Alors que le film Ulysse de Christopher Nolan triomphe en salles cet été, le public redécouvre une œuvre majeure de la littérature antique. Pourtant, l’Odyssée ne représente qu’une infime partie d’un ensemble bien plus vaste : le Cycle troyen. Selon Le Figaro, ce corpus de poèmes antiques, qui détaillait les aventures des héros de la guerre de Troie, a en grande partie disparu. Seuls deux textes attribués à Homère, l’Iliade et l’Odyssée, nous sont parvenus intacts. Le reste, incluant des récits comme le sac de Troie ou les péripéties d’Ulysse après son retour, n’est connu que par des fragments cités par des auteurs ultérieurs, ou a tout simplement sombré dans l’oubli.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Cycle troyen, ensemble de poèmes antiques sur la guerre de Troie, est aujourd’hui en grande partie perdu, hormis l’Iliade et l’Odyssée d’Homère.
  • Des progrès scientifiques récents laissent espérer la redécouverte de fragments inédits, notamment via l’étude de papyrus carbonisés par l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C.
  • Parmi les récits manquants figurent des épisodes clés comme la ruse du cheval de Troie ou les aventures d’Ulysse après son retour à Ithaque.
  • Les textes du Cycle troyen étaient initialement transmis oralement avant d’être consignés par écrit, ce qui explique leur fragilité face au temps.

Parmi les épisodes aujourd’hui disparus, on compte notamment les retours des héros grecs en Méditerranée, les aventures postérieures d’Ulysse, ou encore des récits sur la chute de Troie. « Les récits troyens sont des poèmes qui ont été clamés avant que l’écriture ne se généralise », explique Le Figaro, soulignant que ces œuvres étaient destinées à être récitées plutôt que lues. Leur transmission dépendait donc de la mémoire des aèdes, ces poètes itinérants qui parcouraient la Grèce antique.

Cependant, une lueur d’espoir émerge des ruines d’Herculanum. En 79 ap. J.-C., l’éruption du Vésuve a enseveli cette cité romaine sous une couche de cendres et de pierres ponces, préservant par miracle des milliers de rouleaux de papyrus carbonisés. Parmi eux, certains pourraient contenir des extraits du Cycle troyen, jusqu’ici ignorés. Les techniques modernes d’imagerie et d’intelligence artificielle permettent désormais d’explorer ces documents fragiles sans les endommager. En 2026, des chercheurs ont réussi à déchiffrer partiellement certains de ces papyrus, révélant des passages jusqu’alors inconnus.

Parmi les découvertes potentielles, les scientifiques espèrent retrouver des fragments attribués à des auteurs comme Stasinos de Chypre ou Arctinos de Milet, deux poètes grecs ayant contribué au Cycle troyen. Leurs œuvres, mentionnées par des auteurs ultérieurs comme Pausanias ou Proclus, pourraient enfin voir le jour. « C’est une piste sérieuse pour compléter les trous de notre connaissance », précise Le Figaro. Jusqu’à présent, seules des citations éparses ou des résumés tardifs permettaient d’entrevoir le contenu de ces récits. La possibilité de lire des pages entières changerait radicalement notre compréhension de la mythologie grecque.

Un enjeu scientifique et culturel majeur

La redécouverte de ces textes ne serait pas seulement une avancée académique. Elle offrirait aussi un éclairage nouveau sur des épisodes mythiques souvent évoqués, mais jamais décrits en détail. Par exemple, le cheval de Troie, symbole de la ruse d’Ulysse, n’est détaillé dans aucun texte antique conservé. De même, les aventures d’Ulysse après son retour à Ithaque, évoquées dans l’Odyssée, pourraient être complétées par des récits aujourd’hui perdus. « Ces textes pourraient révéler des nuances insoupçonnées sur les personnages et les événements », souligne Le Figaro.

