Les membres de l’Alliance atlantique ont officialisé mardi à Ankara une série de contrats militaires d’un montant total de plusieurs dizaines de milliards de dollars, lors d’un sommet marqué par la présence du président américain Donald Trump. Selon BFM Business, ces annonces illustrent la volonté de l’Otan d’accélérer le renforcement de ses capacités de défense, notamment face à la montée des tensions et aux pressions exercées par Washington pour augmenter les dépenses militaires européennes.
Ce qu'il faut retenir
- Un investissement de 40 milliards de dollars sur cinq ans pour développer des capacités de lutte contre les drones, dont l’acquisition de drones MQ-4C Triton de Northrop Grumman.
- La création d’une flotte stratégique d’avions de transport A400M d’Airbus et l’ajout d’un A330 MRTT pour le ravitaillement.
- Le lancement d’une initiative commune pour stocker et gérer des réserves de matériaux critiques, réunissant douze pays membres.
- Les dépenses militaires européennes et canadiennes ont augmenté de 20 % en 2025, atteignant plus de 570 milliards de dollars.
- Donald Trump pourrait annoncer le retour de la Turquie dans le programme F-35, dont elle avait été exclue en 2019.
Un sommet sous haute tension politique et militaire
Réunis en Turquie pour le sommet de l’Otan, les dirigeants des pays membres ont dévoilé une série d’initiatives destinées à renforcer les capacités de défense de l’Alliance. Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, a ouvert la cérémonie en insistant sur la nécessité d’une coopération accrue entre les membres. « Nous pouvons faire davantage lorsque nous agissons ensemble. Et nous devons faire davantage », a-t-il déclaré lors de son discours, retransmis en direct depuis Ankara. Le montant total des contrats, projeté sur un écran géant, a mis en lumière l’ampleur des engagements pris.
Ces annonces interviennent dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient, où les stocks d’armement américains sont fortement sollicités. Les États-Unis, dont les alliés européens sont sous pression pour accroître leurs dépenses militaires, ont multiplié les exhortations en ce sens ces dernières années. En 2025, les dépenses de défense des membres européens de l’Otan et du Canada ont progressé de 20 %, soit 90 milliards de dollars supplémentaires par rapport à 2024, pour atteindre un total de 570 milliards de dollars.
Des drones MQ-4C Triton pour compléter la flotte de surveillance de l’Otan
Parmi les contrats les plus significatifs figure l’acquisition de cinq drones de surveillance MQ-4C Triton, fabriqués par le groupe américain Northrop Grumman. Quatre pays – la Norvège, la Finlande, l’Allemagne et le Danemark – ont signé une lettre d’intention pour cet achat, qui viendra renforcer la flotte actuelle de drones RQ-4D Phoenix basée à Sigonella, en Italie. Ces appareils, conçus pour des missions de surveillance à haute altitude, devraient permettre à l’Otan de mieux couvrir les zones stratégiques en Europe et au-delà.
Le MQ-4C Triton, déjà déployé par l’US Navy, est équipé de capteurs avancés pour la détection et le suivi de cibles aériennes et maritimes. Son intégration dans les capacités de l’Alliance s’inscrit dans le cadre du programme de surveillance terrestre de l’Otan, un outil clé pour la détection précoce des menaces.
Une flotte stratégique d’A400M et des initiatives industrielles communes
L’Alliance a également annoncé la création d’une flotte stratégique composée d’avions de transport A400M, produits par Airbus. Ces appareils, déjà utilisés par plusieurs pays européens, sont appréciés pour leur polyvalence et leur capacité à opérer sur des pistes non préparées. Par ailleurs, un A330 MRTT, avion de ravitaillement et de transport, sera ajouté à la flotte existante, renforçant ainsi les capacités logistiques de l’Otan.
Le groupe suédois Saab a, de son côté, confirmé que les livraisons de ses avions de surveillance GlobalEye pourraient débuter dès 2030, sous réserve de la signature rapide d’un contrat. Le prix unitaire de ces appareils, capables de missions de surveillance aérienne et maritime, est estimé entre 400 et 450 millions de dollars. Micael Johansson, directeur général de Saab, a précisé que ces négociations étaient en cours avec plusieurs alliés.
Un programme commun pour sécuriser les approvisionnements en matériaux critiques
Une initiative majeure a été lancée pour mutualiser l’achat, le stockage et la gestion des réserves de matériaux critiques pour la défense. Ce programme, auquel participent la Belgique, le Canada, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne, la Suède et la Turquie, vise à réduire la dépendance des pays membres vis-à-vis de fournisseurs extérieurs. « Les alliés de l’Otan rejoignent de nouvelles coalitions d’acquisition multinationales, ce qui nous permet d’obtenir davantage de capacités dans de nombreux domaines », a souligné Mark Rutte.
Parallèlement, Lockheed Martin a annoncé avoir signé un accord avec plusieurs alliés pour étudier la création en Europe d’un centre de maintenance des missiles d’interception PAC-3. Ce projet, qui s’inscrit dans la volonté de renforcer l’autonomie industrielle de l’Europe, devrait permettre de mieux répondre aux besoins de défense aérienne de l’Alliance.
La question turque et le retour potentiel dans le programme F-35
Un autre sujet a retenu l’attention lors de ce sommet : la possible réintégration de la Turquie dans le programme d’avions de combat F-35. Exclue en 2019 après l’acquisition du système russe de défense aérienne S-400, Ankara pourrait bénéficier d’un retour dans le giron occidental, selon des sources citées par Reuters. Donald Trump, présent à Ankara, devrait aborder ce dossier avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Ce rapprochement, s’il se concrétise, marquerait une étape importante dans la normalisation des relations entre la Turquie et ses partenaires de l’Otan.
Par ailleurs, des discussions sont en cours entre les États-Unis, l’Allemagne et d’autres pays européens pour développer des capacités de production conjointes de missiles, notamment pour soutenir l’Ukraine. Ces projets visent à pallier les réductions des stocks américains, fortement sollicités par les conflits en cours. Une initiative qui souligne l’urgence de renforcer les chaînes d’approvisionnement européennes en armement.
Ces annonces marquent une étape clé dans l’évolution de l’Otan, alors que l’Alliance cherche à concilier les exigences de ses membres et les défis posés par un environnement géopolitique de plus en plus complexe. Reste à voir dans quelle mesure ces engagements se traduiront par une réelle augmentation des capacités de défense de l’Europe et de l’Amérique du Nord.
La Norvège, la Finlande, l’Allemagne et le Danemark ont signé une lettre d’intention pour l’acquisition de cinq appareils MQ-4C Triton, selon les informations rapportées par BFM Business.
Les dépenses militaires des membres européens de l’Otan et du Canada ont atteint 570 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 20 % par rapport à 2024, équivalente à 90 milliards de dollars supplémentaires.