La Poste a décidé de faire rattraper aux salariés les heures non travaillées pendant les incendies qui ont touché la Gironde fin juillet, une mesure qualifiée d’« indécente » par les syndicats et de nombreux postiers. « À l’heure où tout le monde se félicite de la solidarité nationale, on a trouvé ça indécent », a déclaré Johnny Perré, facteur et secrétaire départemental à la CGT FAPT Gironde, dans des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux. Selon Le Figaro, cette décision concerne les employés dont les centres de tri ont été fermés ou rendus inaccessibles en raison des feux de forêt, qui ont débuté le 22 juillet.
Ce qu'il faut retenir
- Une vingtaine de bureaux de poste ont cessé leur activité, immobilisant environ 700 000 courriers.
- La Poste a d’abord imposé le rattrapage des heures perdues, avant de réduire cette mesure à 14 heures maximum par salarié.
- Les syndicats menacent d’un mouvement social national début septembre si la direction maintient sa position.
- Un communiqué de La Poste précise que les heures seront récupérées progressivement, notamment pendant les périodes d’activité intense.
- Le Code du travail permet théoriquement cette récupération en cas de « force majeure », mais les syndicats la jugent « inadmissible » dans ce contexte.
Une décision contestée par les salariés et les syndicats
Le 26 juillet, un mail envoyé par le directeur exécutif délégué Nouvelle-Aquitaine de La Poste aux employés évoquait une « période exceptionnelle » marquée par la fermeture de deux centres de tri à Cestas, dans la banlieue sud-ouest de Bordeaux. Ce message, consulté par Le Figaro, annonçait que les salaires seraient maintenus à 100 % et que « les heures rémunérées seraient reportées ». Il précisait également que, si un site était ouvert mais inaccessible, une activité pourrait être proposée sur un autre site, faute de quoi des congés devraient être posés. L’article L3121-50 du Code du travail autorise en effet la récupération des heures perdues en cas d’« interruption collective du travail » due à des « causes accidentelles » ou à la « force majeure ».
Pourtant, cette application de la loi a suscité une vive opposition chez les postiers. Frédéric, fonctionnaire à La Poste de Cestas depuis 32 ans, a critiqué cette décision sur BFMTV : « Je ne comprends pas : notre site était fermé, les axes routiers étaient eux-mêmes fermés. Il y avait plein de solutions, notamment bien sûr le chômage partiel. Oui, ils vont s’appuyer sur la loi, mais dans la vie, on a le droit d’être grand aussi. » Il a été rejoint par Véronique, également postière, évacuée de son domicile pendant l’incendie : « On n’a pas demandé à être évacués, on n’a pas demandé à ne pas travailler. »
Des heures à rattraper, mais pour quand ?
Johnny Perré, secrétaire départemental à la CGT FAPT Gironde, accuse La Poste de profiter de la situation. Selon lui, « tout le courrier qui devait transiter pendant les incendies a aujourd’hui été traité ». Il dénonce un calendrier de récupération des heures qui coïnciderait avec les périodes de forte activité, comme Noël ou le Black Friday : « On nous donne un an pour récupérer ces heures. Elles ne vont pas être récupérées maintenant, mais pendant les périodes très denses. Alors qu’ils ont l’habitude de payer des intérimaires pour faire face à l’accroissement de l’activité à cette période. »
Face à la pression des syndicats et des salariés, La Poste a légèrement infléchi sa position. Un communiqué publié le 6 août indique désormais que « le rattrapage des heures perdues du fait des incendies est limité à deux jours maximum selon les sites, soit jusqu’à 14 heures, à raison d’une heure supplémentaire par jour ». Cette mesure ne concerne pas les « collaborateurs qui étaient en congé ou en arrêt maladie au moment des incendies ». Le communiqué précise aussi que « les congés déjà posés n’ont pas été remis en cause et qu’aucun collaborateur n’a été contraint de prendre des congés payés qu’il n’avait pas prévus ».
La menace d’un mouvement social national
Malgré cette concession, les syndicats restent fermes. Johnny Perré a prévenu : « Si La Poste continue sur cette voie, il y aura un mouvement social très important début septembre, on espère sur toute la France. On est en train d’en discuter. » Une réunion extraordinaire du Comité social et économique, réunissant les dirigeants et les représentants du personnel, est prévue ce mardi 12 août. Les syndicats réclament notamment une autorisation spéciale d’absence pour les salariés n’ayant pas pu se rendre dans des centres ouverts.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sociales au sein de La Poste. L’entreprise, bien que bénéficiaire, fait régulièrement face à des critiques sur la gestion de ses ressources humaines et ses méthodes de travail. Les syndicats dénoncent une logique de rentabilité qui, selon eux, prime sur les conditions de travail des postiers, surtout en période de crise.
« On nous donne un an pour récupérer ces heures. Elles ne vont pas être récupérées maintenant, mais pendant les périodes très denses comme Noël ou le Black Friday. »
— Johnny Perré, secrétaire départemental à la CGT FAPT Gironde
Les prochaines semaines seront donc décisives pour l’avenir des relations sociales au sein de La Poste. Les salariés, déjà éprouvés par les incendies, attendent une réponse concrète de leur direction, alors que les syndicats menacent de passer à une phase d’action plus radicale. La situation rappelle les tensions récurrentes dans les entreprises publiques, où les impératifs économiques entrent souvent en conflit avec les attentes des employés.
La Poste s’appuie sur l’article L3121-50 du Code du travail, qui permet la récupération des heures perdues en cas d’interruption collective du travail due à des causes accidentelles ou à la force majeure. La direction considère que les fermetures des centres de tri à Cestas, liées aux incendies, entrent dans ce cadre légal.
Non. Selon le communiqué de La Poste publié le 6 août, « les congés déjà posés n’ont pas été remis en cause et aucun collaborateur n’a été contraint de prendre des congés payés qu’il n’avait pas prévus ».