Les papyrus d’Herculanum ne sont pas les seuls témoignages de cette époque à avoir survécu. D’autres sites archéologiques, comme Oxyrhynchos en Égypte, ont livré des fragments de textes antiques. Cependant, leur état de conservation reste souvent précaire. Les rouleaux d’Herculanum, en revanche, bénéficient d’un contexte exceptionnel : l’éruption du Vésuve a créé une capsule temporelle naturelle, protégeant les documents de l’humidité et des variations climatiques. Depuis leur découverte au XVIIIe siècle, les fouilles menées sur place ont permis de récupérer plus de 1 800 rouleaux, dont une majorité est encore inexploitée.

Les méthodes de lecture ont évolué au fil des siècles. Jusqu’à présent, les scientifiques devaient dérouler délicatement les papyrus, risquant de les réduire en poussière. Désormais, des techniques d’imagerie multispectrale, combinées à l’intelligence artificielle, permettent de distinguer les caractères sans toucher aux documents. En 2025, une équipe internationale a annoncé avoir identifié des mots grecs sur un papyrus jusqu’alors illisible. Ces avancées ouvrent la voie à une exploration systématique des rouleaux restants.

Les limites d’une quête aux résultats encore incertains

Malgré l’optimisme des chercheurs, plusieurs obstacles subsistent. D’abord, la fragilité des papyrus impose une extrême prudence. Certains rouleaux, comme ceux du Philodème de Gadara, un philosophe épicurien dont les œuvres ont été retrouvées à Herculanum, sont déjà trop endommagés pour être déchiffrés. Ensuite, l’attribution des textes à un auteur précis reste un défi. Les poèmes du Cycle troyen étaient souvent anonymes ou attribués à plusieurs mains, ce qui complique leur classification.

Par ailleurs, même si des fragments inédits sont découverts, leur interprétation posera des questions. Les récits mythologiques étaient en constante évolution, et les versions variaient selon les régions et les époques. Un passage attribué à Arctinos de Milet pourrait ainsi différer significativement d’une version citée par un auteur romain comme Virgile. « Il faudra croiser ces sources avec d’autres témoignages pour établir une version cohérente », explique Le Figaro.

Enfin, le financement des recherches reste un enjeu. Les fouilles à Herculanum, menées sous l’égide de l’Institut d’Herculanum, dépendent en partie de subventions publiques et de mécénat. En 2026, le gouvernement italien a annoncé une enveloppe supplémentaire de 5 millions d’euros pour accélérer les travaux, mais les besoins restent colossaux. « Sans investissements supplémentaires, certains rouleaux pourraient attendre des décennies avant d’être étudiés », alerte un chercheur cité par Le Figaro.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à affiner les techniques de lecture des papyrus et à former une équipe pluridisciplinaire pour analyser les fragments potentiellement liés au Cycle troyen. Une première publication scientifique pourrait intervenir d’ici fin 2026, si les analyses confirment l’intérêt des passages découverts. À plus long terme, les chercheurs espèrent mettre en place une base de données publique des rouleaux d’Herculanum, accessible aux universitaires du monde entier. Pour l’heure, la quête de ces textes perdus reste une aventure scientifique où chaque découverte, même minime, pourrait réécrire une page de l’histoire antique.

Si ces recherches aboutissent, elles ne se limiteront pas à combler des lacunes littéraires. Elles pourraient aussi offrir un nouveau regard sur la société grecque antique, ses valeurs et ses croyances. Après tout, comme le rappelle Le Figaro, « l’Odyssée et l’Iliade ne sont que la partie émergée d’un iceberg culturel bien plus vaste ».

Le Cycle troyen était principalement transmis oralement, ce qui le rendait vulnérable à la perte ou à la transformation au fil des siècles. Contrairement à Homère, dont les œuvres ont été rapidement transcrites, ces poèmes n’ont pas bénéficié d’une conservation systématique. Leur contenu nous parvient donc via des citations tardives ou des résumés, comme ceux de Proclus au Ve siècle apr. J.-C.

Les chercheurs se concentrent actuellement sur l’analyse de rouleaux encore inexplorés, notamment ceux stockés dans les réserves de l’Institut d’Herculanum. Grâce à l’imagerie hyperspectrale, ils espèrent identifier des passages attribuables à des auteurs comme Stasinos de Chypre ou Arctinos de Milet d’ici 2027. Une publication groupée de ces résultats est prévue pour 2028.