D’après France 24, les violences basées sur le genre ont connu une hausse significative dans les camps de réfugiés situés au Tchad entre 2024 et 2025. Les femmes et jeunes filles soudanaises, fuyant le conflit qui ravage leur pays depuis 2023, constituent la majorité des victimes. Les acteurs humanitaires et les autorités locales tirent la sonnette d’alarme face à cette dégradation des conditions de sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • Une augmentation marquée des violences sexuelles et sexistes signalées dans les camps tchadiens entre 2024 et 2025.
  • Les réfugiées soudanaises, majoritairement des femmes et jeunes filles, sont les premières cibles de ces violences.
  • Le gouvernement tchadien et les Nations unies ont annoncé des mesures renforcées pour endiguer ce phénomène.
  • La guerre au Soudan, qui a débuté en avril 2023, reste le principal facteur de déplacement des populations.

Une crise humanitaire aggravée par les violences de genre

Les camps de réfugiés au Tchad, situés principalement dans les régions de l’Est comme Tissi ou Iriba, abritent aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes ayant fui les combats au Soudan. Selon les dernières estimations de l’ONU, près de 1,5 million de réfugiés sont arrivés depuis 2023, dont plus de 70 % de femmes et d’enfants. Or, depuis 2024, les rapports des ONG et des agences onusiennes font état d’une progression alarmante des violences sexuelles, des mariages forcés et des agressions physiques dans ces structures.

« Les violences basées sur le genre ont explosé dans nos camps », a confirmé une responsable de l’HCR basée à N’Djamena. Elle précise que les cas signalés ont été multipliés par trois entre le premier trimestre 2024 et la même période en 2025, une tendance confirmée par plusieurs acteurs du terrain.

Des victimes vulnérables prises pour cibles

Les femmes et jeunes filles soudanaises, déjà traumatisées par les exactions subies dans leur pays, se retrouvent dans une situation de double vulnérabilité au Tchad. Les agressions surviennent principalement lors des déplacements pour se ravitailler ou collecter de l’eau, mais aussi au sein même des camps, où les espaces dédiés aux femmes sont souvent mal éclairés et mal sécurisés. Les auteurs de ces violences sont majoritairement des hommes, parfois des réfugiés eux-mêmes, mais aussi des membres des communautés d’accueil ou des trafiquants profitant de l’anonymat des camps.

« Les femmes nous racontent des histoires insoutenables », témoigne une travailleuse humanitaire de Médecins Sans Frontières. Elle évoque des cas de viols collectifs, de grossesses forcées et d’enfants nés de violences, dont les mères n’osent souvent pas parler par crainte des représailles ou de la stigmatisation. Autant dire que les chiffres officiels ne reflètent qu’une infime partie de la réalité.

Le gouvernement tchadien et l’ONU passent à l’action

Face à l’urgence, les autorités tchadiennes ont annoncé le 15 mai 2025 un plan d’urgence de 5 milliards de francs CFA (environ 7,5 millions d’euros) pour renforcer la protection des réfugiés. Ce plan prévoit notamment le déploiement de 200 agents supplémentaires dans les camps les plus touchés, ainsi que la création de cellules d’écoute dédiées aux femmes. Parallèlement, l’ONU a appelé à une coordination renforcée entre les différentes agences présentes sur place, dont le PNUD, l’UNFPA et l’UNICEF.

« La situation exige une réponse immédiate et coordonnée », a déclaré le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad. Il a rappelé que plus de 300 cas de violences sexuelles avaient été documentés au premier semestre 2025, un chiffre en hausse constante. « Nous devons agir avant que la crise ne devienne ingérable », a-t-il ajouté.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place. Une mission conjointe du gouvernement tchadien et de l’ONU est prévue pour la fin du mois de juillet 2026 afin de dresser un bilan intermédiaire. Par ailleurs, plusieurs ONG locales appellent à une meilleure prise en charge psychologique des victimes, un volet encore largement sous-financé. Reste à voir si les fonds promis seront effectivement débloqués et utilisés à bon escient.

En attendant, les associations sur le terrain estiment que seule une mobilisation internationale pourrait permettre de briser le cycle de la violence. « Le Tchad ne peut pas porter seul ce fardeau », a souligné une représentante de Care International, appelant à un soutien accru des bailleurs de fonds.

D’après les rapports des ONG, plusieurs facteurs expliquent cette flambée. D’abord, la densité croissante dans les camps, où les conditions de vie se dégradent. Ensuite, l’impunité qui règne dans certains camps, faute de patrouilles suffisantes. Enfin, la précarité économique pousse certaines femmes à accepter des échanges de faveurs ou des mariages précoces pour subvenir à leurs besoins.