Plus de 550 Nigérians ont été rapatriés depuis l’Afrique du Sud en trois semaines, fuyant les violences xénophobes qui secouent le pays depuis plusieurs mois. Selon RFI, le dernier vol d’évacuation a décollé mardi 30 juin 2026, le jour même où une « date limite » imposée par des manifestants anti-immigration pour le départ des étrangers arrivait à échéance. Face à cette crise humanitaire, Abuja étudie désormais la possibilité de demander des réparations financières à Pretoria.
Ce qu'il faut retenir
- 550 Nigérians rapatriés en trois semaines depuis l’Afrique du Sud, selon les autorités nigérianes citées par RFI.
- Un dernier vol d’évacuation a quitté Johannesburg le 30 juin 2026, jour de l’expiration d’un ultimatum lancé par des groupes anti-immigration.
- Les violences xénophobes, récurrentes en Afrique du Sud, visent principalement les communautés africaines étrangères.
- Le Nigeria envisage des réparations financières à l’encontre de l’Afrique du Sud pour les préjudices subis par ses ressortissants.
- Les tensions migratoires s’inscrivent dans un contexte de chômage élevé et de montée des discours xénophobes en Afrique du Sud.
Un ultimatum suivi d’une évacuation massive
Les autorités nigérianes ont accéléré les opérations de rapatriement après que des groupes anti-immigration sud-africains eurent fixé une « date limite » pour le départ des étrangers, fixée au 30 juin 2026. Selon RFI, le dernier vol d’évacuation a quitté Johannesburg dans la journée, transportant les derniers ressortissants nigérians encore présents sur place. Ces violences, qui visent particulièrement les communautés africaines étrangères, ont déjà fait plusieurs morts et des centaines de blessés depuis le début des hostilités.
Les tensions en Afrique du Sud s’inscrivent dans un contexte économique et social tendu, marqué par un chômage élevé – estimé à plus de 30 % selon les dernières statistiques officielles – et une perception croissante que les migrants « volent » les emplois locaux. Ces facteurs ont alimenté une montée des discours xénophobes, régulièrement ponctués d’épisodes violents, notamment en 2008, 2015 ou encore 2019.
Le Nigeria évalue une demande de réparations
Face à l’ampleur des violences et aux pertes subies par ses ressortissants, le gouvernement nigérian étudie désormais la possibilité de réclamer des réparations financières à l’Afrique du Sud. Selon des sources diplomatiques citées par RFI, cette option serait « à l’étude », bien que les modalités et le montant restent encore à définir. « Nous examinons toutes les options pour protéger nos citoyens et obtenir réparation pour les préjudices subis », a indiqué un haut responsable du ministère des Affaires étrangères nigérian, sous couvert d’anonymat.
Cette démarche s’ajouterait à la traditionnelle demande de protection des ressortissants nigérians à l’étranger. En 2019, après une vague de violences xénophobes en Afrique du Sud, Abuja avait rappelé son ambassadeur à Pretoria et suspendu des échanges commerciaux, avant de revenir progressivement sur ces mesures sous la pression de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Un contentieux récurrent entre les deux pays
Les relations entre le Nigeria et l’Afrique du Sud, deux poids lourds économiques du continent, sont régulièrement ébranlées par des crises diplomatiques liées à la xénophobie. En 2019, les attaques contre des entreprises et commerces nigérians en Afrique du Sud avaient provoqué la colère d’Abuja, entraînant le rappel de son ambassadeur et la suspension de certains accords commerciaux. Malgré des excuses officielles de Pretoria, les tensions persistent, notamment en raison de l’impunité dont bénéficient souvent les auteurs des violences.
Le Nigeria, première économie africaine, compte une importante diaspora en Afrique du Sud, estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ces communautés, souvent installées dans des townships ou des quartiers informels, sont régulièrement prises pour cible lors d’épisodes de violences xénophobes. Les autorités nigérianes ont maintes fois dénoncé l’inaction des forces de l’ordre sud-africaines, jugées insuffisantes pour protéger les étrangers.
En attendant, les quelque 550 Nigérians rapatriés en urgence rejoignent des milliers d’autres compatriotes ayant fui les violences ces dernières années. Leur retour au Nigeria pose la question de leur réintégration économique, alors que le pays fait face à une crise de chômage endémique. Autant dire que le dossier dépasse désormais le simple cadre bilatéral pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur la protection des Africains à l’étranger.