Deux militants séropositifs, Romain, 37 ans, et Bénédicte, 60 ans, mènent depuis le 24 août une grève de la faim à Reims afin d’obtenir une « loi d’urgence » contre la sérophobie. Leur objectif : faire reconnaître juridiquement les discriminations subies par les personnes porteuses du VIH, alors qu’un traitement efficace permet aujourd’hui d’empêcher toute transmission du virus. Leur mobilisation doit s’achever mercredi 2 septembre par une rencontre avec Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, rapportent nos confrères de Franceinfo - Santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux militants séropositifs entament une grève de la faim depuis le 24 août à Reims pour réclamer une loi contre la sérophobie.
  • Ils seront reçus par Aurore Bergé, ministre déléguée à la Lutte contre les discriminations, le 2 septembre 2026.
  • Un traitement antirétroviral efficace empêche la transmission du VIH, mais les préjugés persistent, entraînant discriminations et violences.
  • En France, 10 000 personnes ignorent leur séropositivité, selon Santé publique France.
  • Les militants dénoncent des insultes, agressions et refus de soins en raison de leur statut sérologique.

Des violences verbales et physiques enracinées dans l’ignorance

Romain, originaire de Nice, a subi une agression verbale et physique en raison de sa séropositivité. « En sortant du travail, des personnes m’ont reconnu sur les réseaux et m’ont insulté en disant : ‘Sale sidaïque de merde, on va te tabasser à mort’ », témoigne-t-il. « J’ai couru de toutes mes forces pour attraper le tram et me sauver. » Ces propos illustrent la violence à laquelle font face certains séropositifs, malgré l’efficacité des traitements actuels. Depuis un an, Romain utilise les réseaux sociaux (Instagram et TikTok) pour sensibiliser à la sérophobie, mêlant humour et pédagogie. « On nous demande souvent : ‘Est-ce qu’on peut être sûr qu’une personne prend bien son traitement pour éviter la contamination ?’ », explique-t-il. « Notre traitement, on le prend pour nous, pour rester en vie, pas pour les autres. »

Les réseaux sociaux sont aussi le théâtre d’insultes d’une rare violence. Romain cite des commentaires reçus : « Tu devrais mourir », « Les nazis avaient raison de vous gazer », « T’as le SIDA, j’espère que personne s’approchera de toi ». Ces messages, couplés à la peur permanente d’une agression, ont conduit Romain à développer une addiction à l’alcool. Par ailleurs, il évoque avec émotion sa séropositivité : « J’en parle très rarement… j’ai été violé. » Il rappelle que la question « Comment as-tu attrapé le VIH ? » est inappropriée, car elle sous-entend qu’il existerait des « bons » et des « mauvais » séropositifs – une idée reçue profondément ancrée.

Bénédicte, pionnière de la lutte contre le VIH, brise le silence

Bénédicte, 60 ans, fait partie des premières personnes contaminées par le VIH en France dans les années 1980. Pendant des décennies, elle a caché sa séropositivité, subissant rejets et discriminations. « Je ne suis pas malade. Les séropositifs ne sont pas malades. Et ça, il faut que les gens le comprennent », affirme-t-elle. Son parcours illustre les ravages causés par les préjugés : refus de soins, jugements sur ses grossesses (tous ses enfants sont séronégatifs grâce à son traitement), et exclusion sociale. « J’ai été refoulée par une gynécologue et un dentiste… Ça fait mal. »

Depuis un an seulement, Bénédicte parle ouvertement de sa séropositivité, notamment après la publication d’une bande dessinée par sa fille, intitulée Blanche. Cette démarche lui permet enfin de vivre plus librement. Elle appelle à un dépistage systématique : « Dépistez-vous pour vous faire soigner en cas de séropositivité. » Son histoire rappelle que, malgré les progrès médicaux, la stigmatisation reste un combat quotidien pour des milliers de personnes.

Une loi contre la sérophobie, une urgence selon les militants

Leur grève de la faim s’inscrit dans un mouvement plus large. Deux hommes séropositifs appellent à des rassemblements devant tous les tribunaux de France, ce mercredi 2 septembre, pour exiger une « loi d’urgence » sanctionnant les discriminations liées au VIH. Pour eux, les textes existants ne suffisent pas à protéger les personnes séropositives, souvent victimes de violences ou de refus de soins. « Un traitement efficace empêche la transmission du virus, mais les idées reçues tuent plus que le virus lui-même », soulignent-ils.

En France, on estime à 170 000 le nombre de personnes vivant avec le VIH, selon Santé publique France. Parmi elles, près de 10 000 ignorent leur séropositivité. Le dépistage reste donc un enjeu majeur, tout comme la lutte contre les préjugés. Les militants espèrent que leur mobilisation aboutira à des mesures concrètes : sanctions pénales renforcées, campagnes de sensibilisation ciblées, et formation des professionnels de santé et du droit.

Et maintenant ?

La rencontre prévue entre les militants et Aurore Bergé, le 2 septembre, pourrait marquer un tournant. Si la ministre s’engage sur des mesures législatives, une proposition de loi pourrait être déposée d’ici la fin de l’année. Parallèlement, les associations de lutte contre le VIH préparent des actions de sensibilisation dans les mois à venir, notamment autour de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre. Reste à voir si ces initiatives suffiront à faire reculer la sérophobie, un fléau aussi tenace que les virus.

La sérophobie ne se limite pas aux violences physiques ou verbales. Elle s’infiltre aussi dans les pratiques médicales et administratives, où les préjugés persistent. « On nous demande encore si notre traitement est efficace, comme si on était un danger public », confie Bénédicte. Pour Romain, la solution passe par l’éducation : « Il faut expliquer que le VIH n’est pas une maladie honteuse, mais une infection chronique comme une autre, à condition d’être soignée. »

Leur combat dépasse la simple reconnaissance de leurs droits. Il s’agit de redéfinir la place des séropositifs dans la société, en brisant les tabous et en luttant contre une ignorance qui, après quarante ans de pandémie, reste toujours aussi prégnante.