Les femmes représentent près d’un tiers des chercheurs dans le monde, mais elles ne constituent que 19 % des membres des académies nationales des sciences, selon Futura Sciences. Un rapport international publié en 2026, fruit d’une collaboration entre l’International Science Council, l’InterAcademy Partnership et le Standing Committee for Gender Equality in Science, révèle que cet écart ne s’explique pas uniquement par un décalage générationnel. Les procédures de nomination, souvent dominées par des mécanismes informels et des réseaux masculins, entretiennent durablement ce déséquilibre.

Ce qu'il faut retenir

  • Les femmes représentent 31,1 % des chercheurs mondiaux en 2022, mais seulement 19 % des membres des académies nationales des sciences en 2025.
  • Certaines académies comptent moins de 5 % de femmes parmi leurs membres, tandis que d’autres approchent les 40 %.
  • Dans 90 % des académies interrogées, la nomination repose sur les membres en place, perpétuant ainsi les déséquilibres existants.
  • Les femmes déclarent trois fois plus souvent des obstacles à leur avancement et six fois plus souvent ne pas se sentir à égalité lors des réunions.

Une progression réelle, mais insuffisante

Entre 2015 et 2025, la part des femmes dans les académies nationales des sciences est passée de 12 % à 19 %, selon Futura Sciences. Cette amélioration, bien que notable, reste très en deçà de leur représentation globale dans la communauté scientifique. Les données, issues de plus de 130 académies et unions scientifiques internationales, confirment que l’écart se creuse à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie.

« L’égalité entre les sexes reste hors d’atteinte dans le monde universitaire », souligne le rapport. Les académies nationales des sciences et les unions disciplinaires jouent pourtant un rôle central : elles définissent les agendas de recherche, consacrent l’excellence et conseillent les gouvernements. Leur sous-représentation féminine questionne donc la légitimité même de ces institutions à refléter la diversité de la communauté scientifique.

Des procédures de nomination à revoir

L’étude met en lumière un mécanisme clé : 90 % des académies interrogées fonctionnent sur un système de cooptation, où les membres actuels proposent les nouveaux entrants. « Lorsque ces membres sont majoritairement des hommes, la procédure reconduit mécaniquement le déséquilibre existant, sans qu’aucune discrimination explicite ne soit nécessaire », explique le rapport.

Les critères de sélection, souvent opaques, favorisent les candidats issus de réseaux informels. Les femmes, moins présentes dans ces cercles, sont systématiquement moins nommées que leur poids dans le vivier des scientifiques éligibles. « Les procédures ouvertes et fondées sur le mérite affichées ne suffisent pas à corriger ces biais structurels », précise l’enquête.

Un engagement réel, mais une reconnaissance inégale

Le rapport s’appuie sur une enquête menée auprès de près de 600 scientifiques, complétée par des entretiens qualitatifs. Il révèle que les femmes participent autant que les hommes aux activités des académies : elles siègent dans les comités, assistent aux réunions et contribuent aux travaux. Pourtant, cet engagement ne se traduit pas par une progression équivalente.

Les femmes déclarent quatre fois et demie plus souvent que les hommes manquer des événements importants en raison de leurs responsabilités familiales. Lorsqu’elles y participent, elles rapportent six fois plus fréquemment ne pas se sentir en mesure de s’exprimer à égalité. « Elles sont 2,5 fois plus nombreuses à déclarer avoir subi du harcèlement ou des microagressions dans ce cadre », ajoute le document.

Des initiatives qui portent leurs fruits

Face à ces obstacles, certaines femmes ont développé des stratégies pour contourner les contraintes locales. La constitution de réseaux exclusivement féminins ou l’investissement dans des engagements internationaux sont cités comme des leviers efficaces. Le rapport recommande aux organisations de soutenir ces initiatives et de réviser leurs règles internes pour garantir une représentation plus équitable.

« Les actions de sensibilisation isolées produisent des effets limités », constate l’étude. En revanche, les académies ayant révisé leurs procédures formelles – par exemple en instaurant des quotas ou en publiant des critères de sélection transparents – enregistrent des progrès plus durables. Ces mesures, lorsqu’elles s’accompagnent de budgets et de dispositifs de suivi dédiés, permettent de briser les cycles de reproduction des inégalités.

Et maintenant ?

Le rapport appelle les institutions scientifiques à aller au-delà des déclarations d’intention. Pour les auteurs, la prochaine étape consistera à évaluer l’impact des réformes mises en place d’ici 2028. Une attention particulière sera portée aux disciplines où les écarts sont les plus marqués, comme l’ingénierie ou les sciences de l’ingénieur, où les femmes ne représentent qu’un quart des chercheurs. Les académies nationales, sous pression pour restaurer leur légitimité, pourraient être amenées à adopter des mesures contraignantes si les progrès restent trop lents.

« La sous-représentation des femmes dans la gouvernance scientifique ne tient pas à un déficit de compétences. Elle traduit des pratiques institutionnelles héritées de cultures façonnées par des communautés scientifiques longtemps dominées par les hommes. » — Extrait du rapport de l’International Science Council, 2026

Un enjeu qui dépasse la science

Cette étude intervient dans un contexte où la confiance du public envers la science reste fragile, notamment face aux défis globaux comme le changement climatique ou les pandémies. « La légitimité de la science tient en partie à la capacité de ses institutions à refléter la diversité de la communauté qu’elles représentent », rappelle Futura Sciences. Or, la sous-représentation féminine dans les instances dirigeantes interroge sur l’inclusivité des décisions prises au plus haut niveau.

Les disparités entre disciplines restent également criantes. Si les sciences sociales et humaines ont atteint une parité globale, l’ingénierie et la technologie peinent à attirer et à retenir les femmes. Les académies spécialisées dans ces domaines comptent parmi les moins représentatives : certaines affichent moins de 5 % de femmes parmi leurs membres, un chiffre qui n’a presque pas évolué depuis dix ans.

Selon le rapport de 2026, le principal facteur est le système de cooptation en vigueur dans 90 % des académies. Les membres actuels, majoritairement des hommes, proposent les nouveaux entrants, perpétuant ainsi les déséquilibres existants. Les critères de sélection, souvent opaques, favorisent les candidats issus de réseaux informels, où les femmes sont moins présentes.

Les écarts sont particulièrement marqués en ingénierie et en technologie, où les femmes ne représentent qu’un quart des chercheurs. Les académies spécialisées dans ces domaines comptent parmi les moins représentatives, avec des taux parfois inférieurs à 5 % de femmes parmi leurs membres.