Un policier de Milwaukee a utilisé illégalement un réseau de caméras intelligentes dopées à l’IA pour espionner son ex-compagne et un ancien partenaire de celle-ci, révélant les dérives d’un système de surveillance qui suscite une colère croissante aux États-Unis. Selon Le Figaro, ces caméras, développées par l’entreprise Flock Safety, enregistrent les trajets et l’aspect de tous les véhicules circulant dans les zones où elles sont installées, avant de stocker ces données dans une base nationale accessible aux forces de l’ordre.

Ce qu'il faut retenir

  • 125 consultations illégales par un policier de Milwaukee entre mars 2025 et mai 2026, selon les documents judiciaires.
  • L’enquête a révélé que l’agent a également consulté 55 fois les déplacements d’un autre homme fréquenté par son ex-compagne.
  • Flock Safety propose un réseau de caméras équipées de reconnaissance de plaques d’immatriculation et d’analyse vidéo automatisée, utilisé par des milliers de services de police aux États-Unis.
  • Plusieurs cas de destruction volontaire de ces caméras ont été signalés, reflétant une opposition croissante à ce système.
  • Des élus et associations dénoncent une surveillance de masse, malgré l’argument commercial de Flock Safety, qui met en avant la réduction de la criminalité.

Un outil de surveillance détourné par un policier

Entre mars 2025 et mai 2026, l’agent Josue Ayala, en poste à Milwaukee, a exploité un réseau de caméras Flock Safety pour suivre les déplacements de son ex-compagne sans son consentement. D’après les éléments du dossier judiciaire, il a accédé à la base de données 125 fois durant cette période, en violation flagrante des règles d’éthique policière et de la vie privée. Le policier a également mené 55 recherches sur les trajets d’un autre homme ayant fréquenté la jeune femme, confirmant ainsi l’ampleur de son détournement de l’outil.

Pris la main dans le sac, Ayala a été arrêté et fait désormais face à des poursuites judiciaires. Ce cas illustre les risques liés à l’utilisation de technologies de surveillance avancées, conçues à l’origine pour traquer les criminels, mais détournées à des fins personnelles. Pour les avocats spécialisés dans les libertés individuelles, cette affaire souligne l’absence de garde-fous suffisants pour encadrer l’accès à ces données sensibles.

Flock Safety, un géant de la surveillance automatisée

Fondée en 2017, l’entreprise Flock Safety s’est imposée comme un acteur majeur de la vidéosurveillance intelligente aux États-Unis. Ses caméras, déployées dans plus de 4 000 villes, capturent en temps réel les plaques d’immatriculation et les caractéristiques des véhicules, avant de les croiser avec des bases de données policières et des registres nationaux. Selon les chiffres communiqués par l’entreprise, son réseau couvre aujourd’hui plus de 200 millions de véhicules circulant sur le territoire américain chaque jour.

Les services de police abonnés à Flock Safety bénéficient d’un outil puissant pour reconstituer les trajets de suspects ou identifier des véhicules liés à des infractions. Pourtant, cette technologie soulève des questions éthiques majeures. En effet, les données collectées ne concernent pas uniquement les personnes recherchées par la justice : elles incluent l’ensemble des automobilistes passant à proximité des caméras, créant ainsi une base de données de masse potentiellement exploitables à mauvais escient.

Colère et actes de vandalisme : la résistance s’organise

Depuis plusieurs mois, des mouvements citoyens et des élus locaux s’opposent à l’expansion de ces systèmes de surveillance. Plusieurs cas de destruction volontaire de caméras Flock Safety ont été recensés, notamment dans des quartiers défavorisés où la méfiance envers la police est forte. À Atlanta, par exemple, une dizaine de caméras ont été vandalisées en l’espace de trois mois, selon des rapports locaux. Ces actes reflètent un rejet plus large de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la surveillance policière, perçue comme une intrusion dans la vie privée.

Les détracteurs de Flock Safety pointent également le manque de transparence sur l’utilisation des données. Bien que l’entreprise affirme que ses caméras ne stockent que les plaques d’immatriculation et non les visages, des enquêtes indépendantes ont révélé que certaines installations capturaient également des images des conducteurs et passagers. Cette ambiguïté alimente les craintes d’une surveillance généralisée, où chaque citoyen devient un suspect potentiel.

« Ces caméras transforment chaque trajet en une donnée traçable, et cela pose un problème démocratique. Qui contrôle l’accès à ces informations ? Comment garantir que ces outils ne seront pas utilisés à des fins discriminatoires ou abusives ? »
— Emily Tucker, directrice de l’ONG Center on Privacy & Technology

Et maintenant ?

L’affaire d’espionnage impliquant Josue Ayala pourrait accélérer les discussions autour d’un encadrement plus strict des technologies de surveillance. Plusieurs élus démocrates au Congrès ont déjà déposé des projets de loi visant à limiter l’utilisation des caméras Flock Safety et à renforcer les sanctions contre les détournements de données. Une première audition est prévue au Sénat américain pour le 15 septembre 2026, où les représentants de Flock Safety seront invités à s’expliquer sur leurs pratiques.

Parallèlement, des recours juridiques sont en cours dans plusieurs États, portés par des associations de défense des droits civiques. L’enjeu ? Faire reconnaître que la collecte massive de données de circulation constitue une violation du quatrième amendement, qui protège contre les perquisitions et saisies abusives. Une décision de la Cour suprême pourrait, à terme, redéfinir les règles du jeu pour les entreprises comme Flock Safety.

Si l’affaire Ayala met en lumière les dérives individuelles, elle révèle surtout les failles d’un système où la technologie dépasse largement les garde-fous légaux. Alors que les caméras Flock Safety continuent de se multiplier, la question n’est plus seulement technique, mais bel et bien politique : jusqu’où une société est-elle prête à sacrifier sa vie privée au nom de la sécurité ?