Une semaine seulement après une première découverte majeure à Sardes, dans l’ouest de la Turquie, les archéologues turcs ont mis au jour une seconde statue antique de grandes dimensions. Ces trouvailles, annoncées par le ministère de la Culture et du Tourisme, s’inscrivent dans le cadre de fouilles menées sur deux sites historiques majeurs du pays, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Une statue colossale en marbre de plus de 2,2 mètres, datant de 470 à 450 av. J.-C., découverte à Sardes, ancienne capitale de la Lydie et classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
  • L’œuvre représente un personnage portant un himation et un chiton, avec une offrande dans la main droite, probablement une pomme.
  • Une seconde statue, datée du dernier quart du IIe siècle apr. J.-C., a été exhumée à Aspendos, représentant le dieu Asclépios accompagné de son fils Télésphore.
  • Les deux statues feront l’objet d’une restauration avant d’être exposées, respectivement au musée de Manisa et à celui d’Aspendos.
  • Ces découvertes éclaireront les historiens sur les cultes, les croyances et la vie sociale de ces périodes anciennes.

À Sardes, une statue enfouie pour marquer une rue romaine

Le 3 août 2026, une équipe d’archéologues a exhumé une statue colossale en marbre dans l’ancienne cité de Sardes, située à l’ouest de l’actuelle Turquie et classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Selon Le Figaro, les fouilles ont révélé une œuvre de plus de 2,2 mètres de hauteur, retrouvée en deux parties sous une voie romaine. Le ministre turc de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy, a salué la découverte d’« un des rares exemples de statue monumentale en marbre de la période allant de 470 à 450 avant notre ère ».

L’œuvre, enfouie face contre terre pour servir de remblai, représente un personnage vêtu d’un himation, manteau épais de la Grèce antique, et d’un chiton à rayures. Cette association vestimentaire, inhabituelle, témoignerait selon les chercheurs de l’influence des populations lydiennes, qui dominèrent Sardes jusqu’en 547 av. J.-C. Le personnage tient dans sa main droite un fruit, probablement une offrande destinée à une divinité. Les spécialistes estiment que cette statue pourrait avoir été sculptée sous l’influence des modèles grecs, tout en intégrant des conventions locales.

Après une restauration sous la supervision de la Direction générale du patrimoine culturel et des musées de Turquie, la statue sera exposée au musée de Manisa, installé dans la mosquée Muradiye, un bâtiment historique de la région.

À Aspendos, le dieu de la médecine Asclépios sort de l’ombre

Trois jours après la découverte sardienne, une seconde statue monumentale a été mise au jour dans la cité gréco-romaine d’Aspendos, située à une quarantaine de kilomètres à l’est d’Antalya, sur les bords de la Méditerranée. Selon Le Figaro, les archéologues ont exhumé l’œuvre parmi les vestiges de l’aile nord de la Porte monumentale, sur la façade ouest de la place orientale de la rue du Théâtre. Datée du dernier quart du IIe siècle de notre ère, cette statue représente Asclépios, dieu grec de la médecine, sous les traits d’un homme mûr aux longs cheveux et à la barbe fournie.

À ses côtés, une statue plus petite figurant Télésphore, troisième fils d’Asclépios, a également été découverte. Ce dernier est associé aux rituels de guérison et de convalescence dans la mythologie antique. Mehmet Nuri Ersoy a déclaré que ces vestiges permettront aux historiens d’approfondir leurs connaissances « sur les cultes de la santé, les croyances et la vie sociale à Aspendos ». Les deux statues, une fois restaurées, devraient rejoindre les collections du musée local.

Des découvertes qui réécrivent l’histoire locale

Ces deux trouvailles, survenues à quelques jours d’intervalle, offrent un éclairage nouveau sur les périodes historiques concernées. À Sardes, la statue colossale en marbre éclaire l’art et les pratiques religieuses de la Lydie antique, un royaume qui joua un rôle clé dans l’histoire de l’Asie Mineure avant sa chute face aux Perses. Selon les archéologues, l’influence des traditions lydiennes sur les sculptures de cette époque est encore mal connue, autant dire que ce vestige pourrait bien devenir une référence pour les spécialistes.

Côté Aspendos, la représentation d’Asclépios et de Télésphore renforce l’importance des cultes médicaux dans cette cité portuaire florissante sous l’Empire romain. La présence de ces statues dans un édifice public souligne le lien entre santé, religion et vie quotidienne dans l’Antiquité. Pour les autorités turques, ces découvertes s’inscrivent dans une dynamique plus large de valorisation du patrimoine archéologique national, alors que la Turquie mise sur l’attractivité culturelle pour développer son tourisme.

Et maintenant ?

Les deux statues, actuellement en cours de restauration, devraient être exposées d’ici la fin de l’année 2026, respectivement au musée de Manisa et à celui d’Aspendos. Le ministère turc de la Culture et du Tourisme a indiqué que ces découvertes pourraient motiver le lancement de nouvelles campagnes de fouilles sur ces sites historiques. Par ailleurs, les chercheurs prévoient d’approfondir l’analyse des vêtements et des attributs des statues, afin de préciser leur datation et leur signification exacte. Enfin, ces trouvailles pourraient être intégrées à des expositions temporaires ou permanentes, dans le cadre d’un plan de valorisation plus large du patrimoine anatolien.

Ces statues, par leur taille et leur état de conservation, constituent des pièces majeures pour les musées qui les accueilleront. Elles illustrent aussi l’importance des échanges culturels entre la Grèce antique et l’Anatolie, ainsi que la persistance des traditions locales sous les empires successifs. Pour les historiens, ces vestiges offrent une fenêtre sur des sociétés où religion, politique et vie quotidienne étaient étroitement liées. À plus long terme, elles pourraient enrichir les connaissances sur les réseaux commerciaux et artistiques de l’Antiquité, un pan de l’histoire encore en partie méconnu.

D’après les premières analyses, les statues ont été intentionnellement enfouies pour servir de remblai lors de la construction ou de l’entretien des voies romaines. Cette pratique, courante dans l’Antiquité, permettait de stabiliser les pavages tout en se débarrassant d’objets jugés obsolètes ou sacrilèges. La statue de Sardes, par exemple, était posée face contre terre, ce qui suggère qu’elle n’avait plus de valeur religieuse ou symbolique à l’époque romaine.