Spécialiste des biomatériaux innovants, Samuel Tomatis, designer industriel, collabore depuis plusieurs années avec des scientifiques pour développer des solutions durables à partir d’algues comme les ulves ou les sargasses. Selon Libération, ce jeune entrepreneur mise sur l’économie circulaire pour proposer des alternatives écoresponsables aux matériaux traditionnels, souvent polluants ou issus de ressources non renouvelables.

Ce qu'il faut retenir

  • Samuel Tomatis, designer industriel de 34 ans, conçoit des biomatériaux à partir d’ulves et de sargasses.
  • Ces algues, souvent perçues comme des déchets, deviennent des ressources pour l’économie circulaire.
  • Ses travaux s’inscrivent dans une démarche de réduction de l’impact environnemental des industries.
  • Les premières applications visent les secteurs du design, de l’emballage et du textile.

Une démarche inspirée par la sensibilité écologique

Diplômé en design industriel, Samuel Tomatis a toujours été préoccupé par la préservation de l’environnement. « On ne peut plus ignorer l’urgence écologique », explique-t-il. Sa rencontre avec des chercheurs en biologie marine, il y a cinq ans, a marqué un tournant. Ensemble, ils ont exploré le potentiel des algues, ces végétaux marins souvent sous-estimés, pour créer des matériaux aux propriétés uniques.

Les ulves, plus connues sous le nom de « laitue de mer », et les sargasses, ces macroalgues envahissantes qui posent problème dans les Caraïbes, sont au cœur de ses recherches. « Ces algues ont des qualités mécaniques et chimiques exceptionnelles », précise le designer. Leur transformation en biomatériaux pourrait, à terme, remplacer le plastique ou les composites pétrosourcés.

Des applications concrètes en développement

Les prototypes élaborés par Tomatis et son équipe montrent déjà des résultats prometteurs. Parmi les pistes explorées, on trouve des emballages biodégradables, des tissus techniques pour le vêtement ou encore des éléments de mobilier. « L’idée n’est pas de copier les matériaux existants, mais d’inventer de nouvelles façons de les utiliser », souligne-t-il. Bref, côté innovation, on est loin des solutions classiques.

Un premier partenariat a été signé avec une entreprise bretonne spécialisée dans les produits de la mer. Objectif : tester la faisabilité industrielle de ces biomatériaux d’ici 2027. « Si les tests sont concluants, on pourrait voir ces produits sur le marché dès 2028 », ajoute le designer. Une échéance qui, si elle se confirme, marquerait une étape majeure pour l’économie verte.

Un modèle économique ancré dans la durabilité

Le projet de Samuel Tomatis ne se limite pas à l’aspect technique. Il repose aussi sur un modèle économique vertueux, où les déchets d’une industrie deviennent les ressources d’une autre. « Les sargasses, par exemple, coûtent des millions chaque année aux collectivités locales pour leur élimination. En les valorisant, on résout un problème tout en créant de la valeur », explique-t-il. Autant dire que, côté circularité, on est sur une approche gagnante.

Ses travaux ont déjà retenu l’attention de plusieurs acteurs publics et privés. La région Bretagne, touchée par les échouages massifs de sargasses, a accordé une subvention de 200 000 euros pour financer une partie des recherches. « Ce soutien est crucial pour accélérer les développements », reconnaît le designer. D’autres financements pourraient suivre, notamment via des appels à projets européens dédiés à l’innovation verte.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour Samuel Tomatis et son équipe. Les essais en conditions réelles, prévus pour début 2027, détermineront si les biomatériaux à base d’algues peuvent tenir leurs promesses à l’échelle industrielle. Si les résultats sont à la hauteur, une levée de fonds pourrait être lancée pour industrialiser la production. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec des acteurs du textile et de l’emballage pour des collaborations à grande échelle.

Pour le designer, l’enjeu est clair : « Il ne s’agit pas seulement de créer un nouveau matériau, mais de prouver qu’une autre voie est possible pour l’industrie. » Reste à voir si le marché et les consommateurs seront au rendez-vous.

Les biomatériaux développés par Samuel Tomatis sont entièrement biodégradables et issus de ressources renouvelables, contrairement aux plastiques qui mettent des siècles à se dégrader et contribuent à la pollution des océans. De plus, leur production nécessite moins d’énergie et génère moins de déchets toxiques. Enfin, ils pourraient offrir des propriétés mécaniques comparables, voire supérieures, à certains composites pétrosourcés.