Lors du Forum de l’industrie de défense organisé dans le cadre du sommet de l’OTAN à Ankara, l’Alliance atlantique et le gouvernement suédois ont annoncé, selon Euronews FR, leur intention d’acquérir jusqu’à dix avions GlobalEye, un système de surveillance et de commandement aéroporté développé par le groupe suédois Saab. Ce choix vise à remplacer les actuels Boeing E-3A, une flotte vieillissante en service depuis 1982 au sein de l’OTAN.

Ce qu'il faut retenir

  • L’OTAN envisage d’acheter jusqu’à dix appareils GlobalEye pour moderniser sa flotte de surveillance aérienne, actuellement composée de 14 Boeing E-3A.
  • Le GlobalEye, basé sur la plateforme Global 6500 de Bombardier, promet une couverture de détection de plus de 550 km, supérieure aux capacités actuelles de l’OTAN.
  • Ce projet est soutenu par 11 pays membres de l’Alliance, dont l’Allemagne, la France et la Suède, mais aucun contrat n’a encore été signé.
  • Les livraisons pourraient débuter en 2030 si les négociations aboutissent rapidement, selon les déclarations de Saab.
  • Ce choix intervient après l’échec d’un précédent projet visant le Boeing E-7A Wedgetail, abandonné en 2025 pour des raisons budgétaires.

Un système de surveillance stratégique pour l’OTAN

Le GlobalEye, développé par Saab, se présente comme une solution innovante pour répondre aux besoins croissants de l’OTAN en matière de surveillance aérienne, maritime et terrestre. Contrairement à la plupart des moyens militaires de l’Alliance, ces appareils ne seront pas gérés par un seul État membre, mais directement par l’OTAN elle-même. Selon le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, ce système offre « le type de connaissance avancée de la situation dont les systèmes de défense modernes ont besoin pour lutter contre les drones, les missiles et d’autres types de menaces ».

Le GlobalEye combine des capteurs actifs et passifs longue portée, permettant de détecter et suivre des objets à plus de 550 kilomètres, un rayon bien supérieur aux 400 km couverts par les Boeing E-3A actuels. Avec une autonomie de vol de plus de 11 heures, contre 10 heures pour les appareils en service, il offre également une endurance accrue. L’OTAN qualifie ces systèmes de « yeux dans le ciel », soulignant leur rôle central dans la détection précoce des menaces.

Une plateforme technologique avancée

Le GlobalEye repose sur la plateforme Global 6500, un jet d’affaires modifié développé par le constructeur canadien Bombardier. Ce choix technologique permet à Saab de proposer un appareil alliant performances de vol et coûts de maintenance réduits, un argument commercial majeur pour l’OTAN. Selon un communiqué du gouvernement suédois, cette combinaison en fait une solution compétitive face aux autres systèmes de surveillance aéroportée disponibles sur le marché.

Saab met en avant sa capacité à assurer une surveillance « en temps réel » depuis une seule plateforme, une caractéristique qui le distingue des autres solutions AEW&C (Airborne Early Warning & Control). Bien que l’OTAN n’ait pas encore communiqué de chiffre équivalent à celui des Boeing E-3A — un appareil contrôlant une zone de la taille de la Pologne —, le GlobalEye promet une couverture bien plus étendue. Trois appareils coordonnés pourraient ainsi couvrir en continu l’ensemble de l’Europe centrale, offrant une visibilité sans précédent sur les mouvements aériens, maritimes et terrestres.

Un projet soutenu par une coalition de pays membres

L’acquisition du GlobalEye bénéficie du soutien de 11 pays de l’OTAN : la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Allemagne, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Roumanie et la Suède. Cette coalition reflète l’importance accordée à la modernisation des capacités de surveillance de l’Alliance, alors que les tensions géopolitiques et les nouvelles menaces — drones, missiles hypersoniques, cyberattaques — rendent cette fonction plus cruciale que jamais.

Cependant, aucun contrat n’a encore été signé. Selon Micael Johansson, directeur général de Saab, les négociations formelles avec l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition devraient débuter prochainement. Il a précisé au quotidien suédois Dagens Nyheter que, si les discussions aboutissent rapidement, les premières livraisons pourraient intervenir en 2030. « C’est une étape importante pour Saab et pour la sécurité collective en Europe », a-t-il souligné.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes, car l’OTAN et Saab doivent finaliser les termes techniques et financiers d’un accord potentiel. Si les négociations aboutissent, l’Alliance disposera d’ici la fin de la décennie d’une flotte de surveillance modernisée, capable de répondre aux défis sécuritaires des années 2030. Reste à savoir si les autres États membres de l’OTAN, non encore signataires du projet, rejoindront cette initiative avant la signature définitive.

Un échec précédent et une nouvelle donne stratégique

Ce choix du GlobalEye marque la deuxième tentative de l’OTAN pour remplacer ses Boeing E-3A vieillissants. En 2023, l’Alliance avait opté pour le Boeing E-7A Wedgetail, un appareil similaire, mais ce projet a été abandonné en 2025 après que l’armée de l’air américaine a retiré l’appareil de son budget. Cette volte-face a contraint l’OTAN à relancer un appel d’offres, aboutissant au choix du GlobalEye suédois.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de réarmement européen et de renforcement des capacités de défense collective face aux risques émergents. Comme l’a rappelé Pål Jonson lors du sommet d’Ankara, « dans une situation de sécurité grave, la capacité à détecter les menaces en amont et à contrôler les opérations dans les airs, en mer et au sol devient de plus en plus importante ». Le GlobalEye pourrait donc jouer un rôle clé dans cette stratégie, en offrant une visibilité accrue sur les mouvements militaires et les activités suspectes à travers l’Europe et au-delà.

Des enjeux industriels et technologiques majeurs

Pour Saab, ce contrat représenterait une victoire majeure sur le marché de la défense européenne, dominé jusqu’ici par les groupes américains. Le GlobalEye pourrait également servir de vitrine technologique pour le groupe suédois, qui mise sur l’exportation de ses solutions de surveillance et de commandement aéroporté. D’autres pays, notamment en Asie et au Moyen-Orient, suivent de près l’évolution de ce projet.

Sur le plan industriel, ce choix pourrait aussi renforcer la coopération entre Saab et Bombardier, déjà partenaires sur la plateforme Global 6500. Pour l’OTAN, il s’agit d’une opportunité de diversifier ses sources d’approvisionnement, réduisant ainsi sa dépendance envers les États-Unis dans un domaine aussi sensible que la surveillance aérienne.

Reste désormais à attendre la conclusion des négociations, dont les contours techniques et financiers pourraient être dévoilés d’ici la fin de l’année. Une chose est sûre : ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des capacités militaires de l’Alliance, alors que le paysage sécuritaire mondial se complexifie.

Le projet du Boeing E-7A Wedgetail a été abandonné en 2025 après que l’armée de l’air américaine a retiré l’appareil de son budget. Cette décision, motivée par une réallocation des ressources vers des capacités de surveillance spatiale, a contraint l’OTAN à relancer un appel d’offres pour moderniser sa flotte de surveillance aérienne.

Si un accord est conclu rapidement entre l’OTAN et Saab, les premières livraisons pourraient intervenir en 2030. Cependant, ce calendrier dépendra des résultats des négociations en cours, qui pourraient s’étendre sur plusieurs mois.