La Corée du Nord continue de figurer parmi les pays les plus fermés et répressifs au monde en matière de droits humains. Selon RFI, Elizabeth Salmon, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans ce pays, a dressé un bilan alarmant de la répression en vigueur, notamment depuis la pandémie de Covid-19. Elle intervenait lors du 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, organisé à Paris ces derniers jours.

Ce qu'il faut retenir

  • Augmentation des condamnations à mort en Corée du Nord depuis 2020, selon Elizabeth Salmon, rapporteuse de l’ONU.
  • Des exécutions publiques seraient toujours pratiquées, notamment pour des motifs liés à la consommation de médias étrangers.
  • Le pays maintient une fermeture quasi totale à l’égard du monde extérieur depuis la pandémie.
  • Les séries sud-coréennes restent un sujet de répression extrême, pouvant entraîner des peines capitales.

Une répression qui s’intensifie depuis la pandémie

Elizabeth Salmon a confirmé que les restrictions imposées par Pyongyang se sont durcies depuis 2020. D’après ses observations, relayées par RFI, le régime nord-coréen a accentué sa politique de terreur pour contrôler la population, en réponse aux craintes liées à la propagation du Covid-19. La fermeture des frontières et l’isolement accru du pays ont servi de prétexte à une surveillance encore plus stricte, avec des conséquences dramatiques pour les droits fondamentaux.

« Personne ne sait vraiment ce qui se passe là-bas », a-t-elle déclaré lors de son intervention, soulignant l’opacité totale qui entoure les pratiques judiciaires et pénales du régime. Pour la rapporteuse, cette situation aggrave une crise humanitaire déjà bien documentée par les organisations internationales.

Les exécutions publiques et les médias sud-coréens, cibles privilégiées

Parmi les pratiques les plus choquantes dénoncées par Elizabeth Salmon figurent les exécutions publiques. Ces dernières seraient régulièrement utilisées comme moyen de dissuasion pour des délits considérés comme graves par le régime, comme la diffusion ou la consommation de contenus médiatiques étrangers. Selon elle, regarder ou posséder des séries sud-coréennes peut entraîner une condamnation à mort.

«

Le simple fait d’avoir accès à des contenus en provenance de Corée du Sud est désormais passible de la peine capitale. Les autorités nord-coréennes qualifient cela de ‘crime de trahison contre la patrie’.
» Ces déclarations confirment les rapports d’ONG comme Amnesty International, qui ont déjà alerté sur l’escalade des violences d’État dans le pays.

Un isolement qui isole aussi la communauté internationale

La Corée du Nord maintient depuis des années une politique d’autarcie totale, mais la pandémie a servi à justifier un durcissement sans précédent. Elizabeth Salmon a rappelé que les rares observateurs autorisés à se rendre sur place – diplomates, humanitaires ou journalistes – sont soumis à des restrictions drastiques. « On nous interdit tout accès aux prisons ou aux centres de détention, a-t-elle expliqué. Les informations que nous recevons proviennent principalement de témoignages de réfugiés ou de rapports indirects. »

Cette opacité systématique rend difficile toute évaluation précise de l’ampleur des violations, même si les indicateurs disponibles – exécutions, camps de travail, disparitions forcées – dessinent un tableau particulièrement sombre.

Et maintenant ?

Elizabeth Salmon a indiqué que son prochain rapport à l’ONU, prévu pour fin 2026, devrait contenir de nouvelles preuves accablantes sur les pratiques nord-coréennes. Elle a également appelé la communauté internationale à renforcer les mécanismes de pression, notamment via des sanctions ciblées contre les responsables du régime. Cependant, Pyongyang continue de rejeter toute ingérence extérieure, qualifiant ces accusations de « propagande hostile ». La rapporteuse a conclu que, sans une mobilisation accrue, la situation des droits de l’homme en Corée du Nord pourrait encore se dégrader d’ici les prochains mois.

Ce constat intervient alors que le 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, qui s’est tenu à Paris, a réuni des experts et des militants du monde entier pour discuter des moyens de lutter contre la peine capitale. La Corée du Nord, aux côtés de l’Iran et de la Chine, reste l’un des pays les plus actifs en matière d’exécutions judiciaires, selon les dernières estimations disponibles.