Les secouristes poursuivent leurs opérations de recherche et de sauvetage au milieu des décombres des immeubles effondrés sur la plage de Los Cocos à La Guaira, dans l’État de Vargas. Deux semaines après le double séisme qui a frappé le nord du Venezuela le 24 juin 2026, le pays tente de faire face à une catastrophe humanitaire d’une ampleur inédite. Selon BMF - International, le bilan provisoire s’élève à près de 2 000 morts et des dizaines de milliers de disparus, tandis que les infrastructures, déjà fragilisées par des décennies de crise, peinent à absorber le choc.
Ce qu'il faut retenir
- Deux séismes de magnitude 7,2 frappent le Venezuela le 24 juin 2026, causant près de 2 000 morts et des dizaines de milliers de disparus
- Près de 50 000 personnes sont toujours portées disparues, dont 30 000 à La Guaira au moment du drame
- 50 000 immeubles détruits ou endommagés, laissant des centaines de milliers de personnes sans abri
- Pénuries alimentaires, risque d’épidémies et infrastructures sanitaires en ruine aggravent la crise
- L’aide internationale est indispensable, mais les difficultés logistiques et la corruption freinent son acheminement
Les deux tremblements de terre, survenus à quelques secondes d’intervalle, ont frappé une région déjà marquée par des années de crise politique, économique et sociale. Le Venezuela, autrefois riche grâce à ses ressources pétrolières, est aujourd’hui un pays du tiers-monde, où l’eau courante, l’électricité et les médicaments relèvent du miracle. Les hôpitaux, délabrés et sous-équipés, peinent à faire face aux besoins médicaux urgents, comme l’a expliqué Laurence Debray, historienne franco-vénézuélienne et réalisatrice du documentaire « Venezuela, l’ombre de Chávez » : « Mes cousines médecins décrivent des hôpitaux où il manque des transfusions, des médicaments, du sang. Dans certains cas, ils doivent amputer faute de moyens. C’est comme si une guerre nucléaire s’était abattue sur eux. »
Un pays au bord de l’effondrement
La région de La Guaira, la plus touchée, concentrait à elle seule environ 30 000 personnes au moment des séismes. Selon les Nations unies, 50 000 personnes sont toujours portées disparues, et les chances de retrouver des survivants s’amenuisent chaque heure. Pourtant, quelques rares miracles se produisent, comme le sauvetage d’un enfant de trois ans par des secouristes jordaniens. Mais pour la majorité des familles, le désespoir s’installe. « On se sent totalement démunis, et il s’agit d’un peuple totalement démuni aujourd’hui », a témoigné Laurence Debray.
Les opérations de secours se heurtent à des défis logistiques majeurs. Les routes sont bloquées, les communications coupées, et les infrastructures, notamment l’aéroport de Caracas, sont souvent fermées de manière arbitraire. « L’aéroport est parfois fermé pour empêcher la leader de l’opposition, María Corina Machado, de revenir », précise l’historienne. Les Vénézuéliens, reconnaissants envers l’aide internationale, dénoncent l’inaction et parfois la répression des autorités. « Les militaires tirent sur les manifestants quand ils demandent le respect des résultats des élections, alors qu’ils ne bougent pas pour aider lors de catastrophes naturelles », ajoute-t-elle. « Ils sont passifs, planqués dans leurs casernes ou en train de piller les habitations détruites. Ils interdisent même le passage des volontaires qui veulent aider. »
Une crise humanitaire aggravée par la corruption
Les images de la catastrophe rappellent celles d’un pays en guerre : des immeubles effondrés, des rues jonchées de débris, et des milliers de personnes campant dans les rues. Selon les estimations, plus de 50 000 immeubles ont été détruits, et les habitations restantes présentent des failles structurelles, poussant les habitants à éviter d’y retourner par peur d’effondrements. « Ces constructions récentes n’avaient pas été bâties selon les normes sismiques », souligne Laurence Debray. Le manque de solidarité du gouvernement, déjà critiqué pour sa gestion de la crise économique, risque de creuser un fossé irréconciliable avec la population.
Les hôpitaux, sous-équipés et en proie à des pénuries chroniques, peinent à répondre à l’urgence. « Il manque de tout : des médicaments, des équipements, du sang. On ampute dans des conditions extrêmes », témoigne l’historienne. Les risques d’épidémies, comme le choléra ou la dengue, sont réels dans un pays où l’accès à l’eau potable et à l’hygiène reste limité. Les Nations unies alertent sur la propagation possible de maladies dans les semaines à venir, alors que les températures estivales pourraient aggraver la situation.
Une diaspora mobilisée, un gouvernement en difficulté
Face à l’inaction des autorités, la diaspora vénézuélienne s’est mobilisée à l’international. Aux États-Unis, en Amérique latine et en Europe, des collectes de fonds et des campagnes de sensibilisation ont été lancées pour soutenir les victimes. « Tous les pays ont largement contribué, voyant que le peuple était dépourvu d’aide de son propre gouvernement », explique Laurence Debray. Pourtant, l’acheminement de l’aide reste complexe. « L’aéroport de Caracas est parfois fermé de manière arbitraire, peut-être pour empêcher des opposants de rentrer », ajoute-t-elle.
Le gouvernement vénézuélien, déjà fragilisé par des années de gestion controversée, pourrait voir sa légitimité encore plus affaiblie. « Même les plus fidèles au gouvernement sont ébranlés », constate l’historienne. Avec près de 400 prisonniers politiques et des cas avérés de tortures, le régime pourrait recourir à la répression pour étouffer toute contestation. « Ils peuvent faire taire les plus mécontents, mais cela ne résoudra pas la crise humanitaire », souligne-t-elle. Pour l’instant, le pays compte les morts et tente de survivre. « On est désespérés. Pour l’instant, c’est la tragédie, le deuil et la souffrance. »
Pour l’instant, les questions restent sans réponse : le gouvernement vénézuélien parviendra-t-il à organiser une réponse efficace ? Les fonds internationaux seront-ils utilisés à bon escient ? Et surtout, la population, déjà exsangue, pourra-t-elle compter sur une solidarité durable ? Autant dire que le Venezuela, après vingt ans de crise et deux séismes dévastateurs, se trouve à un carrefour historique.
Le Venezuela est situé dans une zone sismique active, à la jonction de plusieurs plaques tectoniques. Cependant, la vulnérabilité du pays s’explique aussi par des décennies de mauvaise gestion des infrastructures : les constructions récentes n’ont pas toujours respecté les normes parasismiques, et les contrôles de qualité ont été négligés dans un contexte de crise économique prolongée.
La diaspora vénézuélienne, estimée à plus de 4 millions de personnes, s’est mobilisée à l’international pour organiser des collectes de fonds et des campagnes de sensibilisation. Aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine, des associations récoltent des dons et font pression sur les gouvernements pour faciliter l’acheminement de l’aide. Sans cette mobilisation, la situation humanitaire serait encore plus critique.