda Tovar, sort en salles le 12 août 2026 après avoir remporté l’Ours de Cristal à la Berlinale 2026.
  • L’histoire suit deux amies de 16 ans, La Maestra et Paula, dont l’une est victime d’un viol commis par un proche lors d’une soirée, explorant les thèmes du consentement et de la difficulté à en parler.
  • Fernanda Tovar aborde le sujet sans voyeurisme, en privilégiant l’émotion et le sensible, notamment à travers le corps et les silences des personnages.
  • Le film a été réalisé dans le cadre du collectif Colmena, qui soutient les cinéastes mexicains tout au long de leur processus créatif.
  • Avec une durée de 1h30, le film est distribué en France par Wild Bunch Distribution et met en scène les actrices mexicaines Darana Alvarez et Rocio Guzman.

Une amitié brisée par un drame aux conséquences multiples

La trame de « Chicas tristes » s’articule autour de l’amitié fusionnelle entre La Maestra et Paula, deux adolescentes de 16 ans issues d’un quartier modeste du Mexique. Leur complicité, forgée dans la préparation des Jeux panaméricains juniors de natation, vole en éclats après une soirée organisée par Daniel, un membre de leur club. Ce qui devait être une simple rencontre entre amis bascule dans l’horreur lorsque Paula est victime d’un viol commis par ce garçon qu’elle appréciait. L’agression, loin des stéréotypes de l’agresseur inconnu dans un lieu isolé, se déroule dans un cadre familier, ce qui renforce la complexité des émotions ressenties par la jeune fille.

Comme le rapporte Franceinfo - Culture, Fernanda Tovar souligne que « l’histoire n’aurait pas été la même si Paula avait vécu la même chose avec un garçon qu’elle ne voyait pas tous les jours ». Ce choix narratif permet d’aborder les nuances du consentement, la difficulté à nommer l’acte subi, et la culpabilité qui ronge parfois l’entourage. La Maestra, rongée par l’idée d’avoir elle-même suggéré à Paula que Daniel lui plaisait, incarne cette détresse silencieuse de l’amie qui ne sait comment aider sans aggraver la situation. Le film évite les pièges du mélodrame pour se concentrer sur la complexité des relations humaines et la quête de résilience.

Un traitement artistique sobre et évocateur

Pour traduire l’indicible, Fernanda Tovar a opté pour une approche sensorielle, où le visible et l’invisible s’entremêlent. La caméra scrute les visages et les corps, capturant les tremblements intérieurs qui agitent les deux jeunes femmes après l’agression. La réalisatrice explique avoir voulu montrer « un refus catégorique de renoncer à notre droit à l’espace et à la poursuite de nos rêves », une idée qui structure le récit jusqu’à son dénouement.

Le film joue sur les contrastes entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine pour illustrer cette difficulté à exprimer l’indicible. Alors que les algorithmes regorgent de définitions précises sur le viol, les personnages peinent à trouver les mots justes. « J’ai trouvé intéressant le contraste entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine : la première regorge de mots éloquents et de définitions pour tout, tandis que la seconde est très maladroite dans son langage et sa terminologie, mais capable d’apporter du soutien et de communiquer par un regard ou un toucher », a déclaré la cinéaste. Cette opposition sert de fil rouge à une réflexion sur la communication, la honte et la reconstruction.

Des personnages masculins loin des clichés pour nuancer le récit

Fernanda Tovar a également veillé à ne pas tomber dans les stéréotypes en matière de représentation masculine. Le père de Paula, empathique et à l’écoute, incarne une figure paternelle bienveillante, tandis que le frère de La Maestra, fantasque et excentrique, apporte une touche de légèreté malgré le drame. L’ami transgenre des deux jeunes femmes, présent de manière discrète mais essentielle, rappelle que le soutien peut venir de là où on ne l’attend pas. Ces choix de casting contribuent à enrichir le propos du film, en montrant que la violence et la solidarité transcendent les genres et les rôles traditionnels.

Le film explore ainsi toutes les facettes de l’événement traumatique : la sidération de Paula, l’impuissance de son amie, l’incompréhension des adultes, et la quête désespérée de retrouver une forme de normalité. Les scènes où La Maestra tente de consoler Paula en partageant avec elle des expériences physiques intenses — plonger du plus haut plongeoir de nuit, consommer de la drogue, ou encore observer une éclipse — illustrent cette tentative de retrouver un ancrage dans un monde devenu chaotique.

Et maintenant ?

La sortie de « Chicas tristes » dans un contexte de prise de conscience croissante autour des violences sexuelles pourrait prolonger le débat initié par la Berlinale. Le film, salué pour sa justesse et son absence de voyeurisme, pourrait servir de support à des discussions dans les milieux éducatifs ou associatifs, notamment sur la prévention des violences et l’accompagnement des victimes. La question de la diffusion de ce type d’œuvres en milieu scolaire, déjà abordée pour d’autres films à thème social, pourrait revenir sur le devant de la scène dans les prochains mois.

Une œuvre salutaire portée par deux jeunes actrices mexicaines

Porté par les performances remarquables de Darana Alvarez dans le rôle de La Maestra et de Rocio Guzman dans celui de Paula, « Chicas tristes » se distingue par son authenticité et sa sensibilité. Les deux actrices, peu connues du public français avant ce film, incarnent avec justesse la complexité des émotions de leurs personnages, entre colère, tristesse et résilience. Leur alchimie à l’écran renforce l’impact du récit, en faisant de ce premier long-métrage une œuvre à la fois personnelle et universellement accessible.

Produit entre le Mexique, l’Espagne et la France, le film bénéficie d’une distribution internationale, portée par Wild Bunch Distribution. Après une avant-première remarquée en Allemagne et une diffusion attendue dans plusieurs pays européens, « Chicas tristes » pourrait bien s’imposer comme une référence dans le paysage cinématographique contemporain, à l’heure où les questions de consentement et de violence de genre occupent une place centrale dans les débats sociétaux.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet, le film s’accompagne d’un livret pédagogique destiné aux enseignants et aux associations, afin d’aborder avec justesse les thèmes qu’il soulève. Une initiative qui confirme la volonté des équipes du film de transformer l’expérience cinématographique en un véritable outil de réflexion collective.

Le film de Fernanda Tovar met en lumière la complexité du consentement et les conséquences d’un viol commis par un proche, tout en insistant sur l’importance du soutien entre proches et de la résilience. Il évite les clichés pour offrir une réflexion nuancée sur la honte, la culpabilité et la reconstruction.