Le gouvernement rwandais a annoncé, vendredi 8 août 2026, avoir engagé des « discussions préliminaires » avec plusieurs États européens en vue de servir de pays de transit pour des migrants expulsés. Selon Le Figaro, ces pourparlers s’inscrivent dans un contexte où certains pays européens cherchent à externaliser la gestion des flux migratoires.
La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a précisé à l’AFP que « nous avons entamé des discussions préliminaires avec certains pays européens, mais rien n’a encore été décidé ». Aucun nom de pays n’a été communiqué. Interrogée sur un éventuel accord avec l’Italie, elle a confirmé qu’il n’y avait « pas d’accord » à ce stade, mais seulement des « discussions » en cours.
Ce qu'il faut retenir
- Le Rwanda négocie avec des pays européens pour accueillir des migrants en transit, selon des discussions encore préliminaires.
- En 2022, Kigali avait signé un accord similaire avec le Royaume-Uni, abandonné par le gouvernement travailliste de Keir Starmer en 2024.
- Le centre de transit de Gashora, à l’est du Rwanda, est évoqué comme une possible structure d’accueil.
- Le Parlement européen a validé en juin un règlement permettant aux États membres de conclure des accords pour créer des centres de rétention hors des frontières de l’UE.
- Plusieurs pays européens, dont le Danemark, l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne et les Pays-Bas, étudient cette option avec une dizaine de pays, dont le Rwanda.
Un précédent britannique abandonné sous Starmer
En avril 2022, le Rwanda avait signé un accord migratoire controversé avec le Royaume-Uni. L’objectif était alors de transférer vers Kigali des migrants arrivés illégalement sur le sol britannique. Cet accord, qualifié d’« illégal » par la Cour suprême britannique, avait été vivement critiqué par les défenseurs des droits humains. Dès son arrivée au pouvoir en 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer avait qualifié l’accord de « mort et enterré », mettant fin à cette initiative.
Le contexte politique avait joué un rôle clé : le gouvernement conservateur de Boris Johnson, promoteur du texte, avait été remplacé par une administration plus restrictive sur les questions migratoires. « Côté Royaume-Uni, l’échec de l’accord a montré les limites d’une telle approche », souligne un observateur politique basé à Londres. « Cela n’a pas dissuadé d’autres pays européens de s’intéresser à cette solution. »
Le centre de transit de Gashora, une piste sérieuse
Yolande Makolo a évoqué le centre de transit d’urgence de Gashora, situé à l’est du Rwanda. Depuis 2019, ce site a accueilli des milliers de migrants bloqués en Libye, dont beaucoup ont ensuite été réinstallés ou sont repartis vers leur pays d’origine. « Bref, ce centre pourrait servir de modèle », a expliqué la porte-parole. Selon elle, des familles pourraient y recevoir des soins médicaux, suivre des formations ou simplement se reposer. « C’est aussi là que les demandes d’asile sont traitées », a-t-elle ajouté.
Les migrants concernés pourraient soit retourner dans leur pays d’origine si la situation le permet, soit être réinstallés dans un autre État. « Cela dépend de leur situation individuelle et des accords bilatéraux », a précisé Yolande Makolo. Le centre de Gashora a déjà démontré sa capacité à gérer des flux importants, même si son fonctionnement reste critiqué par certaines organisations non gouvernementales.
Le Parlement européen ouvre la voie à des accords externes
Le 19 juin 2026, le Parlement européen a adopté un nouveau règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d’asile. Ce texte, approuvé à une large majorité, autorise les États membres à conclure des accords pour installer des centres de rétention en dehors des frontières de l’Union. Une disposition qui suscite des inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains, qui y voient une externalisation des responsabilités européennes.
Selon Le Figaro, plusieurs pays européens ont déjà manifesté leur intérêt pour cette option. Le Danemark, l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne et les Pays-Bas figurent parmi les États qui étudient la possibilité de conclure des accords avec une dizaine de pays, dont le Rwanda. « Autant dire que l’idée fait son chemin », confie un diplomate européen sous couvert d’anonymat. « Mais les négociations seront longues et complexes. »
Quels critères pour les migrants concernés ?
Les discussions en cours entre le Rwanda et les pays européens portent sur des migrants dont la demande d’asile a été rejetée ou qui ont été interceptés en mer sans droit d’entrée en Europe. « Il s’agit principalement de personnes arrivées par des routes irrégulières », précise un expert en migration basé à Bruxelles. « Mais tout dépendra des accords bilatéraux signés. »
Les critères d’éligibilité, les modalités de transfert et les garanties de protection des droits fondamentaux restent à définir. « Les pays européens veulent s’assurer que les migrants ne seront pas exposés à des risques de refoulement ou de mauvais traitements », explique un responsable d’une ONG. « Le Rwanda devra prouver qu’il peut offrir des conditions dignes et un traitement conforme au droit international. »
L’enjeu est double : d’un côté, répondre aux pressions migratoires croissantes en Europe, de l’autre, garantir le respect des droits des migrants. Les négociations s’annoncent serrées, entre impératifs politiques et impératifs éthiques. Une chose est sûre : le Rwanda, qui mise sur son image de pays stable et accueillant, entend jouer un rôle central dans cette nouvelle donne.
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Le Rwanda n’est pas le seul pays africain à être sollicité. D’autres États du continent, comme le Maroc ou le Sénégal, sont également dans le viseur de plusieurs capitales européennes pour des partenariats similaires. La question migratoire reste un sujet de tensions au sein de l’UE, où les divisions persistent entre ceux qui prônent une approche restrictive et ceux qui défendent une solidarité accrue.
Pour l’heure, les migrants concernés par ces discussions doivent attendre. Leur sort dépendra des décisions qui seront prises dans les mois à venir, à Kigali comme à Bruxelles.
Le Rwanda est perçu comme un pays stable et organisé, avec une expérience avérée en matière d’accueil de migrants en transit, notamment via le centre de Gashora. De plus, son gouvernement a exprimé à plusieurs reprises sa volonté de collaborer avec l’Europe sur les questions migratoires, contrairement à d’autres États africains plus réticents.
Les principaux risques incluent des violations des droits humains, un manque de transparence dans les procédures d’asile, et une externalisation des responsabilités européennes. Des organisations comme Amnesty International ont déjà alerté sur les dangers d’une telle approche, qui pourrait conduire à des refoulements illégaux ou à des conditions de détention indignes.