La filière française de tri et de recyclage des vêtements usagés traverse une crise sans précédent. Portée majoritairement par des acteurs de l’économie sociale et solidaire comme Le Relais, Emmaüs ou la Croix-Rouge, cette activité vit une tension extrême, entre l’explosion des volumes à recycler et la dégradation de la qualité des textiles déposés. Selon Le Figaro, cette situation a conduit l’entreprise Le Relais, qui gère près de la moitié du ramassage des vêtements usagés en France, à supprimer 3 400 points de collecte en juin 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Relais, acteur majeur du recyclage textile en France, a supprimé 3 400 points de collecte en juin 2026, faute de pouvoir traiter la masse croissante de vêtements déposés.
  • La filière, assurée à 50 % par des acteurs de l’économie sociale et solidaire, est submergée par l’ultra fast-fashion (Shein, Temu) et la seconde main, dont les volumes explosent.
  • Plus de la moitié des textiles collectés finissent encore incinérés ou enfouis, faute de débouchés économiques viables pour le recyclage.
  • Un projet de réforme piloté par le ministre de la Transition écologique doit entrer en vigueur début 2027 pour tenter de sauver la filière.

Une filière à bout de souffle

Avec 22 000 conteneurs répartis sur le territoire, Le Relais assurait jusqu’à présent la moitié du ramassage des vêtements usagés en France. Pourtant, face à l’afflux massif de textiles de mauvaise qualité – souvent importés d’Asie ou issus de la fast-fashion –, l’entreprise a dû se résoudre à fermer près de 15 % de ses points de collecte. « On croulait sous les montagnes d’habits, de chaussures et de linge de maison en fin de vie », explique Emmanuel Pilloy, président du Relais et membre d’Emmaüs France. « La filière n’est tout simplement pas prête à absorber un tel volume. »

Les acteurs du secteur alertent depuis des années sur la dégradation de la qualité des vêtements déposés. Autrefois composés majoritairement de coton ou de laine, les textiles collectés sont désormais saturés de matières synthétiques, difficiles à recycler, voire impossibles à valoriser. « Les plateformes d’ultra fast-fashion comme Shein ou Temu inondent le marché de produits à très bas coût, souvent de piètre qualité », précise Emmanuel Pilloy. « Résultat : les fibres sont abîmées, les coutures lâches, et une grande partie de ces vêtements n’a même pas le temps d’être portée avant d’être jetée. »

L’éco-organisme Refashion tente de maintenir le cap

Face à cette crise, l’éco-organisme Refashion, qui coordonne la filière textile en France, a lancé un appel à la vigilance. Dans une communication récente, il a rappelé aux consommateurs que tous les textiles usagés – vêtements, chaussures, linge de maison – doivent être déposés en points de collecte, même ceux abîmés. « On prend tout », a insisté Refashion, alors que certains centres de tri commencent à refuser les lots trop dégradés, faute de rentabilité.

Pourtant, malgré ces efforts, le constat reste accablant : plus de la moitié des textiles collectés en France sont encore incinérés ou enfouis. Selon les dernières données disponibles, seuls 40 % des vêtements déposés trouvent une seconde vie, que ce soit sous forme de chiffons, d’isolants ou de nouvelles fibres. « La filière manque cruellement de débouchés économiques », souligne un responsable de la Croix-Rouge, qui gère plusieurs centres de tri. « Les coûts de collecte et de tri sont en hausse, tandis que les prix de vente des matières recyclées s’effondrent. »

Une réforme attendue pour début 2027

Pour tenter de sauver ce secteur en péril, le ministre de la Transition écologique travaille sur un projet de réforme qui devrait entrer en vigueur au premier trimestre 2027. L’objectif ? Renforcer les obligations des producteurs de vêtements et de chaussures, notamment en matière de recyclabilité et de responsabilité élargie du producteur (REP). « Nous devons agir vite pour éviter l’asphyxie totale de la filière », a indiqué un conseiller ministériel sous couvert d’anonymat. « L’idée est d’inciter les marques à concevoir des vêtements plus durables et plus faciles à recycler. »

Parmi les mesures envisagées, une extension de la filière REP textile est à l’étude, avec un élargissement des produits concernés et une hausse des contributions financières des industriels. « Il faut que ceux qui produisent massivement des vêtements à bas coût participent davantage au financement du recyclage », explique-t-on au ministère. Autre piste : un système de bonus-malus pour récompenser les marques les plus vertueuses en matière d’écoconception. « L’enjeu est de taille, car sans changement structurel, la filière risque de s’effondrer d’ici deux à trois ans. »

Et maintenant ?

Si la réforme prévue pour début 2027 peut apporter un sursis à la filière, son efficacité dépendra largement de sa mise en œuvre concrète. Les acteurs du secteur restent prudents : « Une réforme ambitieuse, c’est bien, mais il faudra aussi des contrôles stricts et des sanctions en cas de non-respect », estime un représentant d’Emmaüs. Dans l’immédiat, les Français sont invités à privilégier la qualité à la quantité et à privilégier la réparation ou la réutilisation avant de jeter. « Chaque geste compte, mais il faut aussi que les pouvoirs publics et les industriels prennent leurs responsabilités », rappelle Emmanuel Pilloy. Le défi est colossal : sauver une filière qui, malgré son importance sociale et environnementale, n’a jamais été aussi fragile.

Pour l’heure, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, qui portent à bout de bras cette mission de recyclage, attendent des signes concrets. « Nous espérons que cette réforme sera à la hauteur des enjeux », conclut un responsable de la Croix-Rouge. « Sinon, ce sont des emplois, des savoir-faire et une partie de notre économie circulaire qui disparaîtront. »

En cas de suppression de points de collecte, les citoyens sont invités à se rapprocher des déchetteries municipales ou des associations locales, qui organisent parfois des collectes ponctuelles. Certains magasins de la grande distribution ou marques de vêtements proposent également des bornes de dépôt. Il est aussi possible de donner ses vêtements à des proches, des recycleries ou des plateformes de seconde main comme Vinted ou Leboncoin.

Les vêtements issus de l’ultra fast-fashion sont majoritairement composés de matières synthétiques (polyester, acrylique, élasthanne) mélangées à du coton. Ces fibres, lorsqu’elles sont abîmées ou usées, sont presque impossibles à séparer et à recycler efficacement. De plus, leur faible qualité rend leur réutilisation ou leur transformation en nouvelles fibres peu rentable économiquement. Enfin, les teintures et traitements chimiques utilisés pour ces vêtements compliquent encore leur recyclage.