Depuis les élections municipales de mars 2026, plusieurs communes belges remettent en cause leurs partenariats avec des villes françaises désormais dirigées par le Rassemblement National (RN), invoquant un « cordon sanitaire ». Selon Libération, cette dynamique s’inscrit dans une volonté affichée de certains élus locaux de refuser toute collaboration avec l’extrême droite, y compris au niveau transfrontalier.
Ce qu'il faut retenir
- Huit communes belges ont déjà annoncé ou envisagé de suspendre leurs jumelages avec des villes françaises remportées par le RN en mars 2026.
- Le « cordon sanitaire » invoqué par ces élus s’appuie sur des principes démocratiques et une opposition idéologique à l’extrême droite.
- Les villes françaises concernées incluent Hénin-Beaumont, Beauvais et Hayange, dirigées par des maires du RN.
- La décision belge s’inscrit dans un contexte de tensions politiques accrues entre la France et ses voisins sur la gestion des alliances locales.
Un mouvement transfrontalier en réponse aux résultats électoraux
Le phénomène touche principalement des villes jumelles situées en Wallonie et en Flandre. Selon les informations recueillies par Libération, certaines municipalités ont justifié leur décision par un rejet catégorique des valeurs portées par le RN. À Liège, par exemple, l’échevin des Relations internationales a expliqué que « la collaboration avec des villes dirigées par l’extrême droite serait incompatible avec les valeurs de notre commune ».
D’autres communes, comme Bruges ou Namur, étudient actuellement la possibilité de suspendre leurs accords de jumelage. « On ne peut pas cautionner des discours ou des politiques qui remettent en cause les droits fondamentaux », a précisé un élu namurois sous couvert d’anonymat. Autant dire que le débat dépasse le cadre local pour s’inscrire dans une logique européenne.
Les villes françaises concernées répondent par la fermeté
Côté français, les maires du RN concernés n’ont pas tardé à réagir. À Hénin-Beaumont, où Sébastien Chenu est maire depuis 2014, la mairie a qualifié ces décisions de « puritanisme politique ». « Nous assumons pleinement notre ligne politique et nous ne laisserons pas des élus belges nous dicter notre conduite », a déclaré Chenu, selon des propos rapportés par Libération.
À Beauvais, où Julien Salingue est à la tête de la mairie depuis mars, l’équipe municipale a dénoncé une « instrumentalisation de la démocratie » de la part de ses homologues belges. « Ces jumelages sont avant tout des outils de coopération culturelle et économique. Le fait qu’ils soient aujourd’hui remis en cause montre à quel point certains élus sont prêts à sacrifier l’intérêt général pour des considérations idéologiques », a ajouté Salingue.
Un contexte politique déjà tendu en Europe
Cette crise intervient alors que les relations entre la France et plusieurs de ses voisins sont déjà sous tension, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires. En 2025, la Belgique avait déjà été critiquée par Paris pour son laxisme supposé en matière d’asile. Le gouvernement français, dirigé par une coalition incluant des partis de droite et d’extrême droite, a pour sa part réaffirmé son soutien aux jumelages, les qualifiant de « symboles de l’amitié franco-belge ».
Pour rappel, les jumelages entre villes européennes se multiplient depuis les années 1950, notamment pour renforcer les liens culturels et économiques. Leur suspension, même partielle, pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà du cadre politique local.
Pour l’instant, aucune date butoir n’a été fixée pour trancher définitivement la question. En attendant, le débat sur la légitimité des jumelages avec des villes dirigées par l’extrême droite devrait encore s’amplifier, notamment à l’approche des élections européennes de 2029.
Les élus belges invoquent principalement le « cordon sanitaire », une doctrine politique rejetant toute collaboration avec l’extrême droite. Les critères incluent également le respect des droits humains et des valeurs démocratiques, bien que ces notions restent sujettes à interprétation.
Oui. En 2019, plusieurs villes allemandes avaient déjà rompu leurs jumelages avec des communes hongroises dirigées par Viktor Orbán, en raison de ses positions jugées autoritaires. Plus récemment, des municipalités néerlandaises ont pris des mesures similaires contre des villes polonaises gouvernées par le parti Droit et Justice (PiS).