La France a annoncé jeudi l’acquisition de deux nouveaux avions bombardiers d’eau Canadair, dont la livraison n’est pas attendue avant 2032, a déclaré Sébastien Lecornu depuis l’Assemblée nationale. Selon BFM Business, cette commande intervient dans un contexte d’alerte maximale face à la multiplication des incendies, avec déjà 14 500 hectares brûlés cette saison, soit trois fois plus qu’à la même date en 2025.
Ce qu'il faut retenir
- Deux nouveaux Canadair commandés par la France, livrables en 2032, mais deux autres cofinancés par l’UE doivent rejoindre la flotte dès 2028.
- La France dispose actuellement de 12 Canadair, dont l’âge moyen dépasse 30 ans, selon un rapport du Sénat de 2023.
- Le coût d’un Canadair DHC-515 s’élève à 91 millions d’euros TTC, incluant TVA, frais de douane et équipements de rechange.
- L’UE finance partiellement ces appareils via le programme RescUE, mais la France devra engager 209 millions d’euros pour deux appareils supplémentaires en 2026.
- Des alternatives françaises sont en développement, comme le Frégate-F100 de Hynaero ou le Kepplair 72, mais leurs livraisons ne sont pas attendues avant plusieurs années.
Une flotte vieillissante face à l’intensification des incendies
Depuis le début de la saison estivale, la France fait face à une recrudescence des feux de forêt, notamment dans les Pyrénées-Orientales. Selon les chiffres communiqués par le gouvernement, 14 500 hectares ont déjà brûlé, un bilan trois fois supérieur à celui de 2025. Pour y faire face, les autorités mobilisent des centaines de pompiers, des véhicules terrestres et des hélicoptères bombardiers d’eau. Pourtant, la flotte actuelle de Canadair, composée de 12 appareils, montre des signes de faiblesse : leur âge moyen dépasse 30 ans, et leur capacité opérationnelle est jugée insuffisante face à l’augmentation des incendies.
Un rapport du Sénat publié en 2023 soulignait déjà que « la flotte est performante, mais son vieillissement et sa mobilisation croissante constituent des facteurs de préoccupation ». Cette situation a conduit le président Emmanuel Macron à annoncer dès 2022 le renouvellement de cette flotte. Problème : le Canadair est produit par le constructeur canadien De Havilland, qui avait interrompu sa chaîne de production pendant plus d’une décennie, avant de la relancer officiellement en 2025. Un délai qui retarde nécessairement les projets de modernisation.
Des commandes fragilisées par des annulations budgétaires
Malgré l’urgence, les premières commandes ont connu des contretemps. En 2024, la commission des finances du Sénat avait révélé qu’un décret d’annulation de crédits de 52,8 millions d’euros, pris par le gouvernement Attal, avait contraint la Direction générale de la sécurité civile à abandonner une commande. Une décision qui avait suscité des critiques, alors que les risques d’incendies s’aggravaient. Finalement, la France s’est tournée vers le programme européen RescUE, une réserve commune de moyens de protection civile.
Ce dispositif permet à six États membres (France, Italie, Grèce, Espagne, Portugal et Croatie) de commander ensemble 12 Canadair DHC-515, une version modernisée de l’appareil. « En termes budgétaires, les coûts d’acquisition de deux DHC-515 par pays sont couverts par la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes », précise le Sénat. Chaque appareil coûte 49,4 millions d’euros hors taxe, soit un total de 98,8 millions d’euros pour deux, financés à 100 % par l’UE. Cependant, les États doivent assumer d’autres dépenses, comme la TVA (23 millions), les frais de douane (3 millions) et un lot initial de pièces détachées (entre 13 et 35 millions). Au final, le coût total d’un Canadair atteint 91 millions d’euros TTC.
La France investit massivement pour sécuriser ses approvisionnements
Pour compléter sa flotte, la France a prévu dans son budget 2026 la commande de deux Canadair supplémentaires, entièrement financés par l’État. Ces appareils, dont la livraison est prévue entre fin 2032 et courant 2033, représentent un engagement de 209 millions d’euros en autorisations d’engagements. À terme, la flotte de la sécurité civile devrait ainsi passer de 12 à 16 avions bombardiers d’eau amphibies.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a tenu à rassurer sur les délais : « La France restera particulièrement attentive au respect des calendriers de livraison ». Il a également mis en avant le rôle des industriels français, comme Kepplair et Hynaero, qui développent des alternatives locales. « On compte beaucoup sur le dynamisme des acteurs industriels français », a-t-il déclaré, évoquant des projets d’avions « avec des expérimentations » et une production industrielle envisagée autour de 2030.
Des alternatives françaises en développement, mais pas avant plusieurs années
Face aux délais de livraison des Canadair, la France mise aussi sur des solutions locales. La start-up girondine Hynaero, dirigée par un ancien de l’armée de l’Air et de la Sécurité civile, travaille sur le Frégate-F100, un aéronef capable de larguer 10 000 litres d’eau, soit près du double d’un Canadair. « Nous avons déjà signé trois lettres d’intention pour un total de 27 appareils », avait indiqué son président l’an dernier. Cependant, les premières livraisons ne sont pas attendues avant plusieurs années.
De son côté, la société Kepplair développe le Kepplair 72, un bombardier d’eau multi-rôles conçu pour des interventions rapides. Avec une capacité de 7 500 litres, il pourrait compléter la flotte existante. Enfin, Airbus propose un kit de lutte contre les incendies, compatible avec les avions de transport militaire A400M. Ce système « roll on/roll off », qui ne nécessite pas de modification de l’appareil, permet de larguer jusqu’à 20 000 litres d’eau ou de retardant. L’Espagne a d’ailleurs annoncé son déploiement pour cet été.
La situation des feux de forêt en France reste sous haute surveillance, alors que les températures estivales et les épisodes de sécheresse risquent de s’aggraver. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place et l’adéquation entre les moyens déployés et les besoins réels.
Le Canadair est produit par le constructeur canadien De Havilland, qui est le seul à fabriquer ce type d’appareil. La chaîne de production avait été arrêtée pendant plus de dix ans faute de clients, avant d’être relancée en 2025. Ce monopole explique pourquoi la France doit passer par des commandes groupées, parfois via des programmes européens, pour sécuriser ses approvisionnements.
Avec une flotte vieillissante et une saison des incendies de plus en plus précoce et intense, un retard dans la livraison des nouveaux appareils pourrait aggraver les difficultés opérationnelles des secours. Les alternatives locales, comme celles proposées par Hynaero ou Kepplair, ne seront pas disponibles avant plusieurs années, ce qui laisse peu de marge de manœuvre à court terme.